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« Un beau soleil intérieur « 

Réalisation Claire Denis, scénario Christine Angot/Claire Denis

Synopsis : Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Un vrai amour…

Rarement un film m’aura mise autant en colère ! Le fait que Claire Denis, la réalisatrice, mette dans la bouche de Gérard Depardieu cet énoncé qui fait titre, « Un beau soleil intérieur », augure pourtant d’une analyse délicate d’une femme (Juliette Binoche) à la recherche de l’amour ! Hélas, de délicatesse, nenni, mais des banalités en abondance !

Gérard Depardieu (qui n’apparaît qu’à la toute fin du film et dans la pénombre) campe une sorte d’oracle bouffon qui déverse sur la pauvre Binoche un tas de fadaises, de prédictions d’astro-flash qu’elle prend pour argent comptant, espérant voir dans l’homme de cinquante ans que notre devin fait apparaître puis s’estomper à loisir, ce véritable amour qu’elle appelle désespérément de ses vœux !

Gérard Depardieu

Instant peut-être un brin divertissant d’un film curieusement défini comme un drame/comédie, cette fin n’arrive qu’après les longues errances d’Isabelle (Binoche) aux prises avec un banquier (qui la baise), un galeriste (qui aimerait le faire), un acteur (qui le fait sans conviction), et une espèce de benêt qui, bien sûr, l’aime et qu’elle va faire souffrir ! Les scènes en province, comme on dit à Paris, sont on ne peut plus convenues, à croire que ces Germanopratins n’y ont jamais mis les pieds… A ne pas rater : la crise d’Isabelle (Binoche) qui invective (sors de ce corps, Christine Angot !) sa clique de copains insensibles au charme d’une nature montrée dans sa morne banalité. Autre moment de bravoure, les mêmes bobos parisiens se retrouvant dans une boîte de nuit, style années 70, ringarde à souhait, où notre Isabelle (Binoche) dégotte son homme à l’état brut, mais à l’air abruti (forcément, à la campagne…) avec qui elle va, pour un temps, s’essayer à l’amour simple, mais insuffisant, d’où ce recours au nounours prophète (Depardieu) que j’évoquais au début.

C’est, je crois, le premier scénario écrit par Christine Angot et disons que, peut-être, son cirque à « On n’est pas couché », l’émission de Laurent Ruquier, m’a mise de mauvais poil, mais comment Claire Denis a-t-elle pu mettre son talent au service d’une analyse aussi réductrice, aussi creuse de la quête amoureuse d’une femme libre… mais attention, pas n’importe quelle femme, une artiste ! Et là, de nous servir tous les clichés sur l’art et ses protagonistes. Que ce soient la peintre (Binoche) en train d’attaquer une toile au sol, son agent (Josiane Balasko) aux propos mercantiles ou encore le galeriste snobinard (l’excellent Bruno Podalydès), ils sont croqués d’un trait trop grossier pour donner une quelconque force à la satire… mais que voulez-vous, n’est pas La Bruyère qui veut.

Que se passe-t-il cependant pour que malgré ses faiblesses, ce film capte un peu de « ce beau soleil intérieur » dont parle Depardieu ? C’est que Claire Denis porte sur ses acteurs un regard étonnamment juste. Elle donne du corps de Juliette Binoche dans l’amour, une peinture admirable, même si parfois elle permet à cette actrice d’une grande beauté de faire un peu trop du « Binoche ». Quant à la double apparition de Philippe Katerine, c’est un instant de poésie pure portée par cet être léger, lunaire, unique.

 

Cet article comporte 1 commentaire

  1. Anonyme

    Après La Bruyère, Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement – Et les mots pour le dire arrivent aisément. » J’ajoute qu’une colère (justifiée) me semble avoir eu le même effet ici.

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