Skip to content
Paolini "Le chef-d'œuvre inconnu"

Arte Povera ! Hommage à mes racines d’artiste.

Je dédie ce texte à deux Amies, Femmes courageuses et résistantes du labour de la terre Culture :

Marisa Balma et Hélène Jourdan- Gassin, complices de ma Recherche en toutes choses de la vie.

« Comme je descendais des fleuves impassibles…

…Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème de la Mer

Je sais les cieux crevants en éclairs, et les trombes… Je sais le soir

Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

…Les fleuves m’ont laissé descendre où je voulais… »

Arthur Rimbaud.

« En toute chose, je trouve qu’ici la vie vaut la peine d’être vécue. » Friedrich Nietzsche.

Je suis né un 12 janvier de l’année 1953.

L’occasion est trop belle, pour ne pas vous confier un bout d’arbre de ma vie de « sensible » :

De Rimbaud, je retiendrai à jamais le génie d’un lucide, chaussé des semelles du vent de la liberté d’expression. Quand la poésie vous parle, c’est une musique intérieure qui joue.

Du philosophe mahlérien, je garde l’admirable propension du marcheur qui pense pour l’âme de l’humanité. L’Arte Povera naîtra où Nietzsche écrivit ses œuvres les plus puissantes et dans une finitude qui porte les germes de sa folie créatrice donc de sa liberté. 1*

Ils sont 13 et bien plus…Les artistes qui fondèrent ce mouvement d’expression artistique des années 1960 ; remarquable, non par sa pauvreté mais par la richesse des matériaux, des idées et des concepts qui animeront ces installations et performances poétiques de dimension humaine, dans les plus grandes galeries de l’art contemporain 2*. Une Femme et quelques Hommes, héritiers de la « Primitivité » de l’Humanité : faire ce que l’on pense.

Janvier est le mois le plus rude pour les communautaires existants au pied des Alpes cottiennes.

Successivement, capitale des États de Savoie, du royaume de Sicile et de Sardaigne, enfin du royaume d’Italie… La ville du « Miracolo economico » garde dans ses artères, les traces de la puissante et militaire maison de Savoie.

« Mole Antonelliana Vole dei numeri », Mario Merz

« I Savoià-Sabaude », furent les principaux et richissimes commanditaires des grands architectes qui déposèrent au pied des monts ; les églises, les places, châteaux et palaces, jusqu’aux galeries (i portici) abritant les passants et qui inspireront la peinture métaphysique de Giorgio de Chirico. De même, la gare ferroviaire annonce la couleur polyphonique de la cité par son style Liberty des années folles. Deux portes ; « La Palatina » et « La Porta Nuova » témoignent des différents vents qui ont soufflé sur la genèse de cette ville forte, d’apparence austère, aux pieds bien plantés dans le sol des rizières voisines. « Il Risotto » est Milanais mais la rondeur de ses grains de génie, poussent dans une mer carrée (mare a quadretti).

Mai 1953… La flèche en maçonnerie de la grande synagogue du Piémont est frappée par un orage-tornade qui effondre les 47 derniers mètres de l’édifice le plus haut de la ville fluviale. D’un génie de style angélique, posé sur la pointe de l’œuvre, le nouvel architecte va proposer une flèche en bois charpentée dont l’extrémité sera couronnée d’une étoile…en acier de 4 mètres de diamètre. Une étoile et des chiffres lumineux décorent désormais le dôme de ce bâtiment élégant à base large et quadrilatère de 167 mètres de haut : La Mole Antonelliana (de son architecte Antonelli – 1863) est l’édifice le plus élevé de l’ancienne capitale de la péninsule. Tour d’Eiffel symbolique qui regarde le méandre du Pô, veine fluviale capricieuse, traversant la ville sur sa rive gauche… Cette structure maçonnée, de briques, de fer et de bois s’érige en porte-voix des artistes qui fonderont ce groupe libre et prolixe en créant des œuvres originales, souvent légères et tensives, hors normes de l’art contemporain et de ces années, plus lourdes que jamais pour l’Italie. Mon parrain et cousin germain Gigino, d’origine émilienne (Campi) et ligure, me le rappellera souvent lors de nos promenades sur les berges du Pô : « Tu es né l’année où l’Antonelliana a perdu sa tête…dans une tempête »

Turin ! Vous connaissez… C’est dans l’histoire de sa construction qu’il faut voir et comprendre les prémices de l’Arte Povera : une tentative, une expérience, une performance de créateurs venus de tous horizons de l’Italie et qui, dans un creuset commun vont employer des matériaux d’une simplicité proche de la pauvreté, exprimant le mensonge de l’Art « …qui nous permet d’approcher la vérité, au moins la vérité qui nous est discernable. » (Picasso).

Une étoile, des chiffres et un temple :

Lever l’opacité d’une vérité ; comme la ville turinoise, baignée de cette lumière jaune d’hiver, enluminée par l’épaisseur du brouillard humide, du soleil voilé et neigeux du Monte Viso (3841 m.).

Citer ces artistes comme on égrène un chapelet de prières entre ses doigts, ne mènerait qu’à une conclusion : ce sont des manuels et des intellectuels d’une simplicité désarmante qui ont « fait » ce mouvement, né de la complexité de cette ville défendue, posée comme un bijou au cou d’une Madone.

