Skip to content
Vue expo Agnès Thurnauer Musée Matisse photo VDN - J.V.

Agnès Thurnauer    » On se retrouve chez toi « 

Musée Matisse

27 octobre 2022 – février 2023

Vue de l’exposition « Agnès Thurnauer. » On se retrouve chez toi « , au musée Matisse de Nice © Adagp, Paris, 2022 Photo © Ville de Nice – J.V.

Par un matin ensoleillé j’ai pris le chemin de Cimiez pour assister à la conférence de presse  sur la belle exposition d’Agnès Thurnauer, au titre tout aussi séduisant : « On se retrouve chez toi ». Claudine Grammont directrice du Musée Matisse et commissaire de l’exposition, a remis en pratique ce que m’a toujours inspiré ce musée, une sensation d’intimité avec l’œuvre grandiose de Matisse, mais aussi  avec les artistes qu’elle a choisi de rapprocher du grand peintre, comme dernièrement les incomparables fleurs de David Hockney.
Beaucoup de superlatifs, me direz-vous, mais tout ce qui touche à Matisse et l’hommage qui lui est rendu m’émeut au plus haut point, ce pourquoi j’ai beaucoup apprécié ce rapprochement sensible et respectueux qu’Agnès Thurnauer a fait de son œuvre dans cette exposition.

Si l’artiste l’a commentée d’une façon très vivante et intime son travail par rapport à Matisse, je dois déplorer cependant n’avoir rien entendu de ses commentaires, tant les bruits, les cris d’enfants étaient forts dans les salles du musée. Heureusement, mes yeux ont parlé suffisamment.

Alors, en avant pour la visite !

Les lettres d’Agnès Thurnauer à Henri Matisse sont déployées sur des tables. Elles font écho aux Matrices/Assises installées dans l’espace d’accueil, devant la grande gouache découpée Fleurs et fruits (1952-1953) et aux grands dessins de ces moules qu’elle a réalisés exprès pour l’exposition. Les Matrices/Assises fondées également sur la « découpe » d’un motif – la lettre – sont ainsi mises en regard des formes découpées de Fleurs et fruits. De la fleur matissienne à l’alphabet d’Agnès Thurnauer un même mouvement se perpétue pour sculpter l’espace et le langage. La plasticité de l’articulation horizontal/vertical, livre/mur, qui marque la création de l’artiste, traverse tout le parcours de l’exposition.
À ces lettres répond une longue ligne de Prédelles*, surprenantes d’inventivité, installées sur le mur de la grande galerie de l’extension contemporaine du musée – sorte de répétition, d’écholalie* de la peinture, variant couleurs et crayons, syllabes et césures. Comme si les pages des lettres étaient remontées sur les cimaises.

Vue de l’exposition

Le parcours se poursuit dans l’espace de la collection permanente à travers un choix d’œuvres d’Agnès Thurnauer qui s’inscrivent en écho à l’univers matisséen. Afin d’amplifier et d’enrichir cet écho, la collection des livres illustrés d’Henri Matisse se déploie dans toutes les salles du musée. Les livres, joyaux de l’œuvre du Maître, que j’ai eu pour certains entre les mains mon beau-père ayant été son ophtalmologiste, devient une part essentielle de son activité artistique dans les années 1940, indissociable dès lors des autres pratiques, en particulier, la peinture et les papiers gouachés découpés.
Le Florilège des Amours de Ronsard, les Poèmes de Charles d’Orléans, Pasiphaé d’Henry de Montherlant, Les Fleurs du mal, Jazz… chacun de ces livres furent pour Matisse une expérience nouvelle et totale. Totale car il conçoit le livre dans son ensemble, tel un objet, qui a son architecture propre, à la recherche d’un équilibre de la page et du texte, des illustrations gravées, des ornements et du rythme des mots et de leur calligraphie.
Le mot et l’écriture – le plan de la page –, sont prolongés par le plan du mur, les cimaises et les tableaux, et inversement. Ce sont ainsi des espaces qui se répondent et se poursuivent qu’Agnès Thurnauer invite à parcourir au sein du musée Matisse.

Dans la salle des Danses, Agnès Thurnauer dialogue avec une série de lithographies d’après les versions de La Danse de Barnes et de Paris. Un des enjeux majeurs de cette composition monumentale fut pour Matisse de travailler à l’échelle réelle, soit plus de treize mètres de longueur, tout en conservant l’élan performatif initial du tracé des figures inscrites dans l’architecture et l’équilibre coloré de l’ensemble. La question du changement d’échelle et de la capacité de Matisse de passer d’un format à l’autre sans perdre rien de sa force plastique, du petit au grand ou inversement, fascine Agnès Thurnauer. Dans ses Dessins préparatoires, réalisés eux aussi en petit (55cm) et en grand (190 cm), elle travaille dans une sorte de transe, munie de crayons aquarelle qui viennent tracer de grandes arabesques dans le médium, jusqu’à ce que celui-ci sèche. L’inscription n’étant alors plus possible, le mot maintenant ou now vient clore cette « danse ».
Agnès Thurnauer a également installé une série récente de toiles qui figurent un mot faisant volte-face dans l’espace de la toile, mots qu’elle dédie à Henri Matisse : Rose, Language, Danse, Amour. Leur présence souligne l’importance que revêt pour elle la question de la « parcourabilité » de la peinture, la manière dont le corps ressent et « arpente » l’espace pictural.

*La prédelle est la partie inférieure d’un retable polyptyque, développée horizontalement, qui sert de support aux panneaux principaux, et où figurent une série de petits sujets en relation avec le thème principal. Elle peut être composée d’une seule planche en longueur, ou de plusieurs éléments.
Répétition automatique des paroles (ou chutes de phrases) de l’interlocuteur, observée dans certaines aphasies.

 

164, avenue des Arènes de Cimiez
06000 Nice

Tél : (+33) (0)4 93 81 08 08 (public)
E-mail : musee.matisse@ville-nice.fr

 

 

 

 

Cet article comporte 0 commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back To Top