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Denis  Castellas, galerie catherine issert

Denis Castellas a commencé à peindre au moment même où les mouvements de l’avant-garde artistique affichaient leur détermination à ramener la peinture à son degré zéro, à la soumettre aux objectifs de transparence et de neutralité totales, à l’assujettir au principe de la seule autoréférentialité. La peinture ne renvoyait plus qu’à elle, dans une relation tautologique que résumait parfaitement la formule de Franck Stella, selon laquelle : « Ce que vous voyez est ce que vous voyez ». Le pigment pur sorti directement du pot, sans intervention de l’artiste, devenait le projet paradigmatique de toute la peinture.

Le choix de Denis Castellas a été et est encore tout autre. Au degré zéro, cher aux minimalistes, il oppose volontiers le second degré, engageant avec la peinture, non un dialogue de sourds mais des échanges, discrets, fragiles, subtils, « en sourdine » pourrait-on dire, avec les œuvres des grands maîtres comme avec des objets visuels, dérobés ici et là dans son environnement quotidien et qu’il garde précieusement dans sa mémoire comme autant de dépôts sédimentaires susceptibles de fleurir. Ainsi cette forme blanche, opalescente ou plus affirmée dans ses contours et sa texture, peinte au milieu de la toile et autour de laquelle gravitent d’autres formes en constellation, est issue du souvenir lointain d’une tête dessinée par Matisse ; la même tache blanchâtre peut accueillir en son sein ou autour d’elle, une armée de petits personnages figuratifs, une farandole de motifs colorés, une série d’empreintes faite au pochoir… Les images accumulées dans la mémoire de l’artiste – les tableaux des artistes admirés, une simple vignette de bande dessinée, des objets seulement entraperçus mais aussitôt retenus pour leur aspect, leurs couleurs ou pour toute autre raison… – affluent un jour à la surface de la toile, prennent forme, recouvrant souvent un travail précédent, non pour nier ce dernier (des traces bien visibles attestent encore de ce qui a été) mais pour poursuivre et alimenter le dialogue instauré. Le mot palimpseste a été quelques fois utilisé pour parler de l’œuvre de Denis Castellas mais nous pensons qu’il peine à rendre compte de sa démarche. De fait, l’étymologie du terme : « gratté à nouveau » implique un ponçage, un effacement, une destruction de ce qui figurait auparavant. Dans les œuvres de l’artiste, les traces de la peinture antérieure subsistent, non passivement comme simples indices du passé, mais activement, engendrant fréquemment de nouveaux motifs ou des formes inédites. En ce sens, nous préférons au terme palimpseste, mal accordé au travail de Denis Castellas, l’amusant mot-valise de Gérard Genette – palimpsestueux – qui dit si bien sa relation complexe et cependant riche et féconde avec la famille des artistes comme avec les éléments de son environnement familier.

Maurice Fréchuret

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Denis Castellas began painting at the very moment when avant-garde art  movements were showing their determination to bring painting to level zero, to impose upon it the goals of total transparency and neutrality, and subject it to the principle of self-referencing alone. Painting would now only refer to itself, in a tautological relationship perfectly summed up by Frank Stella’s formula, according to which « What you see is what you see ». Pure pigments directly from the pot, with no intervention on the part of the artist, became the paradigmatic blue-print behind all painting.

The choice of Denis Castellas was, and still is, something else entirely. He readily confronts level zero, dear to minimalists, with the second level, entering, with his painting, not into a dialogue between the deaf, but into exchanges, discreet, fragile, subtle, « in mute mode » as one might say, with works by great masters but also visual objects, stolen here and there from his everyday environment, and preciously retained in his memory like sedimentary deposits that could well flower. Thus, this shape, white, opalescent, or more pronounced in its contours and texture, painted in the middle of the canvas, and around which other shapes gravitate in constellation, comes from a distant memory of a head drawn by Matisse; within or around it, this same whitish patch can host an army of small figurative characters, a whirl of colourful patterns, a series of stencilled prints… Images accumulated in the artist’s memory – paintings by admired artists, a single image from a cartoon, objects only glimpsed on the radar but instantly retained for their look, colours or any other reason… – rise one day to the surface of the canvas, take shape, often covering earlier work, not to deny it (perfectly visible traces still attest to what was), but to pursue and nourish the dialogue that has been installed. The word « palimpsest » has been used on a few occasions to describe the work of  Denis Castellas, though we think it fails to convey his approach. In fact, the etymology of the term, ie. « scraped off « , implies the sanding down, erasure, destruction, of what previously existed. In the artist’s works, traces of the previous painting endure, not passively as simple clues to the past, but actively, frequently generating new motifs or unprecedented forms. In this respect, we prefer to the term « palimpsest », inaptly attributed to the work of Denis Castellas, the amusing portmanteau word of Gérard Genette; « palimpsestuous », rendering so well his relationship, complex yet rich and fruitful, with the family of artists, but also with elements of his familiar environment.

Jusqu’au 25 avril 2023

Galerie Catherine Issert

2, route des serres 06570 Saint-Paul de Vence

Denis Castellas est né en 1951 à Marseille.

Il  vit et travaille entre Nice et New York

 

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