Skip to content

EMANUEL PROWELLER, Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois

Un tableau ne représente rien, ne doit rien représenter d’abord que des couleurs (…) et en elles de la clarté…

Tous plus ou moins, êtres et choses, nous ne sommes qu’un peu de chaleur solaire emmagasinée, organisée,

un souvenir de soleil… (Paul Cézanne)

Un souvenir de soleil

Sur sa palette, il les combine à l’infini et marie enfin le noir au jaune dans L’Heptagone. Il peint aussi Le Manège et Rond ocre sur fond rouge qui déjà se souvient d’un lointain soleil. (…) Peu à peu, il passe des formes géométriques pures à des objets de son quotidien dont il emplit son espace abstrait. Bouteilles, moulin à café, bougeoir, mandoline, la cafetière viennent habiter la toile. (…) Le bougeoir, cet unique vestige de sa famille exterminée, Proweller le peint séparé d’une bougie éteinte. Mais en les plaçant l’un et l’autre sur un fond, il parvient à rallumer la flamme des shabbat d’antan. Flamme du souvenir. Souvenir de flamme. (…) De flamme en femme, Proweller représente le désir des corps et souvent, le jaune y participe.Nus intimes ou sculpturaux, femmes alanguies ou hiératiques, couples enlacés, tous s’épanouissent avec naturel, soit au soleil d’été (Femme au chapeau de plage, Au bois de Chaville) soit en chambre secrète, sous la lampe (Le couple, l’Amour). (…) La peinture de mon père ne manque jamais d’humour quand il parle d’amour. C’est aussi à cette lumière là qu’il faut regarder son travail.

Créteil l’hiver, 1959-60

J’ai longtemps cru que la couleur rose résumait la peinture de mon père (lui qui disait) entre deux bouffées de gauloise,  » L’avenir est d’un rose très très pâle » (…). (Mais) si le rose était la couleur de l’avenir de Proweller, le jaune soudain m’est apparu comme sa couleur du présent, la couleur de la vie. Dès ses débuts en Pologne avant-guerre, fou de peinture, il annonce la couleur. Celle de la lumière de Van Gogh et de son obsession pour « cette diable question de jaune », de Matisse mais avant tout de Cézanne dont Les Joueurs de cartes, glissés dans sa poche, l’accompagneront pendant les années de guerre. Éclipse de soleil et de peinture. Monde en noir et blanc. La Seconde guerre engloutit corps et biens. N’en resteront que cendres et fumée. (…) Plus tard, lorsque la critique parisienne s’accordera à dire que Proweller est le peintre du bonheur, seul Jean-Marie Gibbal comprendra qu’il a le souci de la lumière vivante au milieu d’un temps d’angoisse » car derrière les couleurs, ombre et lumière sont indissociables comme le sont espoir et tragédie. (…) Derrière le jaune guette toujours le noir. Le jaune du peintre apatride est une des armes de sa lutte contre la nuit du passé, le contenant mais ne l’effaçant pas. (…) En 1948, Proweller quitte à jamais la Pologne avec femme et enfant et pose enfin le pied dans sa Terre promise, la France. Malgré la misère et la maladie, la peinture reprend peu à peu ses droits.

Quand mon père va s’approvisionner en matériel chez Sennelier, sur sa liste d’achat retrouvée, les jaunes sont majoritaires. Ils ont nom : jaune de Naples, jaune cadmium moyen, jaune cadmium citron, jaune de Mars, ocre jaune, ocre jaune clair. Seule la couleur justifie l’acte. Elle seule est habilitée à dialoguer librement avec le soleil (sa lumière).

(Emanuel Proweller)

Elisabeth Brami-Proweller, extraits du texte à paraître dans le catalogue de l’exposition Proweller, un souvenir de soleil

Un tableau ne représente rien, ne doit rien représenter d’abord que des couleurs (…) et en elles de la clarté…

Du 01.03 – 13.0 4 2024

33 36 rue de Seine – Paris
75006 Paris – France
+33(0)1 46 34 61 07

Cet article comporte 0 commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back To Top