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Édito d’août

Foin d’attentats, catastrophes naturelles et autres terribles drames, j’ai eu envie ce mois d’août, mois de mon anniversaire, de mettre quelques bougies pétillantes sur mon gâteau d’actualités et quelle plus jolie étincelle qu’un peu d’humour dans ce monde de brutes !

Tout d’abord (même si l’on n’a pas le droit de rire de tout, selon les Tables de la Loi d’Edwy Plenel), le communiqué de Madame Audrey Azoulay, notre Ministre de la Culture, a de quoi faire tristement sourire les amoureux de la littérature, en apprenant que Michel Butor, décédé ce 24 août, à l’age de 89 ans, figure du Nouveau roman, n’avait pas obtenu le prix Renaudot en 1957 pour son ouvrage La Modification aux éditions de Minuit, mais était, selon le communiqué de la Ministre, «celui qui obtint le prix Renaudot pour La Consolidation»… Par ailleurs, pour saluer la disparition de Sonia Rykiel, la belle Audrey a reconnu que Sonia : « était une femme exceptionnelle, libre et flamboyante. Sa maille incarnait la liberté de mouvement et l’indépendance d’esprit », comme quoi, aujourd’hui, il vaut mieux tricoter qu’écrire !

Bon, en fait, en ce mois d’août, je voulais vous parler d’«en fait » ! On aurait pu se dire que, comme pour le « tout à fait » d’il y a quelques années, cette locution était l’apanage de ceux qui n’ont pas de culture et qui (en fait), n’ont rien à dire. Pas du tout ! C’est au contraire dans les milieux les plus cultivés, les plus huppés, les plus branchés, et soyons clairs, les plus parisiens, que j’ai été gavée d’«en fait » en ce beau mois d’août ! Cependant, soyons justes, le mal était déjà dans le fruit, mais la bactérie a atteint un pic cet été. C’est (en fait)  un peu comme la canicule,  pénible mais heureusement ça passe !

Enfin (et en fait) je dois vous parler du burkini, car comment passer outre, surtout après le petit dessin qui illustre, pour la première fois, mon édito.

Je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais de Coco et j’espère qu’elle ne me tiendra pas rigueur de n’avoir pris qu’un détail de son dessin de la page 2 de Charlie Hebdo n°1257, mais il dit parfaitement ce que je pense de cette tenue qui n’est pas, n’en déplaise encore à saint Edwy, « un vêtement comme un autre ». Maintenant, pondre des arrêtés pour l’interdire n’est pas, me semble-t-il, la meilleure façon de le traiter ; l’ignorer m’aurait paru plus efficace, mais comment ne pas être blessé qu’un tel vêtement composé de deux mots : burka+bikini s’affiche (on n’en voyait pas l’année passée) sur nos côtes, après que quatre-vingt-six innocents ont perdu la vie au nom d’une croyance en un dieu funeste.

Cet article comporte 2 commentaires

  1. thierry martin

    Tu cites le « en fait » qui envahit les conversations et tu as raison. J’ai remarqué qu’un autre envahisseur a fait son apparition, ces derniers mois : « plutôt ». Tout est « plutôt » désormais. Y compris dans des cas où l’on ne sait s’il faut rire ou s’agacer franchement. J’ai ainsi entendu à la télévision quelqu’un dire, à propos d’un spectacle, qu’il était « plutôt très bien ». Quelque chose de « plutôt bien », on peut comprendre : c’est au fond un synonyme de « pas mal du tout », une sorte de petit éloge nuancé de critiques. Mais « plutôt très bien », c’est quand même assez extravagant ! Dira-t-on bientôt d’une femme dont la grossesse a atteint le huitième mois qu’elle est « plutôt enceinte » ? Ou, le jour de l’enterrement de son grand-père, qu’il est « plutôt mort » ?
    Chaque fois qu’un mot perd de sa précision, c’est la pensée et sa transmission claire qui s’affaiblissent. Un peu comme le « trop » qui brouille la compréhension. « Trop bien », « trop beau ». Ou « trop » tout seul. Certes, on finit par « traduire » mentalement ce qui semble vouloir dire « magnifique » ou « top » pour faire moderne. Mais on n’est jamais tout à fait sûr d’être dans la bonne interprétation. Mme Untel est « trop belle » : faut-il ne plus la regarder ? La punir de ses dons hors normes ?
    Peut-être allons-nous bientôt entendre que Madame Untel est « plutôt trop belle »…

  2. lolagassinJourdan-gassin pour brigitee Chéry

    je relisais ma chère Hélène, ton édito du mois d’aout …et je pensais à ce tic de langage qui sévit depuis au moins deux ans ..le fameux … du coup souvent répétitif, utilisé dans les banques comme dans tous les milieux, censé raccourcir une explication et faire branché. La première fois je l’avais trouvé original mais il a fait du chemin …
    Merci pour ton envoi de Blog que je lis toujours avec plaisir. je t’embrasse
    J’ai malheureusement raté ta dernière exposition, excuse moi, j’en suis désolée
    L

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