Édito de juin

Je clôturais mon édito de mai par une apparition dans le paysage politique, celle d’Emmanuel Macron en tant que président de la République, j’entame cet édito de juin par une disparition qui nous laisse toutes orphelines, le décès de Simone Veil, une femme admirable, tout au long de sa vie. Si je parle au féminin ce n’est pas pour confisquer pour notre sexe ses courageuses actions éthiques, humanistes et politiques, mais parce que nous, femmes, nous avons été touchées dans notre chair par ce qu’elle a gagné pour nous, la liberté de disposer de notre corps.

Les hommages pleuvent, de ceux qui l’ont combattue comme de ceux qui étaient à ses côtés, parfois bousculés par la radicalité et la violence de ses positions, par exemple Jean-Louis Debré qui loue cette femme de caractère, et même de mauvais caractère ! Oui, c’est pour vos engagements admirables, votre courage inouï face aux tortionnaires nazis qui n’ont jamais réussi à vous anéantir, qu’avec tous, je vous pleure et je vous salue, Madame, vous qui représentez la France dans ce qu’elle a de meilleur, mais aussi pour ce caractère, pour vos justes colères face à l’adversaire, spécialement l’extrême-droite qui vous huait et que vous avez traités de SS au petit pied ! Aujourd’hui le FN quitte la salle du Conseil régional de Bourgogne- Franche-Comté au moment de la minute de silence demandée pour votre mémoire, c’est dire à quel point les choses ont peu changé ! Eh bien, ce sont aussi pour ces colères, ces réparties cinglantes comme lorsqu’on vous demandait si pour vous François Bayrou représentait le centre et que vous répondiez : « Pas du tout, François Bayrou ne représente que lui-même ! » que je vous aime. C’est pour ce franc-parler, ces opinions tranchées que je vous admire, Madame, aujourd’hui où nous sommes dans le consensus mou, les adhésions larvées, les trahisons dégradantes, quelles que soient les étiquettes. Vous resterez, pour ceux et celles pour qui la fidélité et le courage veulent dire quelque chose, un modèle unique en ce début de siècle comme dans celui qui l’a précédé.

Et je citerai, en dernier recours, quelques mots d’une femme, et d’une femme politique, Roselyne Bachelot : « Dominique Schnapper qui fut la collègue de Simone Veil au Conseil Constitutionnel salue sa mémoire en ces mots : elle ne fut pas une politique mais une femme de convictions. Faut-il que nous soyons arrivés à un stade ultime de dévoiement de la vie publique pour qu’une personnalité aussi éminente prononce une phrase aussi insultante pour tous ceux qui ont choisi de se consacrer aux affaires de la France. Pour rendre hommage à Simone Veil, il faudrait en quelque sorte la laver de la politique comme si c’était une activité dégradante pour ceux et celles qui l’exercent. Eh bien non ! Simone Veil fut une femme politique et elle le revendiquait haut et fort. Elle était à la fois intransigeante sur les principes, ferme sur les objectifs et habile sur les stratégies. (…) »

Voilà qui remet la chose politique au cœur de la gestion du pays. Je ne suis pas de ceux et celles qui pensent qu’avec seulement de la bonne volonté et de bons sentiments on va remettre la France sur pied, et ce ne sont pas, hélas, les atermoiements du gouvernement, les départs précipités de ministres et encore moins leur reclassement à des postes moins fusibles qui augurent, pour l’instant, de la bonne marche de la chose publique !

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