Binoche et Barbara

Les hommages à Barbara fleurissent à l’occasion des vingt ans de sa disparition, à l’occasion de son « anniversaire » comme dit Depardieu qui lui aussi lui rend hommage, mais à plusieurs dizaines de kilomètres au-dessus de ce que j’ai vu hier soir, au théâtre d’Antibes.

Tant d’hommages, « c’est bonheur » comme elle aimait à dire, c’est joie  pour l’inconditionnel que je fus – et que je suis toujours. Mais l’exercice est bien difficile tant l’artiste et tant la femme étaient riches et complexes. Le spectacle de Juliette Binoche et Alexandre Tharaud ne m’a pas convaincu, il m’a même attristé. Il est mélancolique, terne, sur une scène quasi nue, peu éclairée – des ronds paraboliques de lumière qui ne m’ont pas enthousiasmé. Binoche marche pieds nus sur la scène, balance soudain au travers du parquet des escarpins trouvés dans un angle et qu’on devine onéreux : ça m’a paru un peu ridicule. Oui, oui, la grande Barbara faisait corps avec ses théâtres, s’y lovait, les respirait, les touchait, arrivant des heures avant le concert pour vivre sa plus belle histoire d’amour, se mettait à nu en somme, mais bon…

Et oui, oui, ce n’est pas un biopic (ils ont désormais mauvaise réputation), et non, non ce spectacle ne cherche pas à singer. Et donc ?

Binoche, belle, récite (assez juste dans son jeu mais pas plus que ça), chante (pas si mal), marche (donc pieds nus), se couche sur le grand piano noir (voilà, voilà…), ou en position fœtale sur le sol (d’accord, d’accord…), cite des parties d’interview pour brosser un mini portrait qui, au demeurant, est bien fragmentaire, bien maigre en vérité : l’amour surtout, ses hommes, la solitude, quelques petits cris sur son indépendance, sur l’injustice, sur son père, son drame de père. Des petits cris, et donc ?

Personne ne chante comme Barbara, personne ne lance comme elle ces sons clairs, purs, heurtés, tendres et violents, personne n’a sa diction ultra rapide lorsqu’elle parle, engloutissant des mots voire des morceaux de phrases, personne ne s’avance comme elle sur la scène, n’enlace le public comme elle, parfois à la limite du possible, personne ne danse comme elle, si mal, si bizarrement, si joliment aussi, personne ne brûle autant, ne donne autant, sur scène et dans la vie, dans des combats majeurs, dans les fraternités, et peu sont tout autant aussi sauvages, aussi « cruels » parfois, a dit le compagnon de route Romanelli. Alors à quoi bon tout cela, cette heure et demie de spectacle ? A quoi bon ces demi-teintes, ces petits éclats, ces petits ronds de lumière, ces murmures, ces petits symboles de pacotille ?

Comme ce n’est pas un biopic – d’accord, d’accord… –, Alexandre Tharaud ne mime pas les musiques de Barbara, il les réinvente et c’est beau, parce que c’est un immense pianiste et qu’on sent bien qu’il adorait Barbara. Il parle aussi, il fredonne même, et allez savoir pourquoi j’ai trouvé ça touchant, parfois maladroit mais amoureux, sincère, venant du profond de lui. Il m’a aidé à moins être triste durant ce spectacle sans grande imagination, sans vrai élan, sans folie, sans incendie, sans vraie réussite.

Thierry Martin

anthéa, 260, avenue Jules Grec, 06600 Antibes

 

Cet article comporte 2 commentaires

  1. François Stagnaro

    Je suis entièrement d’accord avec vous, de la première à la dernière ligne. J’aime beaucoup Juliette Binoche, énormément Alexandre Tharaud, passionnément Barbara… Mais je me suis ennuyé à ce spectacle. Je reconnais la sincérité des intentions qui l’ont motivé, et la pertinence de n’avoir retenu que des textes de Barbara. J’ai cependant nettement préféré l’album dans lequel Alexandre Tharaud a invité des artistes de tous horizons à interpréter Barbara, un exercice qui peut se révéler tout aussi périlleux à mes yeux mais dont le résultat vaut l’écoute.

  2. Hayat

    Thierry ton texte est parfait. Moi comme toi avons aimé Barbara telle qu’en elle même. Je n’ai pas envie de voir Binoche (que j’aime beaucoup par ailleurs) ni le film d Amalric. Restons avec nos souvenirs.

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