Dominique Ghesquière, Galerie des Ponchettes [MAMAC Hors-les-Murs]

Dominique Ghesquière
Vernissage le vendredi 8 décembre 2017 à 19 heures
exposition de 9 décembre 2017 – 3 juin 2018

Éloge de la lenteur, territoire du doute, invitation à l’introspection… l’œuvre de Dominique Ghesquière résonne profondément, malgré ou peut-être grâce à sa singularité, avec une aspiration grandissante de la société contemporaine pour un ralentissement, un pas de côté, une improductivité fertile, un retour à des formes d’authenticité… à une quête de sens en somme face à la frénésie du quotidien et à l’accumulation stérile d’images et d’objets.
Depuis plusieurs années, son travail nous invite à freiner nos observations et nos jugements au bénéfice de la contemplation et du doute. Jouant en permanence sur l’effet de trompe l’œil et d’illusion dans un travail à la fois sculptural et d’installation, Dominique Ghesquière nous invite à réinvestir l’expérience du regard.

L’idée de nature et la présence de l’homme en son sein constituent un territoire d’exploration qui s’est affirmé au fil des années. Les paysages éphémères que l’artiste compose convoquent des écosystèmes en entremêlant des éléments empruntés au règne naturel et des objets patiemment élaborés : ainsi, la galerie des Ponchettes déploie la quintessence de l’univers méditerranéen avec des troncs évidés évoquant les écorces de platanes, des aiguilles de pin, des vagues et un lit de galets. L’artiste atteint dans son évocation une épure des éléments et des formes qui, dans leur sobriété assumée, suffisent à convoquer le souvenir d’un paysage, de son arpentage et de son expérience sensuelle et sensorielle. L’artiste joue en effet avec les replis profonds de la mémoire et des sensations permettant ainsi un véritable surgissement du paysage au visiteur attentif. « Je cherche juste à me glisser dans le paysage. Je cherche simplement la précision et le nécessaire, alors je suis souvent amenée à supprimer, élaguer. […] C’est ça qui me permet d’atteindre un certain degré d’abstraction » , évoque-t-elle.

Son univers s’avère en cela très proche de la tradition des paysages empruntés japonais, les shakkei, et des jardins secs qui mêlent sophistication extrême, reproduction de la nature en miniature, raffinement du symbolisme, fidélité de la capture du paysage et quête de quintessence des espaces naturels.

Cette ascèse partagée n’est toutefois pas dépourvue de malice chez Dominique Ghesquière. L’artiste joue subtilement avec notre perception et le registre de l’illusion. Elle déploie dans l’espace des espèces mutantes et hybride des éléments, générant de la confusion entre le naturel et le manufacturé : des aiguilles de pin patiemment agencées et précieusement cousues deviennent touffes d’herbes folles, les troncs évidés des platanes, tels des mues abandonnées d’écorces, se révèlent être de patientes répliques ouvragées, les galets déposés esquissent un jeu de lignes serpentines…
La présence de longues vagues de terre cuite, ponctuant l’espace, renforce cette ambiguïté des règnes. Étirées, et même hérissées jusqu’à l’épuisement du matériau, elles évoquent tout autant l’élément marin que la minéralité d’un massif montagneux et leurs lignes de crêtes, surgissant à peine du sol, renforcent l’horizontalité du paysage.

Entre nature morte et diorama, ses paysages composés opposent ainsi à l’immédiateté de l’évocation, la lenteur d’exécution, la méticulosité des objets produits et la précision de la scansion de l’espace. Par ses multiples gestes, l’artiste se positionne en démiurge discret d’un paysage non héroïque.

Figé dans un automne éternel, ce paysage prend enfin valeur de vanité, soulignant la vulnérabilité des écosystèmes dans lesquels nous évoluons et l’entropie permanente générée par l’action humaine.

Cette commande est présentée parallèlement à l’exposition monographique consacrée à Liz Magor au MAMAC, faisant ainsi résonner deux démarches d’artistes dont la pratique s’ancre dans le détournement poétique du quotidien, et dans une subtile subversion et étrangeté des objets qui nous entourent.

Née à Pensacola aux États-Unis, Dominique Ghesquière vit et travaille à Rueil-Malmaison. À l’issue de ses études à l’École des Beaux-Arts de Lyon, elle a passé deux années en résidence à la Rijksakademie d’Amsterdam (2002-2003). Son travail est présent dans de nombreuses collections publiques nationales et a fait l’objet de nombreuses expositions en France (Centre International d’Art et du paysage sur l’Île de Vassivière, Palais de Tokyo à Paris, Parc culturel de Rentilly, FRAC Ile-de-France, Paris, FRAC Bourgogne, Dijon) et à l’international (Casa del Lago, C Sharp, Mexico City ; Museum Ostwall, Dortmund, Allemagne ; Thalie Art Foundation, Bruxelles ; Lothringer 13 Halle, Munich).
Elle est représentée par la galerie Valentin, Paris.

Commissariat : Hélène Guenin, assistée d’Olivier Bergesi.

Galerie des Ponchettes [MAMAC Hors-les-Murs] 77, quai des États-Unis – Nice

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