Métro, Avenue Du Président-Kennedy, Paris 16ème, 1997
Métro, avenue du Président-Kennedy, Paris 16ème, 1997

Des instants non décisifs mais essentiels, une exposition Raymond Depardon.

Dans « Traverser », titre de l’exposition comme du livre qui l’accompagne, Agnès Sire, directrice de la Fondation Cartier-Bresson et responsable avec Raymond Depardon de la présentation des photographies accrochées Espace Lympia, se propose d’orienter leur dialogue à partir d’une remarque faite par l’artiste, sur le fait de « trouver son inclination ».

SCOTLAND. Glasgow. 1980.

Cette inclination pour reprendre le mot de Depardon, je laisserai Agnès Sire la définir en m’appuyant sur le remarquable entretien qui les réunit tous deux dans ce livre qui est, non pas l’explication d’une œuvre, mais une partie indissociable de ce que les murs nous montrent. Trouver cette inclination chez un artiste à la fois écrivain, photographe et réalisateur, c’est avant tout trouver la ligne qui va réunir les axes de recherche de cet homme  aux inclinations apparemment sans limites. Ils sont ici au nombre de quatre : La terre natale en dialogue avec Le voyage, puis La douleur en dialogue avec L’enfermement. Avec l’écriture comme fil d’Ariane, nous sommes invités à une traversée de l’œuvre de Depardon, depuis ses premiers pas à la ferme du Garet jusqu’à aujourd’hui.

Façonner un livre et une exposition avec presque un trop-plein d’images, pourrait-on dire, explorant l’étendue du travail, depuis la ferme du Garet aux planques de célébrités, aux reportages pour la presse, mais surtout aux documents d’auteur, n’est pas chose facile, mais l’enjeu est réussi !

Il fallait, nous dit Raymond Depardon, se placer entre deux temporalités très différentes, celle de l’écriture et celle du cinéma. L’écriture c’est l’écoute de soi, c’est imposer son propre rythme ; le cinéma c’est l’écoute de l’autre, le silence du cadreur. Et puis aussi, éviter la rhétorique de la compassion, faire des images un peu banales, calmes, sans éloquence particulière, mais chargées de sentiment.

Alors qu’il avait déjà publié deux ouvrages, Notes et Correspondance new-yorkaise, qui ont magistralement contribué à forger son identité de photographe, Depardon revient à cette idée de trouver son inclination, c’est-à-dire une envie qui naît de la rencontre entre la photographie du réel et de l’imaginaire, entre les photos de rue et les fantômes des absents – parents, fiancées, figures de l’enfance – souvent matérialisés par des textes-relais. L’écriture s’est alors imposée, simultanément au cinéma, comme pour retrouver le fil du temps perdu.

Comment approcher du cœur de cette démarche ? Quels fils faut-il tirer pour partager cette temporalité particulière faite d’instants non décisifs mais essentiels, s’interroge Agnès Sire ?

AFRICA. 1995.
Erythrea. Dahlak Islands.

Vous l’aurez compris, tout cela est dans le livre, et je ne peux que vous engager à ne pas partir sans lui – il est co-publié avec les Editions Xavier Barral –, mais revenons à l’exposition ; elle se compose d’une centaine de tirages, textes, films et documents de l’auteur. Accrochées dans cette curieuse bâtisse – un ancien bagne – accueillant l’Espace Lympia, une longue galerie en pierres de taille, voûtée et percée d’arcades, les images de Raymond Depardon, presque essentiellement en noir et blanc, de format modeste, dans des tirages argentiques d’une qualité exceptionnelle, nous offrent, au-delà de leur qualité, ce supplément d’âme qui manque parfois à la photographie, plus soucieuse d’esthétique que de profondeur. Le regard attentif et tendre que Depardon pose sur les êtres et sur les choses nous bouleverse et nous ouvre l’œil sur ce que nous ne voyons pas ou que nous ne savons plus voir… Il est notre passé comme notre présent, sans rhétorique, mais avec toute l’humanité qui habite cet homme d’une simplicité désarmante.

Au-delà du plaisir de voir une belle œuvre, je dirais que j’ai eu celui de rencontrer  une belle personne. Et chose rare, j’ai aussi appris beaucoup sur la façon de faire des images, mais aussi de les regarder. Qu’il s’agisse du format, vertical ou horizontal, de la prise de vue, posée ou volée, du regard qui, s’il vous fixe, vous prend en otage… Depardon, peu avare de ses secrets, nous les livre avec joie, nous faisant plonger dans son œuvre, avec un œil et un cœur neufs.

Traverser, Raymond Depardon

Jusqu’au 16 septembre 2018

Espace Lympia

2, quai Entrecasteaux – 06300 Nice.

A venir, de juin à septembre 2018

Depardon 06, dans le Pavillon de l’Horloge de l’Espace Lympia

Laisser un commentaire