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Thu-Van Tran, Palais de Tokyo, Paris

Thu-Van Tran, « Nous vivons dans l’éclat »

Portrait de Thu-Van Tran

« Le projet que je souhaite concevoir au MAMAC permettra d’aborder la question de notre écosystème naturel et environnemental devenu instable et mutant depuis les bouleversements causés par les enjeux économiques et politiques de notre monde moderne. Tout en opérant un glissement vers des considérations d’ordre poétique : les pouvoirs intrinsèques d’une nature souveraine, enchanteresse, qui d’une ressource matérielle bascule vers une ressource spirituelle et mystique, lieu de mythes et d’imaginaires possibles. Ceux-là nécessaires à la construction de sa propre mythologie individuelle. »

Commencer par le mot de l’artiste sur ce qu’elle a voulu exprimer avec cette exposition, c’est éviter de s’égarer dans des interprétations pas forcément fidèles alors que le propos de Thu-Van Tran est lumineux, même s’il traduit un désarroi face au monde dans lequel nous vivons, dont les bouleversements l’interrogent et nous interrogent aussi.

Thu-Van Tran, 57eme Biennale de Venise

Thu-Van Tran, dont nous découvrons l’exposition, est née en 1979 à Hô Chi Minh (anciennement Saïgon, Vietnam), et vit en France où sa famille s’est installée quand elle n’avait que deux ans. Riche de cette double appartenance, elle interroge l’histoire de ces deux pays intimement liés par le passé, mais que les faits (guerre, appartenance politique, économie) ont âprement opposés, donnant à chacun une lecture asymétrique des événements.

« La mémoire est notre médium et nous vivons dans la matière » dit Thu-Van Tran. Et c’est à travers la peinture, la photographie, la sculpture, le film, et l’installation qu’elle elle explore l’Histoire commune des deux pays et son héritage visible ou invisible encore inscrit dans le langage, les corps, les imaginaires. Elle évoque aussi la transformation durable des paysages et les enjeux soulevés autour du vivant.

L’exposition entremêle récits historiques et mythologies personnelles en trois phases d’un voyage qui nous mène de l’aube au crépuscule.

 Doit-on la suivre tel qu’elle est présentée, ou simplement en se laissant porter par la poésie et l’émotion qui s’en dégagent  ? On peut choir !

Au chapitre 1 : A l’aube semer. De longs coffres de bois sont alignées pour recevoir des moulages de troncs, héritage matériel du pays d’origine de Thu-Van Tran, nostalgique de l’hévéa « ce bois qui pleure » et dont les larmes sont le caoutchouc, un matériau essentiel de la pratique de l’artiste.

Au chapitre 2 : A midi s’exposer et brûler. Des images délavées de jardins occidentaux,  forêt tropicale embrasée de couleurs saturés, de lumière crue… Des moulages de corps surgissent, mémorisation, sans doute, d’une une ancienne main d’œuvre exploitée…

« Le génie du ciel », 110 porcelaines de Sèvres

Au chapitre 3 : Au crépuscule ; oublier, muter et conter. L’artiste nous invite à franchir un lourd rideau de caoutchouc pour entrer dans le monde crépusculaire des rêves, un monde du deuil et de la consolation.

Il manque à cette schématisation de l’exposition, la magie des mots dont l’artiste est friande et qu’elle manie avec un grand pouvoir évocateur, de même que les poèmes qui pimentent, tels des touches de couleur, ce parcours initiatique. Si le langage est une composante importante du travail de Thu-Van Tran, il n’en est qu’un des acteurs, O combien subtil, mais seulement un des aspects d’une œuvre picturale immense, réalisée le plus souvent in situ, pendant de longs jours, enrichis de l’éclat de la lumière méditerranéenne.

Il s’agit de la première grande monographie muséale de Thu-Van Tran en France, après sa participation à l’exposition collective du MAMAC « Cosmogonies, au gré des éléments  » durant l’été 2018. Grande artiste de la scène française, Thu-Van Tran jouit aujourd’hui d’une reconnaissance internationale. Elle a notamment présenté une installation magistrale en 2017 lors de la Biennale de Venise ; elle a été nommée pour le prix Marcel Duchamp, en 2018, et vient de réaliser une grande commande in situ au Carnegie Museum of Art de Pittsburg.

Vue de l’exposition du Prix Marcel Duchamp, Centre Georges Pompidou

Il faut absolument aller voir cette exposition au MAMAC – musée d’art moderne et contemporain de Nice – qui a débuté en juin et durera jusqu’aux premiers jours d’octobre, tout d’abord parce que l’œuvre de Thu-Van Tran est magistrale, mais aussi parce que cette manifestation est la dernière dans les murs du musée pour l’année 2023. En effet, le bâtiment sera soumis pour plusieurs années à d’importants de travaux pour une transformation dont on espère beaucoup, du point de vue muséal comme esthétique.

L’exposition fait l’objet d’un catalogue monographique comprenant un entretien de Thu-Van Tran et Hélène Guenin ; des essais de l’historienne de l’art Hélène Meisel et du directeur du Sculpture Center de New York, Sohrab Mohebbi.

Commissariat: Hélène Guenin, Directrice du MAMAC

Chef de projet : Olivier Bergesi, MAMAC

L’artiste est représentée par Almine Rech, Paris ; Meessen de Clercq, Bruxelles et Rüdiger Schöttle, Munich.

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