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Catherine Leutenegger, KODAK_CITY, 2007
Catherine Leutenegger, KODAK_CITY, 2007

Argentic Agony, la fin d’une ère photographique

Au Musée de la Photographie André Villers à Mougins, Olivier Lécine, son directeur,  présente sous le titre d’Argentic Agony trois artistes, Catherine Leutenegger, Robert Burley, Michel Campeau.

A la réception du carton d’invitation habillé d’un titre aussi radical : Argentic Agony, la fin d’une ère photographique, je m’interrogeai sur ce que j’allais voir qui viendrait confirmer cette assertion sans retour… Le propos des commissaires, François Cheval et Anne-Céline Borey, est tout autre et aborde ce changement littéral de moyens pour les photographes entre l’argentique et le numérique, et par ricochet l’intérêt ou non des collectionneurs pour l’une ou l’autre des pratiques, sous un angle sociologique, humain, et non sur une évaluation de valeur artistique.

Catherine Leutenegger « Kodalk City », 2007

Ce que nous apprenons, ou que j’apprends, car mon intérêt professionnel pour la photographie est récent, c’est que la fin de l’argentique correspond à une crise sociale sans précédent dans l’industrie. Mais celle-ci va au-delà de la transformation du médium, elle est partie prenante de la crise financière qui ravage les Etats-Unis au début du nouveau millénaire, et la faillite de la société Kodak de Rochester n’est pas uniquement due à l’abandon de l’argentique, mais également à une succession d’erreurs du groupe, incapable de s’appuyer sur son socle historique, la photographie populaire. George Easterman, le fondateur de Kodak, ne le disait-il pas, bien avant qu’advienne cette crise : « The word is moving, and a compagny that contents itself with present accomplishments soon falls behind. »*

Ce constat, les photographies de Catherine Leutenegger l’illustrent. Ces usines, ces entrepôts, ces bureaux vides ne sont pas seulement la fin de la société Kodak, mais celle d’un réel mode de vie qui impactait les gestes, les actes et les passions humaines au sein de la ville de Rochester. Désormais, nous dit François Cheval, sans Kodak, la ville est orpheline.

Des images de vacuité, d’absence de vie, dans des lieux précédemment riches d’activités, montrent les conséquences d’un désastre économique et humain (j’ai un membre de ma famille qui a brutalement perdu son emploi au sein de la société Kodak) allant bien au-delà d’une innovation technologique.

Robert Burley,
Film Warehouse, Agfa-Geveart, Mostel, 2007

Pour Robert Burley, autorisé en 2005 à photographier l’usine Kodak de Toronto durant un an, ce sont les images de l’abandon et la démolition de l’usine qui l’intéressent, avant de se tourner vers d’autres fabricants dont les usines fermaient elles aussi : Kodak France, Agfa-Gevaert, Ilford, Polaroïd. En 2007, il assiste à l’implosion de l’usine Kodak de Chalon-sur-Saône, ultime présence de la marque en France. Habitué des thématiques du paysage et de l’architecture, Burley s’est intéressé à l’aspect des bâtiments. Ici, pas de présence humaine, pas de mouvement. C’est à travers le vide et le silence que Burley évoque les conséquences économiques dévastatrices de la révolution numérique.

Avec Michel Campeau c’est au contraire la traque des dernières chambres noires existant encore dans le monde qui le passionne. La technologie numérique a déjà supplanté depuis plusieurs années la technique argentique. Les imprimantes, cartouches d’encre, ordinateurs et autres logiciels de retouche de l’image ont peu à peu remplacé le laboratoire de développement, sa lumière inactinique, sa chimie… L’artisan tireur a laissé la place à l’informaticien spécialiste du pixel.

Tel un anthropologue, il inventorie et photographie ces lieux amenés à disparaître, tels des vestiges quasi archéologiques d’une époque qui a construit en grande partie la photographie. Il décortique les chambres, en montre les fragments significatifs, usant du flash et jouant de la couleur pour souligner la valeur esthétique de ces objets patinés par l’usage…

Argentic Agony aborde par les images un phénomène de société et dit que parfois ce que nous appelons le progrès est aussi générateur de dommages. Comment ne pas penser aux terrils du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, vestiges d’une activité disparue au profit d’autres technologies plus performantes, mais qui laisse encore aujourd’hui une population en pleine crise… Alors, un mal pour un bien, libre à chacun de le décider.

* « Le monde est en mouvement, et une entreprise qui se contente de réalisations actuelles est bientôt en retard. »

Jusqu’au 28 mai 2017

 Musée de la Photographie André Villers

Porte Sarrazine – 06 250 Mougins

 

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