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Georges MacKay dans "1917"

« 1917 », une Histoire un peu trop tranchée… de Sam Mendes

 

Avec George MacKay, Dean-Charles Chapman…

Le synopsis

6 avril 1917, la Première Guerre mondiale  fait rage sur le Front de l’Ouest. Will Schofield et Tom Blake, deux jeunes caporaux britanniques, sont chargés d’une mission vraisemblablement impossible. Les lignes de communication étant coupées, ils vont devoir traverser seuls le no man’s land et les lignes ennemies pour délivrer un message aux environs d’Ecoust-Saint-Mein . Ce message doit permettre de sauver 1 600 soldats britanniques – parmi lesquels se trouve le frère de Blake – qui vont tomber dans un piège tendu par l’armée allemande, suite à l’Opération Alberich.

Sam Mendes, d’origine anglaise, a été propulsé dans le cercle fermé des stars de la mise en scène dès son premier film «American Beauty» en 1999, récompensé par 5 Oscars. Il se distingue par la suite avec «Les noces rebelles» en 2008, «Skyfall» en 2012 ou «007 Spectre» en 2015.

Le réalisateur britannique nous propose avec son dernier film une vision moderne de la Première Guerre mondiale avec un dispositif visuellement attractif et spectaculaire sous forme de plan-séquence, qui se suffit à lui même et n’offre pas réellement de point de vue sur le sujet, déjà abordé dans «Il faut sauver le soldat Ryan» de Spielberg, ou «Les sentiers de la gloire» de Kubrick.

Voici un film taillé de toute pièce pour concourir aux Oscars ! Quelle mise en scène, on en prend plein les yeux. Filmé dans son intégralité en seulement deux plans-séquences, on ne peut que constater la prouesse technique du réalisateur.

George MacKay et Dean-Charls Chapman

Alors, une fois qu’on a dit ça, que reste t-il du film ? Une mise en scène spectaculaire qui en met plein la vue au spectateur et lui impose que Sam Mendes sait faire du cinéma. Il reprend ici la technique du faux plan-séquence, spécialité de Alfonso Cuaron dans «Le fils de l’homme», «Gravity», déjà utilisé brillamment dans le film «Birdman» d’Alejandro Iñarritu, et auparavant tenté dès 1948 par Hitchcock dans «La corde». Admettons que la technique se prête à la course effrénée des deux jeunes protagonistes dans les tranchées du front de la guerre 14-18, usant du travelling avant et arrière pour suivre ou précéder les personnages jusqu’à la scène suivante, le tout appuyé par la musique de Thomas Newman (très, voire trop présente) qui nous accompagne à chaque action, si jamais on n’avait pas compris que se préparait une scène dramatique. Le film est ainsi construit, au cordeau, alternant scènes d’action ou de tension avec des scènes de repos, comme pour ne pas épuiser le spectateur. Quand Will et Tom arrivent dans la petite ferme vidée de ses occupants, Will prévient son camarade qu’il n’aime pas la maison, façon de dire qu’il ne flairait rien de bon pour la suite. On se demande bien pourquoi ? Elle est juste en ruine et rien à l’intérieur n’a été épargné par les bombardements. Mais c’est gentil de nous prévenir qu’un drame va survenir dans la scène suivante. On va ainsi prendre la main du spectateur pour lui narrer l’histoire du héros inconnu mais d’une bravoure hors du commun. L’aspect patriotique est omniprésent. Un héros ne dort pas, ne s’arrête jamais, ne mange pas, n’avance que pour aller au bout de sa mission, prêt au sacrifice ultime.

Dans cette vision contemporaine très manichéenne, sans beaucoup de nuance, l’ennemi à peine visible est méchant et le héros, du bon côté, ne se pose pas de questions sur ce qui l’entoure et fonce tête baissée.

Le propos reste en surface et on passe sur les détails trop gênants à l’image. Ainsi, lorsque Will et Tom, traversant le no man’s land, affrontent la vision cauchemardesque, quasi lunaire du champ de bataille boueux, gorgé de cadavres, avec de-ci de-là, un bras, une jambe ou une tête qui dépasse. Ils courent, tombent dans la boue en se cachant dans les cratères formés par les explosions d’obus, remplis d’eau et de cadavres en décomposition. Cependant, dans les scènes suivantes, nulle trace de boue ou même d’humidité sur leur uniforme en drap de laine…

On regrettera ce manichéisme latent d’autant que quelques scènes imaginées par le génial chef opérateur Roger Deakins subjuguent par leur inventivité, à l’image du réveil du héros sous un ciel nocturne éclairé par les flammes, puis fuyant telle une ombre dans une ville en ruine dévastée par les bombardements, vision somptueuse mêlant paradis et enfer ou encore la traversée de ces champs de cerisiers en fleurs.

Dommage que ces scènes soient noyées dans le dispositif factice du plan-séquence où on se surprend à chercher les raccords, et dans une épopée un peu dénuée de sens, bien propre, ne reculant jamais devant les poncifs sur le sujet.

On notera le choix des deux jeunes acteurs britanniques. George MacKay se révèle dans ce film, tout en nuance, parfait conquérant, mêlant gravité, pugnacité tout en conservant un air juvénile et innocent. Il est l’élément apportant une touche d’humanité dans un dispositif très balisé techniquement. Des visages connus (Benedict Cumberbatch, Colin Firth ou mark Strong) apparaissent dans des rôles secondaires, venant prêter main-forte aux jeunes comédiens ainsi qu’alimenter l’aspect marketing du film.

Sam Mendes a voulu rendre hommage à son grand père qui a participé au conflit mais qu’avait-il vraiment à dire qui n’ait déjà été dit, vu ou écrit ? On peut souligner les prouesses de chef opérateur qui donne une teinte originale au film. Un peu de fond n’aurait pas nui à cette virtuosité visuelle ni à l’envie du réalisateur de nous raconter sa vision de la Première Guerre mondiale, sans laisser l’impression qu’on a juste voulu nous impressionner.

Sortie le 15 janvier 2020

Isabelle Véret

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