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« Je suis une légende », exposition de Marcel Bataillard

Marcel Bataillard « Saint-Thomas »

J’ai découvert le travail de Marcel Bataillard en 2004, lorsque je travaillais à la culture au sein de la Ville de Nice. Il peignait à l’aveugle, ce qui spontanément semblerait dire au petit bonheur la chance : voilà qui ne correspond vraiment pas à sa démarche. Disons donc plutôt en aveugle, ce qui implique que, les yeux bandés, il peignait ce qu’il avait déjà bien vu (choisissez le sens de ces mots), ou ce qu’il voyait parfaitement, voire trop bien.

Mon amie Lola – qui l’exposera plus tard pour d’autres travaux et fit de lui un beau Portrait dans ces colonnes – disait son « besoin (…) que le peintre soit voyant pour [la] séduire » et ajoutait, avec la même modestie que d’habitude : « Je ne me sentais pas assez solide pour lui servir de bâton (blanc, cela va de soi), donc de galeriste… »

Je ne suis certainement pas plus solide… Mais j’ai repensé à tout cela en voyant l’exposition de Marcel Bataillard, intitulée Je suis une légende, au Musée de la photographie de Mougins. J’ai ressenti un parallèle entre l’ancien aveuglement de Marcel Bataillard et ces légendes qui ne correspondent pas toujours à l’objet des photos. Au fond, ai-je pensé, ce n’est pas très différent de peindre, les yeux clos, ce que l’on a préalablement vu (en le déconstruisant et le reconstruisant forcément), ou de choisir une photo d’après ce que l’on a déjà écrit ou lu, tout comme de convoquer un texte pour le marier à une photo que l’on a déjà faite. Dans chacun de ces cas, l’artiste nous dit que tout se déforme et se distend au fur et à mesure qu’on veut le saisir, que sans cesse les mots courent après ce qu’on veut dire, et les images, comme les sons, après ce qu’on voudrait exprimer. Et même avec celui qui parvient à cerner le moins mal, par un texte ou des formes, par des couleurs, ou une musique, ce qu’il avait en tête, il reste encore cet autre intervenant perturbateur et créatif : le spectateur ou l’auditeur qui recompose peu ou prou ce qu’on lui propose, accole d’autres sens voire d’autres figures à l’œuvre en face de lui.

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D’ailleurs, dans Je suis une légende, à chaque photo correspond une référence du générique Scholie suivie d’un numéro, une scholie étant une « occupation studieuse, commentaire particulièrement utile à la compréhension des allusions historiques, géographiques ou mythologiques, et pouvant faire œuvre nouvelle, en marge de la démarche démonstrative. »

La vérité, ce brouillard au nom duquel des centaines de millions de gens se sont tourmentés et occis – et continuent de le faire – est bien la chose la moins certaine du monde.

Allez regarder ces formats modestes (50×70 cm), ils sont bien intéressants. J’espère que comme moi vous aimerez ces distorsions tantôt poétiques, tantôt comiques, parfois tragiques, pour peu qu’on regarde comme par-dessous. Vous vous souvenez de cette phrase de Nietzsche ? « Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. »

Thierry Martin

Du 28 septembre 2017 au 4 février 2018

Musée de la photographie André Villers

67 rue de l’Église, 06250 Mougins

 

 

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