Édito de janvier

En relisant quelques-uns de mes éditos je m’aperçois que, malgré mes promesses, j’ai bien du mal à m’en tenir aux dates affichées, qui devraient clore le mois venant de s’écouler… Comme quoi, quel que soit le sujet, les promesses sont bien difficiles à tenir et ce sera là la seule allusion que je ferai à l’actualité, ne voulant pas ajouter à la curée médiatique et populaire un grain de sel accusateur et surtout sarcastique à une situation qui demandera à être clarifiée de toutes parts… Wait and see, dirais-je à l’anglaise (pour ne pas dire à l’américaine, n’est-ce pas, Monsieur Trump ?), de tout cela, il sortira bien quelque chose !

Encore quelques mots, cependant, au sujet de ce qu’on appelle communément le quatrième pouvoir, qui s’illustre, chaque jour davantage, par sa médiocrité et pire même ; une caste (oui, une caste qui se déchire, mais se protège) à laquelle je me félicite de ne plus appartenir à cause de règles à géométrie variable, qui amenèrent la Commission de la carte à ne pas renouveler la mienne, n°96353*, sous prétexte que mes fiches de paie étant impayées, je ne pouvais me prévaloir de vivre de ma plume ! Cette désastreuse situation ayant pris fin grâce à un jugement qui me rétablissait dans mes droits et qui me permettait de récupérer le montant de mes salaires, j’en informais la Commission de la carte, qui refusa d’en tenir compte et de me rendre cet outil important pour mon travail… Quelle grande rigueur ! Oui, sauf qu’il y a les règles et leurs à-côtés : les cartes délivrées aux amis, les fiches de paie bidon, les gens payés à ne rien écrire…

 « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », disait La Fontaine… Certes, cette maxime a toujours cours aujourd’hui, sauf que parfois il faut l’inverser* : j’en veux pour preuve l’intervention de Maître Dupond-Moretti au sujet de son livre « Directs du droit »* dans l’émission « On n’est pas couché ». A Laurent Ruquier qui lui reprochait de défendre en appel Jérôme Cahuzac, pourtant condamné à trois ans de prison, non aménageables, il a répondu : « Je ne cherche pas à l’innocenter, il a reconnu sa culpabilité, je dis qu’il n’est pas normal qu’il soit cloué au pilori de la sorte, qu’il doive vivre terré pour ne pas être insulté ; je dis simplement que c’est trop cher payé pour ce qu’il a fait…» Je résume approximativement la réponse de Dupond-Moretti comme je vais aussi résumer certains de ses propos… Il s’insurge contre cette nouvelle race de juges qui font passer la morale avant le droit et qui, au nom de la transparence, tuent le secret professionnel. Il dénonce ce corporatisme, construit à l’École de la Magistrature, qui a permis qu’un magistrat ayant fraudé le fisc en ne payant pas ses impôts pendant trois ans, ne soit sanctionné par sa hiérarchie que par une mutation ! Enfin, au sujet de ces fameux lanceurs d’alerte et du plus virulent d’entre eux, Mediapart, il s’interroge sur le rôle que joue son directeur, Edwy Plenel : est-il journaliste, flic ou procureur ?

J’avais pris des petites notes, dans le courant du mois, sur des événements qui m’ont fait sourire, comme cette décision du gouvernement chinois de donner des primes aux enfants qui vont voir leurs vieux parents à l’hôpital… ou qui m’ont exaspérée, comme la pléthore de pétitions reçues sur internet pour attaquer ou défendre des faits allant des plus graves aux plus futiles… L’actualité et ses débordements ont primé !

* Je me félicite chaque jour de la liberté que m’offre ce blog : pouvoir dire ce que je veux, quand je veux, comme je veux, avec pour seules règles le respect des personnes et une certaine connaissance de mes sujets…

* »Directs du droit » d’Eric Dupond-Moretti et Stéphanie Durand-Souffland, Michel Lafon

* Je lis aujourd’hui avec une certaine  délectation l’interview d’Yves Le Borgne*« La justice influence plus la politique que la politique ne la tyrannise » – Page 2

Avocat pénaliste, Jean-Yves Le Borgne veut réformer la justice, reconnaît ses imperfections et déplore l’instauration d’une suspicion généralisée. Propos recueillis par Charles Consigny :

Extraits La célèbre maxime de La Fontaine sur les jugements de cour est-elle toujours d’actualité ?

Oui, mais a contrario. Il suffit trop souvent d’être un puissant, d’être un privilégié, un homme de pouvoir pour être plus suspect qu’un autre et moins excusable qu’un déshérité. Le juge n’a pas les mêmes exigences envers un pauvre et envers un nanti. De là à dire que les privilégiés ont une sorte de handicap judiciaire… (n’est-ce pas ce que je dis dans mon édito ?)

Une citation ?

Celle de la tentation de Venise, de la paix retrouvée, de l’oubli de l’angoisse judiciaire :

« Et chercher sur la Terre quelque endroit écarté

Où d’être homme d’honneur on ait la liberté. »

La beauté de l’intelligence désespérée d’Alceste et la plume merveilleuse de Molière.

Une devise ?

Ne jamais renoncer !

 

 

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