Suis-je encore Charlie aujourd’hui ?

Si je me pose cette question au risque de déplaire à ceux qui me suivent le plus fréquemment, en particulier le milieu artistique qui se veut de préférence à gauche, c’est par rapport à un article du Point qui répond assez bien – même si je ne suis pas toujours d’accord – à mon souhait le plus cher pour 2016 : d’être courageuse et que mon entourage le soit aussi.
Ne pas être systématiquement en accord avec les siens n’est pas chose facile, surtout que dans mon cas les gens qui m’importent sont parfois installés dans une certaine bien-pensance, à gauche comme à droite…
C’est pourquoi j’ai choisi de relayer la parole de Charles Consigny, tout au moins sur le début de son article, n’en connaissant pas la totalité puisque je ne suis pas abonnée au Point… et en particulier sur la question posée :  » Un an après, sommes-nous toujours Charlie ?  »

Oui, je pense être toujours Charlie en ce début d’année 2016, mais pour que ma position soit tout à fait claire je vais reprendre le début du texte de Consigny, morceau par morceau et le commenter :

 » Ce week-end encore, un homme fonçait intentionnellement, en voiture, sur des militaires postés devant une mosquée de Valence. L’islamisme monte comme d’autres totalitarismes autrefois. Il ensorcelle des esprits faibles, gagne du terrain chez des jeunes en rupture avec leur pays et ses valeurs constitutives, au premier chef la liberté, un acquis dont ces jeunes-là ne saisissent plus la rareté, le luxe, la fragilité ; à la liberté, ils préfèrent l’oppression, des hommes sur les femmes notamment, ou, comme l’a expliqué Michel Houellebecq, la soumission : celle des femmes aux hommes, celle des hommes à Dieu, et cela sans un millimètre de recul, sans songer une seconde qu’un dogme n’est jamais qu’une invention humaine, dérisoire, temporaire, souvent fantasque, kitsch et poussiéreuse.  »

Sur cette partie d’analyse je suis d’accord à 100% et non à 99% comme le disent les planqués, même sur la référence au livre de Houellebecq qu’il faut lire comme une fable, une parabole…

 » J’ai été à la messe de Noël tous les ans depuis que je suis né, et il ne m’est jamais venu à l’esprit de penser que la Vérité révélée était dite par qui que ce soit dans ces ennuyeuses litanies que j’étais impatient de voir terminées. »

Il y a dans ce passage une sorte d’ambiguïté : Consigny ne sacrifie-t-il pas d’un côté la finesse de son analyse sur l’autel de l’église pour rassurer les catholiques alors qu’il ironise d’autre part sur la croyance en une Vérité révélée et aux pratiques ennuyeuses de sa religion…

 » Le refus obsessionnel de désigner un ennemi.

Charlie Hebdo a décidé de mettre  Dieu  en couverture de son dernier numéro, avec pour titre  » Le coupable court toujours « . Quel dommage que cette une  pas d’amalgame  ! Pourquoi cette obsession de mettre toutes les religions dans le même sac, alors que tout le monde sait, que tout le monde voit, que tout le monde ne peut que constater que le terrorisme, aujourd’hui, et depuis une vingtaine d’années déjà, est islamique ? Pourquoi continuer dans cette cécité folle, dans ce refus obsessionnel de désigner un ennemi qui, lui, s’affiche clairement ? Pourquoi s’entêter à prendre garde de « ne pas froisser telle ou telle communauté », alors que l’esprit même de la caricature, c’est de froisser, de heurter, de vexer, et cela pour que l’atmosphère reste respirable, pour qu’on puisse rire les uns des autres, rire de nous-mêmes, relativiser, précisément, nos croyances ? Qui a noté que, dans son discours au Congrès, le président Hollande, chef des armées, n’a pas su nommer l’ennemi, n’a pas su dire islamiste, préférant djihad, parce que moins amalgamant ?  »

Là encore, je suis assez d’accord sur le fond ! A force de ne pas vouloir désigner, froisser, amalgamer par bien-pensance, par peur de représailles ou je ne sais quoi encore, une partie des Français préfère, comme le Président, djihad à islamiste pour désigner un combat qui est celui dont se réclament les islamistes eux-mêmes !
Les Chrétiens firent des horreurs pour asseoir leur religion, nous le savons, mais vouloir mettre dans le même sac les actes du passé : Croisades, Inquisition, Saint-Barthélemy et j’en passe, avec les crimes de Daesh aujourd’hui, c’est faire table rase de ce qu’on appelle l’évolution de l’humanité pour laquelle tant d’êtres se sont battus et sacrifiés…
En revanche,  je ne partage pas l’opinion du journaliste du Point sur le Charlie Hebdo que je viens de trouver dans ma boîte aux lettres… Riss comme à son habitude frappe fort et juste, car tous ces assassinats de janvier et novembre n’ont-ils pas été perpétrés au nom de Dieu ? Comment ne pas voir en lui le coupable N°1 ?
Quand Riss dessine en une de Charlie un Dieu à la barbe blanche avec une kalachnikov en bandoulière qu’il légende  » 1 AN APRÈS , L’ASSASSIN COURT TOUJOURS «  il ne pratique pas l’amalgame ; il réagit comme l’athée qu’il est contre toute forme de croyance exception faite de celle qu’il honore : une foi inaltérable en la vie !

 » Puisque 2015 a été une année de violence, il faudrait que 2016 soit une année de courage ! Imposons, forçons-nous à une liberté d’expression totale. Cela ne résoudra pas tous les problèmes communautaires et religieux qui se posent à la plupart des pays d’Europe, mais cela permettra au moins de les regarder en face pour pouvoir s’y attaquer.  »

Oui, soyons courageux comme nous y engage Charles Consigny avec cette liberté que lui-même n’applique pas totalement… Mais il n’est pas le seul, je lis à l’instant dans la presse que la une de Charlie « blesse les musulmans », comme l’annonce Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Nous ne sommes vraiment pas sortis de l’auberge !

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