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Martine Doytier,"L'Exil

Martine Doytier, une Rétrospective.

Martine Doytier peignant « Les Autres », 1976

Cette exposition est la première rétrospective consacrée à Martine Doytier qui réunit toutes ses œuvres connues à ce jour. C’est certainement ce côté définitif qui me plonge dans la tristesse et enterre pour moi, Martine Doytier une seconde fois. J’avais déjà ressenti ce sentiment, mais en beaucoup plus brutal car il était mon frère, lors de l’exposition qu’un de ses amis galeristes avait consacré à Pierre Jourdan-Gassin, jeune peintre de vingt-neuf ans, diplômé des Arts Déco de Nice (c’est ainsi qu’était nommée ce qui deviendra la Villa Arson), tué, le 17 mai 1953, par  Black Shadow, sa Vincent HRD, une moto de 1000 cm3, considérée comme un engin de mort par de nombreux fous de grande vitesse.

Martine Doytier, elle, a choisi de quitter la vie par un triste jour de l’année 1984. Est-ce ce côté sombre de sa personnalité qui donne aux œuvres de l’artiste exposées à l’Artistique, ce vertige inquiétant qu’on lit dans les yeux démesurés de ses personnages dont la naïveté n’est qu’apparente ? Sans doute y a-t-il, dans cette figuration naïve et rassurante la fraîcheur de la vie quotidienne, mais aussi un questionnement qui nous dépasse et préfigure la profondeur et le drame que porte déjà une œuvre marquée par la quête d’un ailleurs insaisissable .

Les toiles de Martine Doytier, surprenantes, si profondément diverses, si révélatrices d’un talent qui ne demandait qu’à aller bien plus loin, ont réveillé en moi ce sentiment de manque irréversible, sur ce qui, hélas, ne peut plus avoir de devenir.

Mais l’œuvre est là, forte et présente, même si Martine n’est plus.

« Face à Face », 1972

Martine Doytier, je l’ai connue et côtoyée sans trop chercher à percer en profondeur ce qui hantait cette âme difficile. Légèreté de ma part, sans doute, mais la Dame était impressionnante, le verbe haut, le regard acéré, celui qui lui permettait de croquer avec habileté les personnages, à en raconter l’histoire, à transformer les saynètes de ses débuts en imposantes fresques picturales. Je n’en faisais partie, n’y ayant pas encore trouvé ma place, trop nouvelle dans ce monde de l’art niçois, dont Claude Fournet, notre irremplaçable directeur de la culture et conservateur de nos musées, était le pivot, autour duquel tournaient les Arman, César, Ben, Dolla, le marchand et mécène Jean Ferrero et bien d’autres encore.

Ces personnages sont tous là dans ces incroyables peintures et dessins qui constituent cette rétrospective. Comme est là le Carnaval de Nice, dont Martine Doytier réalisa sans doute la plus étonnante affiche, grouillante d’humains agglutinés, rieurs et inquiétants à la fois.

L’exposition

J’ai eu besoin d’être seule pour saisir le double message que ces toiles envoient et que je n’avais pas compris en leur temps. Devant ce travail de chevalet minutieux, précis, si scrupuleusement dominé, on devine la recherche d’un savoir-faire d’une artiste autodidacte qui apprend en peignant, mais aussi qui s’interroge sur ses propres images et le mystère qu’elles abritent. Dès ses premiers tableaux Martine Doytier découvre la liberté que lui offre la peinture pour s’exprimer, mais aussi pour traquer ce qui l’obsède,… Ses progrès sont perceptibles, de tableau en tableau. Un visage qui se précise, un mouvement qui s’affirme, une perspective qui s’ajuste, montrent un désir de perfection qui ne la quitte jamais, sans pour autant donner une réponse à ces profonds trous noirs que sont les yeux de ses personnages.

« Carnaval », 1980

Toutes les étapes de son travail sont réunies pour la première fois. Près de quarante peintures et de nombreux dessins inédits sont exposés ainsi que « M. Martin », la seule sculpture qu’elle ait réalisée, un double d’elle-même, doublé et animé.

