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A Cannes, pour simplement « Plaire, aimer et courir vite » !

J’ai pour le Festival de Cannes une légitime attirance étant une passionnée de cinéma, mais comme ce n’est ni ma formation, ni ma profession, je n’y suis invitée qu’épisodiquement, d’ailleurs à mon grand regret. Un de mes rares contacts avec l’organisation, prise d’une subite exigence protocolaire heureusement sans lendemain, fut de me contraindre à aller me « rechausser », mes mules Hermès – je précise- étant désespérément plates !

Cette année, c’est en matinée et donc sans cérémonial puisqu’il ne s’agissait pas de monter les fameuses marches, que j’ai pu rejoindre ma place pour  Plaire, aimer et courir vite, le film de Christophe Honoré en compétition, qui m’a plu et plus encore, puisque je l’aimé énormément ! N’ayant pas vu 120 battements par minute, Palme de l’année précédente, je n’avais pour le film d’Honoré aucun a priori sur la possible proximité du sujet – homosexualité et sida -, des deux œuvres,  soulignée par la critique avant même d’avoir vu le film, ni aucun avis particulier sur le cinéma d’Honoré dont je ne connais pas les précédentes œuvres.

Pierre Deladonchamps, Christophe Honoré, Vincent Lacoste

Plaire, aimer et courir vite, que la critique parisienne encense ne me semble pas avoir eu l’heur de plaire à Philippe Dupuy qui, dans Nice-Matin, sous couvert d’humour : 120 bâillements par minutes, l’épingle sur sa longueur et inévitablement sur sa proximité avec la Palme de l’année dernière… Pour ne pas être polluée plus avant par l’avis d’autrui, je m’en tiendrai donc à mon sentiment pour vous engager, si vous supportez les 2 heures 15 de projection, à aller voir ce film que j’ai trouvé grave, touchant, particulièrement intelligent sur les rapports humains et parfois finement drôle.

Avant de vous donner le synopsis, je m’autorise une digression supplémentaire. Puisque comparer est la manie du monde de l’art – Picasso est plus grand que Matisse ou je préfère le cinéma de Godard à celui de Cimino – je cède à ce travers pour dire qu’ayant détesté le film L’inconnu du lac, encensé par les spécialistes, mais n’étant pour moi qu’un simple porno se voulant poétique, j’ai été particulièrement heureuse d’être profondément touchée par le film de Christophe Honoré qui aborde aussi l’homosexualité, mais d’une façon tellement plus large, plus profonde que le champ réduit d’une pratique sexuelle.

Jacques et Arthur

L’histoire : 1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

Peut-être serait-il délicat, voire impossible, de couronner, deux années consécutives, des œuvres qui traitent d’homosexualité masculine, mais en tout cas le film de Christophe Honoré mérite largement un prix, lequel ? Celui du meilleur scénario, certainement, en particulier pour ses dialogues qui sont de petits morceaux d’anthologie qu’on aimerait retenir : C’est déjà trop tard pour mourir jeune, dit Jacques (Pierre Deladonchamps) à Arthur (Vincent Lacoste), mais tout ce qui se dit n’est pas que grave, les joutes verbales pétillent, c’est doux et c’est cru à la fois.

Arthur

Christophe Honoré taille pour Arthur, (mon prix d’interprétation masculine), la part du lion en mettant dans sa bouche une tirade d’une brillante intelligence, quintessence certainement de ce que l’auteur a retiré de son expérience de vie, de ses choix sexuels qui s’avèrent heureux, débarrassés de cette culpabilité à laquelle bien des homosexuels se sentent encore enchaînés…

Magnifique film, très français, peut-être trop, allez, je lui donnerais bien le Grand Prix ou le Prix du Jury quand même, mais n’oubliez pas, je n’ai vu qu’un seul film à Cannes !

Note de Thierry Martin

Plaire, aimer et courir vite, un film de Christophe Honoré.

Sélection officielle Cannes 2018

Voici une petite chronique cinématographique à propos d’un très beau film, mais elle a en vérité sa source dans la complicité qui nous unit, Lola Gassin et moi.

Un soir de cette semaine, nous dînons ensemble avec deux autres amis. Parmi tout ce que nous nous disons (de léger, de sérieux, d’ironique, sans oublier les blagues de potaches…), on parle culture et art bien sûr, et bien entendu de cinéma.

« As-tu vu Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré ? » demande l’un.

« Oui et j’ai adoré », répond l’autre.

« Moi aussi ! »

Sourires.

Lola : « J’ai d’ailleurs fait un papier sur le film, mais dans le contexte cannois où je l’ai vu. »

Un temps : « Tu veux faire un texte de ton côté ? »

Chère Lola… Le voilà donc.

