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Ces édifices que nous pleurons…

Jétée-Promenade

Il en a été ainsi de la Jetée Promenade* puis de l’hôtel  Ruhl*, du Casino Municipal* et aujourd’hui il faudrait raser le Théâtre National de Nice ? Trop tard nous dit-on, le budget est voté, la Ministre de la Culture a donné son accord… Oui, mais d’autres ministres n’ont-ils pas sauvé in extremis, l’un, le Palais de le Méditerranée l’autre, la Gare du Sud ?  Il est donc encore temps Madame la Ministre de changer votre fusil d’épaule, avez-vous pensé à ce que vous laisserez à la postérité, la destruction d’un théâtre !
Je regrette aujourd’hui que ce sujet brûlant fasse des doubles pages dans Nice-Matin, la politique s’étant invitée à la table, ce pourquoi je n’ai pas signé la pétition contre  la démolition du Théâtre de Nice, mais cette décision si elle est maintenue, est dramatique pour l’image de la Ville, le respect de son architecture, l’éclatement d’un théâtre en quatre lieux excentrés alors qu’une des grandes qualités du bâtiment était sa situation au cœur de la ville.
L’actualité de cette rapide décision peu soumise à l’avis des Niçois, a conduit Martine, la fille d’Yves Bayard, créateur de l’entité Théâtre/Musée et Olivier Tampon-Lajarriette, architecte, à m’envoyer le manifeste que je reproduis ici  :

« Nice, capitale européenne de la culture 2028 !!!
Et pour se faire, commençons par détruire son théâtre !
L’autorisation de notre chère Roseline Bachelot vient de tomber le 2 décembre ! Elle sera ainsi la seule et unique Ministre de la culture a autoriser la destruction d’un théâtre.
Du jamais vu !
Il faut dire que ce dernier voulu par Jacques Médecin et programmé par Jacques Weber, a été construit il y a à peine une trentaine d’années et ce, en symbiose avec le musée d’art moderne dont il forme une seule entité.
La Ministre répond en cela aux souhaits du Maire aménageur, Christian Estrosi, pour développer sa « coulée verte », un  » projet sanitaire », un « poumon vert au cœur de la ville », une  » forêt urbaine »».
C’est en effet, seuls des impératifs d’ordre général qui peuvent primer sur toute considération architecturale. Quels sont-ils ces impératifs urbains et écologiques ?
Une perspective retrouvée vers les collines. Mais à partir du moment où l’on conserve l’obstacle visuel du MAMAC, où est le bénéfice ?
La création d’une forêt urbaine ? Il faut savoir que la surface au sol considérée (théâtre + place haute) ne représente que 4000m2, soit la taille d’un grand square et que le parking devant être conservé il semble difficile d’y implanter autre chose qu’une forêt en pots ! Que l’on nous démontre le bilan sanitaire ! Cher le brin d’herbe !
Quant au théâtre, passons sur les inexactitudes vendues à la ministre sur « la mise aux normes » évaluée entre 12 et 18 millions d’euros ! A partir de quel programme celui de Muriel Mayette-Holtz fort contente lors de sa prise de fonction d’énumérer une liste d’exigences à la demande du maire laquelle a été chiffrée avec délectation par les services. Que l’on nous donne donc le détail de ce chiffrage puisqu’il a été étudié par les services et ce, avec une approximation de 6 millions !
La sécurité, l’amiante ! Tout cela sait se résoudre et ne doit pas être rédhibitoire dans un bâtiment, somme toute, récent.
Quid du bilan financier de ce fastueux projet puisqu’il ne faut pas moins de 4 lieux pour le remplacer.
L’église franciscain 300 places pour 8 millions d’euros.
Un théâtre provisoire en kit sur l’esplanade de Nikaia de 600 places pour 6,9 millions.
Une salle de 500 places en centre-ville dans le projet ICONIQUE. (Non chiffrée)
Une salle de 800 places dans le palais des arts et de la culture (palais des expositions) pour 10 à 15 millions.
Total !!!! …. Sans commentaires. Et sans considérer le coût de la démolition, qui sur les voutes du Paillon, doit se faire « à la petite cuillère » (environs 4 millions)
Et ce pour revenir  » retrouver autant de salles de théâtres qu’il n’y en avait avant 1945  » selon les dires du maire ! Ce ne sont pas des salles de quartier, il s’agit d’un théâtre national !

Mais enfin et surtout :
Parlons du respect de l’œuvre et du droit moral de l’auteur tel que définit dans l’article 112-1 du code de la propriété intellectuelle.
Car l’œuvre est issu d’un seul et unique permis de construire déposé par Yves Bayard le 6 août 1986 pour le musée, le théâtre et le parking.
Qu’un permis de construire est de plus, un acte juridique indivisible. Qu’en conséquence le fait de détruire la moitié d’une œuvre qui est un tout, est une aberration administrative et surtout culturelle à laquelle se prête la ministre.
Quant à la notoriété d’Yves Bayard, elle n’est plus à faire : plusieurs de ses réalisations, principalement en France et en Europe marquent sa créativité avec succès : des centres de recherches, technopoles, centres culturels, galeries d’art contemporain, musées d’art moderne, bibliothèques, théâtres… Une de ses œuvres, la technopole d’Ester, a déjà été labellisée comme architecture remarquable du 21ème siècle, et il est le seul au monde à avoir réalisé une sculpture monumentale habitée.

NB: Pour mémoire, l’enquête publique concernant la démolition du théâtre a recueilli 226 voix positives. Par souci de transparence, il serait correct de nous faire part du dossier transmis à Madame la Ministre dont elle a fait, hormis ses réserves sur le calendrier, une sorte de copier-coller.

Martine Bayard  et Olivier Tampon-Lajarriette. »

Personnellement, je ne discuterai pas ici les chiffres avancés,  j’en serais bien incapable, mais ce qui me choque profondément c’est qu’on accepte, la ministre s’en portant garante, de couper en deux une œuvre d’art, puisque le MAMAC ne représentera plus qu’une œuvre tronquée d’Yves Bayard.

Je n’ai pas été l’une des farouches partisanes  de ce bâtiment lors de son ouverture, lui trouvant divers défauts, plus de fonctionnement que d’esthétique, mais il est évident qu’aujourd’hui il est quasiment la seule création contemporaine architecturale de ces trente dernières années dans la Ville de Nice.

Les sacrifiés :

* Jétée-Promenade, démolie par les Allemands en 1944

*Hôtel Ruhl, démoli en 1970

*Casino Municipal rasé en 1979

A qui le tour aujourd’hui ?

Cet article comporte 2 commentaires

  1. Encore merci Helene de nous avoir ouvert les pages de ton blog et de la justesse de tes commentaires. Ceci étant je suis triste et déçu sinon atterré de la non réactivité de la « communauté « artistique,tout art confondu sur ce que j’estime être une scandaleuse spoliation de la propriété artistique et intellectuelle d’Yves Bayard …..personne ne semble comprendre que la démolition d’une tranche de l’œuvre fera jurisprudence et permettra de défigurer sans vergogne à l’avenir n’importe quelle œuvre …

    1. « triste et déçu sinon atterré de la non réactivité de la « communauté « artistique,tout art confondu sur ce que j’estime être une scandaleuse spoliation de la propriété artistique et intellectuelle d’Yves Bayard  » C’est mon état aussi devant cette ville pour qui la culture c’est celle des pots de géranium ! Les artistes ? Aux abonnés absents !

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