Edito de septembre

Un vernissage chez Antonio Sapone

J’ai le cœur brisé ce matin ! Je voulais pourtant, dans cet édito de septembre, ne vous parler que de choses joyeuses et voilà qu’en ouvrant mon Nice-Matin, j’apprends la disparition de mon ami Antonio Sapone, le fleuron des galeristes de notre région, l’homme d’un autre temps, celui pour lequel un artiste c’est avant tout un être au talent, et même au génie espère-t-on, indiscutable, auquel on doit croire, qu’on doit accompagner, financièrement d’abord, mais surtout avec le cœur, avec l’écoute, avec une totale disponibilité…

Sapone était de ceux-là, rares aujourd’hui, je dirais même disparus. Je me souviens de mes visites dans sa belle galerie du boulevard Victor-Hugo, à Nice… Il m’accueillait toujours avec un tonitruant  « Bonjour Presidente ! » A l’italienne, en souvenir de la Foire Art Jonction que j’avais créée et dirigée… Je protestais devant cette manifestation d’importance, tant j’étais admirative et impressionnée par son parcours de galeriste des plus grands et depuis si longtemps, reprenant ainsi le flambeau de son beau-père Michele qui lui donna son savoir, son lien avec Picasso dont il était le tailleur, et surtout son plus beau fleuron, sa fille Aïka que Giacometti avait peinte et dont Picasso admirait la beauté…  Mais son palmarès ne se limitait pas à Picasso et à son amitié avec Jacqueline, sa veuve ; il était aussi lié au  grand Burri, cet artiste si spécial, si secret qui ne jurait que par lui. Je me souviens d’une conversation devant son bureau, un des moments privilégiés que je passais avec lui, durant lequel Antonio répondait au téléphone à Alberto Burri qui préparait une exposition en Espagne : « Qu’est-ce qu’il y a ? Ça ne va pas ? tu veux que je vienne (en italien évidemment) ? » Il me disait alors : « Je vais aller à Madrid (ou Barcelone, je ne me souviens plus très bien), Burri a besoin de moi ! »

Paul Mansouroff, Pol Bury, Ladislas Kijno, Antoni Clavé, Jean-Paul Riopelle, Pierre Tal Coat, Hans Hartung, Christian Jaccard, Alberto Magnelli, Gérard Schneider, Raymond Hains… je les cite dans le désordre, mais je me souviens de chaque exposition et le plus souvent de chaque artiste qu’Antonio me faisait connaître quand ils étaient présents ou vivants ! Quel box-office ! Je n’ignore pas que pour certains, la petite histoire de l’art croustille de sombres histoires… Mais là n’est pas le propos, quel palmarès tout de même !

A propos de Raymond Hains, une de nos gloires françaises au Pavillon International de la Biennale de Venise 2017, je me souviens d’une anecdote amusante lors de l’exposition du peintre Mathieu organisée par Antonio Sapone et qui ne figure d’ailleurs d’ailleurs pas dans la liste des artistes de la galerie… Nous dînions Chez Simon, à Saint-Antoine de Ginestrière (ah ! les grands dîners de Sapone)  et Raymond Hains, s’appuyant sur l’épaule de Mathieu, commença une longue homélie sur le talent de l’artiste, mais qui dériva très vite en du Hains pur jus, assaisonné de camembert de Normandie et de toutes sortes d’autres délires dont il était friand ! On vit alors Mathieu, peu heureux de cet hommage pour le moins surprenant, se glisser hors de la protection de la patte d’Hains et s’enfuir au fond du jardin… Retrouve-t-on ces ambiances aujourd’hui ? Je ne le crois pas, en tout cas elles ont été, parmi le reste, ce qui a déclenché ma passion pour l’art et son monde.

André Villers, Aïka et Paola Sapone

Mais vous allez me penser ingrate et oublieuse du présent ? Non, car Sapone c’était aussi un découvreur et là encore la liste est belle (pardon si j’en oublie !) : Louis Chacallis, Noël Dolla, Bernard Pagès, Alberte Garibbo, le groupe 70, et surtout Vivien Isnard ! Je crois pouvoir dire que Sapone aimait Vivien comme le grand peintre qu’il est, mais plus encore comme le fils qu’il aurait voulu avoir. Lorsqu’il a été question que Vivien entre dans sa galerie, je l’ai encouragé et je crois qu’Isnard ne l’a pas regretté ! Il y a eu de belles expositions, des foires, un magnifique livre et par-dessus tout, une affection profonde qui lie aujourd’hui Vivien à Aïka, à Paola, l’épouse et la fille d’un homme de cœur que je pleure…

Pour ce qui est des nouvelles de France et d’ailleurs, nous reverrons ça en octobre !

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