Edito pour Angela

C’est mon premier édito sans toi, Angela, amie de toujours, sans ton œil de lynx pour traquer dans mes textes, la moindre faute d’orthographe, la mauvaise place d’une virgule, une locution mal employée, qui me valaient alors un E-mail amusé ou irrité par mon étourderie.

J’ai essayé d’écrire sur ce mois de juin et ce qu’il m’a offert comme nouvelles, bonnes ou mauvaises, comme événements, anodins ou graves, comme plaisirs ou énervements, mais faute de pouvoir les partager avec toi, ils m’ont semblé soudain dénués d’intérêt… Tu as toujours eu un regard bienveillant sur mes écrits, n’y changeant pas un mot, pas une ligne, mais soulignant ce qui te plaisait ou que tu aimais moins. Nous n’étions pas sans discuter car nous avions sur les choses des avis parfois différents ; pas sur l’art en tout cas – tu avais été l’excellente secrétaire de rédaction de la très belle revue : XX e siècle -, mais sur la politique notamment, où sur d’autres sujets qui pouvaient te mettre en rage, une réaction que je ne partageais pas toujours, mais sans te le dire, pour ne pas déclencher un possible courroux…

Pourquoi tant d’obéissance ? Parce qu’Angela Delmont était mon ainée, que j’admirais son intelligence, sa culture, sa liberté et  son inimitable sens de l’humour!

J’avais treize ans quand nous nous sommes connues dans notre cher quartier du Mont-Boron, à Nice. Elle était une belle jeune-fille de vingt ans, fiancée au frère d’une amie, et déjà tellement originale, tellement hors du commun. Notre amitié, dès lors, ne s’est jamais rompue, malgré son départ pour Paris où elle a été d’abord vendeuse chez Jacques Fath, avant de devenir, après moult petits boulots, la secrétaire, la confidente et le souffre-douleur du merveilleux San Lazzaro (Gualtieri di San Lazzaro était un journaliste, écrivain, critique d’art et éditeur italien, qui créa, en 1938, la revue XX e siècle, puis plus tard, la galerie éponyme de la rue des Canettes à Paris) qu’elle secondait et accompagnait partout, efficace, modeste et amicale. Durant cette riche période, Angela a côtoyé, sans jamais en faire état, bon nombre de ce que le XXème siècle a connu de grands artistes et poètes, que San Lazzaro mettait sur le sellette dans sa magnifique revue… De cet éloignement parisien, notre amitié n’a que peu souffert, San Lazzaro m’ayant pris sous son aile et ponctuant mes arrivées de : « tiens, Angela, voilà votre amie de Nice !». Il aimait nous emmener, la brune et la blonde, dîner chez Lipp et je garde de ces soirées et de la richesse de sa conversation, susurrée d’une voix de conspirateur, un souvenir ému.

Quand Angela est revenue à Nice, à la mort de son père, pour être proche de sa mère avec laquelle elle partagea sa jolie maison au Mont-Boron, nos liens se resserrèrent encore. Sans enfants, elle adopta les miens et moi je fis de Madame Delmont, une mère de substitution. Dans un français mâtiné d’italien, nous plaisantions beaucoup avec cette magnifique vieille dame à la beauté intacte, que nous avions surnommée Pampouria, allez savoir pourquoi !

Pendant que j’écrivais ces quelques lignes, la Nation célébrait l’entrée de la remarquable Simone Veil au Panthéon…

J’ai dans mon cœur, un Panthéon personnel où tu as une place de choix, Angela !

Cet article comporte 6 commentaires

  1. Corinne K

    Chère Hélène, par ton blog j’apprends le départ d’Angela ! J’en suis toute chose et bien peinée. Même si je ne la voyais pas souvent, nos petites rencontres étaient des pépites de joie. CK

    1. Hélène Jourdan-Gassin

      Corinne, heureuse de voir que durant ce temps qui nous rapproche, tu as fait de belles rencontres !

  2. Jany Pedinielli

    Merci Hélène d’avoir écrit ce texte pour Angela. Le portrait que tu en fais correspond à l’Angela que j’ai connue mais pas assez fréquentée. Ce que j’ai partagé avec elle est précieux, notamment les convictions politiques qui nous rendaient complices et que, je sais, tu ne suivais pas. Angela est une grande dame que j’ai eu la chance et le bonheur de rencontrer. Ciao carissima Angela!
    Jany Pedinielli

    1. Hélène Jourdan-Gassin

      Oui Jany, elle était une grande dame et merci aussi de dire ce qui nous séparait, mais sans jamais nous fâcher, comme avec toi d’ailleurs…

  3. Christine Lehmann

    Merci, Hélène, d’avoir évoqué dans ton édito pour Angela la longue et indéfectible amitié qui vous unissait ainsi que son parcours professionnel. Grâce à toi, je comprends mieux les raisons de sa grande érudition artistique. C’est sur les rochers de Coco Beach où elle aimait venir nager (elle nageait le crawl à la perfection) que nous avons fait connaissance. A l’époque, avec ses cheveux courts, je trouvais qu’elle ressemblait à Annie Girardot et je la regardais avec admiration. Mais, c’est plus tard que nos liens d’amitié se sont renforcés et que j’ai pris l’habitude de la voir lors de mes passages à Nice. Il était toujours intéressant de discuter et d’échanger des points de vue avec Angela, car elle était très cultivée et intéressante, parfois étonnante dans ses réflexions, mais toujours bonne conseillère Elle me manquera beaucoup ainsi qu’à Jean-Claude qui aimait la rencontrer. C’était une grande Dame que nous avons eu la chance de connaître.

    1. Hélène Jourdan-Gassin

      Merci Christine, fidèle lectrice

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.