Ralph Fiennes Et Alden Hrenreich
Ralph Fiennes et Alden Hrenreich

Cinéma, cinéma !

Une fois n’est pas coutume, je fais aujourd’hui la part belle, Oscars obligent*, à des superproductions hollywoodiennes, alors que je vous ai plutôt habitués à des chroniques sur des films à budgets moyens ou même modestes et par conséquent, plutôt européens comme le très beau 45 ans, et le non moins intéressant film polonais Les Innocentes dans mes dernières chroniques (désolée, l’analyse des Innocentes est passée à la trappe, faute de temps…)

Cette fois, plus question de faire dans la dentelle, de peindre de subtils états d’âme ou d’analyser les méandres de drames intérieurs. Avec Hail, Caesar ! et The Revenant, nous voilà propulsés dans de la superproduction made in Hollywood !
Par qui ou plutôt par où commencer pour décrire ces deux films qui, vous vous en doutez, n’ont rien à voir l’un avec l’autre, pour la première et bonne raison en ce qui me concerne, qui est que j’ai beaucoup ri au premier et que je me suis pas mal ennuyée au second (il faut savoir être iconoclaste) !

Hail, Caesar ! (en français Ave, César !) des frères Coen n’est pas un grand film, ni même un grand Coen, mais c’est un monument de gros clins d’œil, de pastiches, de comédies musicales, de ballets nautiques, de péplums, d’histoires d’amour, etc, dans lesquels, à l’époque, les acteurs, même stars, étaient interchangeables et n’avaient pas un mot à dire face à la puissance de la grande maison Capitole, représentée aux Studios à Hollywood par une sorte de factotum, joué par Josh Brolin, alias Eddie Mannix !

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Josh Brolin / Eddie Mannix

Le Pitch
« La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait collé un jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique. Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politiques qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique Hail, Caesar ! lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies,Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée. »

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Scarlett Johansson / DeeAnna Moran

 Ce synopsis vous donne tout le contenu du film ; je n’ai plus grand-chose à rajouter… sauf que : si je suis aussi enthousiaste,  c’est que j’ai été nourrie au biberon de ce genre de productions hollywoodiennes. N’oubliez qu’en France, nous avons commencé à voir ce cinéma américain alors que nous sortions de la guerre, en haillons et le ventre creux… Aussi, cette débauche de luxe clinquant, cette insouciante décontraction, cette élégance, ce technicolor pour gens heureux nous sont apparus comme un incroyable conte de fées qui nous mettait l’eau à la bouche et la larme à l’œil…

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George Clooney / Baird Whitlok

S’il décrit cette ambiance incroyable des studios hollywoodiens, le film par son humour corrosif, sa peinture inversée du luxe californien, m’a surtout fait penser à un autre cinéma, celui des Marx Brothers et surtout à l’incroyable Hellzapoppin, film qu’Ethan et Joel Coen n’ont pu ignorer en tournant le leur !
Mes frères m’avaient emmenée voir Hellzapoppin pour mes dix ans et il a laissé une trace indélébile dans mon esprit d’enfant et un goût irrévocable pour l’ironie !
J’ai retrouvé cette invention, cette irrévérence dans Hail, Caesar ! mais il lui  a manqué une trame, une histoire (présente dans Hellzapoppin) qui soude le récit et l’empêche de n’être qu’une succession de sketchs … Certains, il est vrai, sont irrésistibles : ne manquez pas Ralph Fiennes, metteur en scène intello, faisant répéter à Alden Ehrenreich, acteur de westerns, la phrase : if only it would were so simple et ne loupez pas non plus Frances McDormand, la monteuse du Studio, faisant défiler les rushs du film…
Je ne vous en dis pas plus, allez- y !

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Photo Grace Dove, Leonardo DiCaprio

The Revenant
Ben oui ! Je me suis ennuyée, avec ce Revenant, qui ne revient pas, puisqu’il ne quitte jamais l’écran, au point de nous filer une overdose de Leonardo DiCaprio, admirable pourtant dans son interprétation de Hugh Glass, et méritant son Oscar, plus pour sa carrière entière (malgré sa jeunesse) que pour ce film tellement attendu, mais qu’Alejandro González Iñárritu a réussi à rendre mémorable par la qualité de l’image et le choc que suscitent les scènes de combat, comme l’attaque des Indiens au tout début du film, sublime !
Le synopsis est aussi bref que le film est long : « Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption ».
Trouver la rédemption ? Je n’ai rien vu de tel dans le final du film, mais peut-être ai-je mauvais esprit… Disons plutôt que notre héros, au lieu d’assouvir sa vengeance jusqu’au bout, laisse gentiment la nature faire son job… Ne revenons pas sur le combat avec l’ours, qui est ridicule d’invraisemblance, la bête secouant notre pauvre Hugh comme une poupée de son, mais plutôt sur les contrées désertiques et pétrifiées que traverse Hugh Glass pour échapper à la mort… Elles nous glacent les sangs et nous fascinent, de même que les embûches qu’il y rencontre…
Les images, d’une beauté froide et brumeuse, que ne traverse jamais un rayon de soleil, sont de merveilleux exercices de style que les cinéphiles avertis rapprocheront de celles de Terrence Malick, ce qui n’est en rien surprenant puisque les deux réalisateurs partagent le même génial photographe, le Mexicain Emmanuel Lubezki !

*Ce texte, pour une raison que vous connaitrez sans doute par ailleurs, a dormi quelques temps dans mon ordinateur, ce qui rend l’allusion aux Oscars un peu obsolète…

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