Vivien Roubaud
Photo Ville De Nice
Vivien Roubaud Photo Ville de Nice

Vivien Roubaud, Galerie des Ponchettes

Vivien Roubaud, Galerie des Ponchettes

Il me semble normal et complémentaire que les expositions du MAMAC et la collection dont le musée est le gardien créent un champ d’expérimentation hors les murs, en occupant un espace, la Galerie des Ponchettes, en coordination directe avec l’activité du musée et apportant à sa réflexion une actualité toute fraîche, en l’occurrence les travaux de jeunes artistes émergeant sur la scène contemporaine. Philippe Roubaud est de ceux-là et son CV, dont je ne citerai que quelques-unes de ses dernières expositions de groupe, en fait foi : Le Nouveau Monde industriel, Le Moulin ; Sous la Lune, Palais de Tokyo ; Le Parfait Flâneur, Palais de Tokyo ; From & to, « Jambes de Bottes », Villa Arson ; Les Modules, Palais de Tokyo ; Voyageurs, Bourse Révélations Emerige, etc.

Vivien Roubaud, photo HJG

La complémentarité avec Metzger, dont je ne dirai jamais assez combien cette exposition a d’importance, est décodable, en particulier dans ce chapitre qu’Hélène Guenin, la directrice du MAMAC, a mis en situation : Vers un art auto-créatif, avec toutes les réalisations qui en découlent (voir mon article sur Gustav Metzger, Remember Nature). On peut, en effet, rapprocher le travail de Vivien Roubaud et de sa machine à barbe à papa d’Extremes Touch : Materia /transforming art,  l’exposition majeure de Metzger, organisée en 1968 dans le laboratoire du Chemical Engineering Department à l’Université de Swansea, déployant diverses expérimentations à la croisée des sciences, des techniques et de l’art. Mais ce sera sur le plan du processus uniquement, c’est-à-dire celui d’un bricolage de machines industrielles, d’objets réformés et vidés de leurs fonctions, pour produire, dans le cas de la machine de Roubaud, des volutes de sucre, propulsées dans l’espace pour créer un climat, un environnement atmosphérique artificiel à l’échelle de l’architecture de la galerie des Ponchettes.

Avec cette invention, Vivien Roubaud explore les conditions physiques et mécaniques inhérentes à la transformation d’une grande quantité de sucre et à son évaporation dans l’espace, et crée un paysage en perpétuelle mutation. Grâce à la force centrifuge, le sucre se cristallise en fins filaments et plus la vitesse de rotation augmente, plus le filage devient fin et aéré.

Que nous dit Roubaud avec tout ce déballage de vieux bidons, câbles, moteurs, compresseurs, etc. ? « Qu’il retravaille ce que le monde rejette » (entretien avec Eric Mangion, magazine du Palais de Tokyo), mais pour en faire quoi ? Aucun dessein écologique dans sa démarche, puisque ses machines ne servent à rien ; juste pour donner une seconde vie aux matériaux utilitaires, dénués d’utilité, de normes et de repères, explique le texte qui accompagne l’exposition…

Eh bien, étant à court d’arguments et comme les critiques d’art, eux, n’en manquent pas, je laisse la parole à Laetitia Chauvin et Clément Dirié : ils évoquent la pratique de « reboot » pour décrire cette reconfiguration caractérisée par « le désir de redémarrer sur des bases identiques, mais de les prolonger dans des directions différentes » qu’ils opposent au remake et au ready-made. « Le jeu consiste à régler les dérèglements » jusqu’à trouver un point d’équilibre. Le prototype stabilisé peut alors être présenté jusqu’à son prochain ajustement.

Vivien Roubaud, photo HJG

Trêve de discours, la Galerie des Ponchettes, plongée dans une élégante pénombre, accueille la machine à barbe à papa de Vivien Roubaud qui projette ses volutes, traçant dans l’espace un entrelacs de dessins sucrés (j’ai goûté), sur un fond où une gigantesque vidéo détaille le processus de fabrication. Y a-t-il une poésie dans l’évocation de cette sucrerie de notre enfance, peut-être bien, mais elle ne m’a pas effleurée, à moins que l’on entende par poésie le désordre dans lequel les choses nous apparaissent ou mieux, le nouvel ordre qui leur est assigné. Disons que le charme de l’exposition tient davantage à la personnalité de l’artiste, sorte d’apprenti sorcier qui pourrait, on l’imagine, être un jour happé par les tentacules sucrés qu’il a créés !

Jusqu’au 28 mai 2017

Galerie des Ponchettes

77, quai des États-Unis – Nice

P.S. Si vous êtes sur Instagram, allez sur lolagassin et vous verrez 2 vidéos de Vivien Roubaud.

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