Hélène Et Lise, 2012
Hélène et Lise, 2012

Georges Pacheco, galerie Sintitulo

Mougins a beaucoup de chance d’avoir à deux pas l’une de l’autre deux excellentes expositions de photographies, Argentic Agony au Musée André Villers (voir mon article) et à la galerie Sintitulo, les émouvantes maternités de Georges Pacheco. Alors qu’au Musée de la Photographie André Villers, le propos des trois artistes est avant tout un constat historique de la disparition de l’argentique au profit du numérique, mais avec trop peu d’images (les murs du musée ne sont hélas pas extensibles) pour que la démonstration soit mémorable, les maternités de Georges Pacheco, présentées sous le titre d’Amalthée, une belle référence à cette chèvre qui allaita Zeus enfant, ont cette beauté évidente qui vous ôte tout doute et comble  “ce désir enfantin du figuratif” évoqué par Marc Lambron à propos de Gustave Doré*

Amélie, Xavier et Irénée, 2012

Vous l’aurez compris, l’exposition du Musée André Villers m’intéresse, celle de la galerie Sintitulo me ravit !

Comment expliquer ce plaisir devant ces photographies, au demeurant d’un excellent rendu (tirages encres pigmentaires sur papier Hahnemüehle Fine Art Pearl, pour être précise), si ce n’est qu’il vient de ce que Georges Pacheco a saisi dans ces femmes, la disparition de leur personne au profit de cet acte universel qu’est l’allaitement maternel.

Certainement, la référence à la peinture de la Renaissance italienne ou hollandaise nous a rendu ces images extrêmement familières, mais Pacheco, s’il est conscient de la sensualité qui se dégage de la plupart de ces peintures religieuses, souvent proches de sujets profanes par l’introduction de poses suggestives et de l’usage du nu, ne s’est pas égaré dans cette voie en revisitant cette icône de la Vierge allaitant, thème central de la peinture du XVe au XVIIe siècle. Il a questionné les processus de représentation et d’incarnation d’une telle image archétypale en photographiant en studio de vraies mères d’aujourd’hui, à qui il a demandé d’être dans un «hors soi», tout en vivant pleinement un moment intime avec leur enfant. C’est dans cet oubli que les portraits de Georges Pacheco sont admirables, car ils nous font percevoir l’intime sensualité qui lie l’enfant à sa mère, éloignant dans ce moment privilégié toute velléité de voyeurisme. On s’attache à des détails, les gouttes de lait échappées des corsages, la concentration des visages maternels dans leur différence, l’abandon des enfants, du nourrisson au jeune enfant…

Yasmine et Achille, 2012

La série Amalthée réunit de très nombreux portraits dont une dizaine seulement est présentée galerie Sintitulo, tous dans le même format, 80 x 80 centimètres, auxquels il faut ajouter trois œuvres de plus petite taille, mais tout aussi admirables.

Georges Pacheco est titulaire en 1987, d’une maîtrise de psychologie expérimentale de la perception, Université Paris X Nanterre. En 1988, il obtient un D.E.A de psychologie de l’art. Université Paris X Nanterre . En 2012, il est diplômé de L’École Nationale Supérieure de la Photographie (ENSP) d’Arles, avec mention.

* Exposition « Gustave Doré, du côté de Méliès et de Star Wars », Le Point, 04-05-2014

Jusqu’au 30 avril 2017

Galerie Sintitulo

10, rue du Commandeur -06250 MOUGINS

Cet article comporte 1 commentaire

  1. helene jourdan-Gassin pour Cristina

    Chère Hélène,

    Merci pour ces billets agréables et merci pour cette belle intervention sur l’exposition de Pacheco.
    Nous avons reçu le carton d’invitation pour l’exposition du 13/04. Il est beau et j’ai hâte de découvrir les photos, les vraies.

    A bien vite, mes amitiés,

    Cristina

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