De gauche à droite : Denis Podalylès, Vincent Lacoste, Christophe Honoré, Pierre Deladonchamps, Adèle Wismes

Plaire… regorge de qualités. Le pitch en a déjà été donné par l’article de Lola, mais j’en rappelle les principaux éléments. Jacques (Pierre Deladonchamps) est un écrivain assez célèbre de trente-cinq ans environ, un peu dandy, égoïste jusqu’à satiété parfois, mais tendre au fond de lui. Comme Matthieu Galey dont j’ai longuement présenté ici le Journal intégral, il est manifestement peu doué pour la vie à deux. Gay, il a toutefois « fabriqué » un enfant avec une amie, il vit avec lui une semaine sur deux. Mais plus personne ne partage l’intimité amoureuse de Jacques, il se réfugie souvent chez son voisin et grand ami Mathieu (Denis Podalydès).

Jacques a fait souffrir autant qu’il a souffert et le voilà à présent malade du Sida, oscillant entre légèreté, dépit, cynisme, autodérision et angoisse. Sa route croise celle d’Arthur, jeune étudiant rencontré par hasard dans un cinéma de Rennes où Pierre est venu parler de son travail. Arthur (Vincent Lacoste) a une certaine candeur mais aussi la fougue propre à son âge, et il aime bien la provocation. Il tombe éperdument amoureux de Jacques. Mais si l’un ne veut qu’aimer, l’autre ne s’en sent plus capable. Ce sera une danse entre eux, un jeu de chat et souris, un pas en avant suivi d’un retrait, un mot d’un silence, une envie d’une peur.

 J’ai lu ici ou là quelques commentaires rapprochant Plaire, aimer et courir vite du superbe 120 battements par minute de Robin Campillo, certains parlant même de « prolongement » : voilà qui m’a plus qu’étonné ! Certes, dans les deux cas, deux hommes s’aiment, dans les mêmes années 90, et certes le Sida rôde et a déjà attrapé l’un d’eux. Mais c’est bien la seule chose qui rapproche ces deux films. 120 bpm (chroniqué ici, en son temps) est un fil militant, politique, qui raconte l’histoire d’Act up, une lutte collective contre l’inertie pour ne pas dire l’indifférence du gouvernement de l’époque face à l’hécatombe en cours. Dans 120 bpm les deux garçons qui s’aiment ne luttent pas l’un contre l’autre mais, ensemble, face à une situation qui démolit une partie de leur génération. Plaire…, lui, est un film intimiste, le cœur en est une histoire d’amour, la lutte se fait entre les protagonistes eux-mêmes et non contre un système. Si l’un fuit l’autre, c’est sans doute parce que le Sida le bloque dans l’idée d’une nouvelle passion, mais peut-être bien aussi à cause de l’incapacité de Jacques à aimer durablement, en bonne santé ou malade. Bref, vouloir à toute force associer ces deux films est sidérant : passons…

Je voudrais m’attacher surtout à dire quelques mots de trois qualités majeures du film, à mes yeux : qualité cinématographique, qualité littéraire et qualité du jeu des acteurs.

Un film cinématographiquement fort

Christophe Honoré

Les partis pris de Christophe Honoré m’ont enchanté. Le premier est d’ordre technique. Adieu le numérique et vive la pellicule ! Christophe Honoré a choisi de tourner son film en 35 mm, avec le velouté propre à ce support et ses contraintes particulières pour filmer la nuit ; or une bonne part de Plaire… se déroule après le coucher du soleil. Le résultat est magnifique.

Parti pris aussi que ce bleu-gris qui donne sa tonalité au film, des lumières aux vêtements, en passant par les carreaux de la salle de bains, sans oublier ces scènes de nuit que je viens d’évoquer.

Parti pris encore d’être citationnel au regard des passions de cinéphile de Christophe Honoré. C’est par exemple un hommage à Godard au travers du générique où le réalisateur ne fait figurer, comme le faisait le maître Suisse, que les noms propres des acteurs et de l’équipe, en gros caractères, sans les prénoms. Christophe Honoré l’avait déjà fait lors d’un de ses films précédents.

Référence de cinéphile encore à l’occasion d’une promenade dans un cimetière, où Christophe Honoré se plaît à filmer la tombe de son cher François Truffaut.

Plaire… est également un peu auto-citationnel car on y retrouve, ici et là, quelques parfums de Les chansons d’amour, un opus parfois un peu précieux a-t-on dit, mais au total délicieux qui avait été sélectionné à Cannes, en 2011. Dans ce qui était son premier film d’amour, Christophe Honoré avait décidé de rendre hommage à Jacques Demy qu’il admire tant : il a donc fait chanter ses personnages. A propos de ce choix, il a dit lors d’une interview : « J’aimais bien cette idée que des personnages étaient incapables d’exprimer leurs sentiments autrement qu’en chantant. »

Dans Plaire…, les personnages ont des difficultés à exprimer leurs sentiments, alors Christophe Honoré a substitué aux mélodies qui ne parlent plus sur leurs lèvres des demi-sourires, des silences, et les hésitations dans leurs yeux murmurent des phrases. Et les corps eux aussi aident à dire ce qui est bloqué dans leur gorge. Ce sont quelques pas de danse dans une scène joyeuse, ce sont des caresses et des attouchements, tous ces langages qui, comme les chansons, disent les choses qu’on ne sait pas trop dire.

