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The Square

Claes Bang

The Square, ce film qui ne plaît ni à la branchitude ni à l’intelligentsia le trouvant, chacun dans son domaine, grossièrement pasticheur d’un monde qui pourtant est le sien et le nôtre, m’est apparu au contraire comme un pamphlet terriblement dérangeant, fin, cruel et drôle de notre modernité dans tous ses excès, et notamment celui de cette dictature du politiquement correct exercée par ces milieux dits  éclairés.

« Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée The Square, autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle. »

The Square

Ce pitch que j’emprunte, comme à mon habitude à Allociné, ne me semble pas exactement résumer ce que l’ouvrage de Ruben Östlund, qui entre parenthèses a remporté la Palme d’or du Festival de Cannes 2017, a de percutant.

Si la toile de fond de l’œuvre est en effet une peinture de la vacuité d’un certain milieu de l’art contemporain, dérisoirement snob et suffisant, j’ai surtout aimé chez Östlund sa façon d’approcher la lâcheté et ses conséquences. Traitée frontalement dans Snow therapy, où un quadra fuit, laissant femme et enfants à la merci d’une avalanche sur la terrasse d’un restaurant de sports d’hiver, la lâcheté de Christian, le beau et courtois conservateur d’un grand musée de Stockholm, joué par Claes Bang, magnifique acteur danois, est d’apparence moins grave puisqu’il ne fait qu’user de moyens discutables pour récupérer un portable qu’on lui a volé, mais ce faisant, il néglige l’exposition ambitieuse qu’il a programmée, au risque de la voir dévoyée, et surtout il passe à côté du drame que provoquent ses accusations dans un milieu dont il ignore quasiment l’existence…

Qu’un metteur en scène, lui-même beau et quadragénaire, stigmatise, dans ses films, ce type de comportement masculin, me semble un fait de société tout à fait nouveau que la critique, très sévère avec celui qui dit a osé dire « le roi est nu », s’est bien gardée de souligner.

Elisabeh Moss et Claes Bang

En revanche, Ruben Östlund est moins convaincant avec ses personnages féminins. Son aventure avec la journaliste (Élisabeth Moss) est longue et ennuyeuse, à l’exception de la séquence hilarante de l’interview où elle lit à Christian un texte hermétique de présentation du musée, qu’elle n’a pas compris et qu’il est incapable de lui expliquer.

Et puisque d’humour il est question, ce film en est truffé, que ce soit par une observation chirurgicale (élitiste, dirons certains) du milieu de l’art qu’Östlund semble connaître jusqu’au bout des doigts et qu’il stigmatise avec une acuité déconcertante, ou celui de la société bourgeoise (qu’il connaît bien aussi) et en particulier de ce fameux modèle suédois et ses ambiguïtés.

La Performance

Si le trait est parfois caricatural, et je pense à la scène de la Performance par exemple, c’est comment dans une peinture réussie un repentir* peut révéler toute la beauté du tableau !

Le jury de Cannes ne s’y est pas trompé et son président, Pedro Almodóvar, l’a clairement résumé : «  Ça parle du politiquement correct, c’est une dictatureCette dictature est aussi horrifiante que d’autres dictatures. Le réalisateur a montré plusieurs exemples du politiquement correct. C’est extrêmement drôle. »

* Un repentir est en peinture une partie du tableau qui a été recouverte par le peintre pour modifier en profondeur la toile. Il peut s’agir de masquer ou de faire apparaître des personnages, des objets ou organes, ou de modifier leurs aspects et leurs positions.

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