Le parcours complet de l’artiste est reconstitué tout au long de ses années de travail, depuis la toute première peinture, un « Paradis terrestre » représentant Adam et Ève au sein d’une forêt tropicale et géologique, jusqu’au grand triptyque final.

On trouvera également un projet peu connu pour l’abside d’une chapelle du Haut-Pays niçois, on s’amusera des scènes de liesse carnavalesques d’une foule niçoise en costume traditionnel ou l’on tentera de décrypter les petits tableaux au caractère symboliste énigmatique. Tous composent l’univers plastique, historique et sensible de Martine Doytier qui touche au cœur de sa région d’adoption et parle à toutes et tous avec verve et inspiration.

Les espaces d’exposition de L’Artistique, qui sont exceptionnellement tous mobilisés pour ce projet, permettent de construire un parcours chronologique qui fait entrer le visiteur au cœur des œuvres et de leur contexte. L’une des richesses de cette exposition est également le nombre de croquis, études et esquisses dévoilés pour la première fois.

Autour de l’exposition

En parallèle de l’exposition, des événements ont été proposés au public en février dans la salle de théâtre de l’Artistique.

Autoportrait, 1979-84

« En souvenir de Martine »  ce sont des prises de paroles, de la musique, des performances artistiques, des lectures poétiques, des chansons, des projections de films ont été donnés par les amis de l’artiste : Marc Sanchez, Dominique Landucci, Katy Remy, Jean Mas, Bertrand Roussel, Gigi de Nissa, Jean Forneris, Annie Sidro, Patrick Lanneau, Christian Truchi, Céline Zarka, Alain Amiel, Michelle Champetier, Noël Dolla, Éric Léon, Muriel Lepage,  Christian Arthaud, Louis Dollé, et d’autres !

Le film « Le Carnaval de Martine Doytier », réalisé par Alain Amiel,  a ouvert cette rencontre et plusieurs invités ont participé aux débats de cette soirée qui  s’est tenu au milieu des festivités du Carnaval de Nice 2024.

Une édition monographique

Premier livre édité sur l’œuvre de Martine Doytier, il donne la parole à celles et ceux qui l’ont connue et reproduit toutes les œuvres connues de l’artiste et de nombreux dessins. Il comporte plusieurs textes essentiels pour la connaissance de cette œuvre : une préface de Marc Sanchez, une analyse critique et sensible des œuvres par Brigite Bardelot, une biographie illustrée d’Alain Amiel et de nombreuses citations.

Direction d’ouvrage : Marc Sanchez

Textes d’Alain Amiel, Brigite Bardelot, Louis Dollé, Claude Fournet, Martine Doytier, Marc Sanchez, Hubert van de Walle

Extraits de textes de Dominique Angel, Christian Arthaud, Noël Dolla, Jean Forneris, Patrick Lanneau, Muriel Lepage, Anne Lovreglio, Bruno Montpied, Michel Serres, Annie Sidro, Gérald Thupinier, Marc Sanchez, Céline Zarka.

Parmi eux, j’aime tout particulièrement la réponse pleine d’humour et de simplicité  de  Martine à l’un de ses interlocuteurs :

Y a-t-il des personnes qui vous ont dit qu’après avoir vu vos tableaux il ont eu envie le désir de peindre ?

« La Marchance de poissons »

Martine  : Non, je ne pense pas. Mais il m’est arrivé une aventure plus étrange que cela. Un jour, un rédactrice d’un magazine de mode américain voit un de mes tableaux intitulé « La marchande de poissons » qui se trouvait dans une collection particulière. Elle a essayé de l’acheter mais n’ y est pas parvenu. Elle est retournée aux États-Unis, furieuse, et, quelques mois plus tard, j’ai appris qu’elle avait quitté son emploi et qu’elle avait ouvert une poissonnerie à New York ! C’est plus fort que de devenir peintre, non ?

Éditions du Regard / Fat Label Éditions

De février au 31 juillet 2024

L’ARTISTIQUECENTRE D’ARTS ET DE CULTURE & ESPACE FERRERO                                                                                  27, Bd Dubouchage – 06364 Nice Cedex 4

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