Si rien donc n’est chanté, la musique choisie est un superbe support, éclectique mais parfaitement adapté, des airs sortis tout droit des années 90, du One Love de Massive Attack qui inaugure le film à Anne Sylvestre (qui décidément chantait comme Barbara en ses débuts !), en passant par In A Different Place, de Ride, le tonitruant Pump Up The Volume, de Marss et le bouleversant You have lost me there, de Cardinal.

Arthur et Jacques

 Une très belle écriture

C’est un film écrit – très bien écrit. Lola me disait lors de notre dîner, qu’on aimerait avoir le texte des dialogues, tant ils sont savoureux, tantôt graves, tantôt drôles, tantôt cyniques, tantôt crus, tantôt allusifs : j’ai eu la même envie qu’elle en voyant le film.

C’est par exemple cette phrase, au détour d’une scène, quand le jeune Arthur dit à Jacques, comme pour s’excuser de ne pas avoir lu ses livres : « Je ne lis pas tellement les vivants » ; et Jacques lui répond, dans un demi-sourire : « Vous n’aurez plus à attendre très longtemps, je pense… »

Cette qualité d’écriture jaillit plus encore dans un décapant monologue d’Arthur, vers la fin du film. En vérité, elle est omniprésente, pour notre bonheur.

Christophe Honoré a toujours bien écrit (il est également romancier). Dans ses opus précédents, il avait glissé dans la bouche de ses personnages des phrases culte des films qu’il révère. Dans Plaire…, s’immisce la littérature, par exemple Hervé Guibert, pour ne citer que lui, dont un poster orne par ailleurs une chambre.

Cette belle langue est accentuée par l’alternance du tu et du vous que longtemps Jacques choisit pour s’adresser à Arthur. Elle a bien entendu pour fonction d’essayer de tenir à distance ce jeune homme trop amoureux et trop charmant quand, pour Jacques, le temps ne peut plus être à une passion forcément ultime. Mais cette alternance du tu et du vous fait davantage encore résonner les dialogues entre eux, elle embellit, sans préciosité, la justesse et la beauté du vocabulaire.

Des acteurs en grâce

Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste

Pierre Deladonchamps, Vincent Lacoste, Denis Podalydès, mais aussi, sans être exhaustif, Sophie Letourneur et l’enfant qu’elle a eu avec Jacques (Louis, interprété par le très étonnant Tristan Farge) sont bluffants de sincérité. On devrait rajouter la ville de Rennes au casting, la ville où a grandi Christophe Honoré et qui joue un rôle clé dans ce film.

L’écriture du film comme les situations proposées par Christophe Honoré font voyager les personnages entre humour et gravité, cocasserie, voire drôlerie, et drame. Il faut bien du talent à un acteur pour tenir droit sur ce fil : ils en regorgent tous. Vincent Lacoste a gagné en profondeur dans ce film, lui qui spontanément est plutôt le gars qui dans la vie « rigole », comme il le dit lui-même. Pierre Deladonchamps a gagné en finesse, en subtilité, en gravité, et Denis Podalydès épate une fois encore par l’étendue de ses facettes d’acteur. Quant à l’enfant, Louis alias Loulou (ce qui l’agace), il m’a sidéré par sa maturité, sa précision et sa force aussi.

Sans doute le choix du 35 mm a-t-il contribué à la vérité des scènes, car avec le numérique on peut jouer en continu, l’ordinateur se chargeant de couper et recoller les fragments qu’on veut garder. Avec la pellicule, il faut au contraire s’interrompre si ça ne marche pas, et le premier jet des acteurs s’en trouve forcément modifié dans l’intensité et la recherche d’émotion.

A bout de souffle

A l’heure où l’étau se resserre sur les malades, sur Marco, l’ancien amant de Jacques qui ne tient plus debout, puis sur Jacques lui-même, l’intensité dramatique se calcifie. Le film nous donne là ses plus beaux et plus forts instants. Et ce qui se jouera entre Jacques et Marco et entre Jacques et son ami Mathieu est bouleversant.

J’ai été frappé par les rides que l’on voit désormais sur le beau visage de Pierre Deladonchamps, car elles sont, chez le personnage de Jacques, les traces des fous rires qui éclataient pour un rien au temps révolu de l’insouciance, et celles gravées sur son front nous disent, alors que tout va se bientôt s’arrêter, ses doutes, ses peurs, ses mélancolies et ses regrets aussi.

C’est entre tous ces sentiments que le film nous guide, d’une main délicate mais qui ne nous lâche pas.

Thierry Martin

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