En les approchant de leur vivant, j’ai compris que mes racines de bricoleur poétique se trouvaient dans leurs matériaux : souvent agraires (foin et végétaux), les tissus chiffonnés, les papiers froissés, les métaux de construction, les pierres taillées, les bois et les tubes de néons, les verres dépolis ou brisés, les objets trouvés, la rouille et la patine du cuivre, le cuir et les odeurs de terre brûlée par des chalumeaux de soudeurs et encore et surtout le goudron ! profond, lisse, fluide…

Mon père était quincailler et armurier. Enfant, j’ai joué puis travaillé au contact de ses employés de la quincaillerie où je découvris la pluralité de la matière et de sa fonction. J’étais adopté par ces hommes qui conseillaient, cherchant et trouvant des solutions aux questions des clients. Les vis et les clous, les serrures et les clés, des douilles de cartouches usagées furent mon premier « état d’âme » pour la récréation de l’école. J’étais curieux, attiré par la beauté d’un objet simple qui ouvrait la porte de mon imaginaire… Pour moi, une crosse de fusil ne pouvait être qu’en olivier !

Suspension de Zorio, Castello di Rivoli

Assembler des objets de toutes origines pour les faire parler, raconter une histoire, porter un symbole ou encore…leur trouver une fonction éloignée du sens initial… m’ont préparé à la lecture et la perception de ces œuvres de l’Arte Povera qui interrogent par leur simplicité.

Mais, ne me quittez pas si vite ! Par le concept créatif ces objets inanimés vont faire lien avec le vivant et la transformation de la matière inerte…en énergie vibrante de poésie. Le temple des créateurs de ce mouvement se trouve à l’entour immédiat de Turin. La campagne piémontaise s’étale entre les contreforts alpins et la plaine padane. Sur un de ses mamelons, repose le château de Rivoli ; immense forteresse militaire, propriété des Savoie depuis le XI siècle, prolongée par une longue aile en briquettes rouges (Matoni). « La Manica Lunga » fut une pinacothèque ducale, long couloir de 140 m, pensé pour accrocher des toiles et des photos. L’ensemble, est depuis les années 1980, un musée d’art contemporain abritant les chefs d’œuvres de l’Arte Povera ; ligne architecturale de continuité entre passé, présent et futur.

« Novocento 1900 », Maurizio Cattelan

Un jour, je découvris suspendu au centre du plafond d’une salle royale, un cheval embaumé dont la pesanteur était accentuée par son cou pendant et l’obliquité des sabots pointés vers le sol. Cette œuvre, énigmatique et puissante donnait « sens » au concept de frontière entre la vie et la mort. 3*

L’Amitié de cette visite est sans ordre de préférence, exprimant ma gratitude de découvrir « in situ », ces personnes uniques, dans La Torino de mes jeunes années. Je me souviens de cette grande photographie imprimée sur une toile, de format paysage, centrée par l’autoportrait du Douanier Rousseau, en noir et blanc, sa palette dans les mains. Dans le plan immédiatement postérieur, souriaient les visages, sans ordre mais expressifs, des artistes de ce mouvement, « I Poveristi » 4* :

Giulio Paolini (1940-Gènes) est sûrement le plus intellectuel de ce groupe d’artistes conceptuels. Sa réflexion repose essentiellement et d’une « façon » plus esthétique, sur l’analyse de l’action de voir, d’observer par le jeu des « miroirs », ce qui relie le spectateur à l’œuvre qui semble se refléter mais aussi regarder l’observateur… Ces installations sont élégantes, semblant éphémères par la fragilité de leurs matériaux. Elles traduisent une éthique de la beauté : « On peut admirer, explorer, scruter ce que l’on a sous les yeux, mais on ne peut pas percer le secret de l’œuvre. », dixit l’artiste. Je me souviens d’une visite en son appartement/atelier de Via Pô, décoré par des œuvres en cours de réflexion. Un minimalisme empreint de culture grecque et romaine.

Gilberto Zorio (1944-Biella) demeure, à mon ressenti, le plus spectaculaire bricoleur et artiste du fer, du goudron, des canoës et des étoiles… L’entrée extérieure du musée de Rivoli est décorée par une de ses suspensions en acier rouillé ; champs inépuisables d’énergie physique et mentale. Les matières employées par le Piémontais sont changeantes, par la chimie des produits avec le temps. Composante essentielle de son message : les heures et les jours transforment la matière choisie en déposant les traces du travail de la nature, équivalentes aux « cycles de la vie ». La rouille de ses barques effilées comme des flèches sont élégantes et simples, en signant une dimension anthropocentrique que Gilberto exalte dans ces installations. Les étoiles évoquent l’ascension et la légèreté renouvelant le langage de la sculpture. Ce sont rarement des mobiles, plutôt des immobiles changeants, comme si la matière inerte était « animée » d’une vie intérieure…

Des récipients alambiqués déversent dans l’espace de la peinture phosphorescente ou du cobalt, qui, par réaction chimique sur le support qui les reçoit, évoque notre chimie intérieure de corps vivants : « Chaque être humain est un récipient de minéraux et d’eau, ses veines, ses poumons et ses organes sont un extraordinaire laboratoire chimique fait de tubes et d’alambics. » dixit Zorio.

« Alambico 1993-96 », Gilberto Zorio

Gilberto est un homme secret, brun, au faciès galactique, le regard perçant, interrogeant les étoiles comme ses grandes suspensions évoquant l’équilibre instable des matières les plus dures…

Je citerai en transition, la leçon académique de Luciano Fabro (1936-2007) : « Art, c’est ce qui transforme. » Sommes-nous transformés dans notre perception par ces œuvres ? Toutes résonnant comme des interrogations sur le devenir, dans le temps.

Giovanni Anselmo (1934-2023) fut avec son bel âge, un des piliers de cet Art, reconnu et récompensé par un lion d’or de la peinture à la Biennale de Venise (1990). Son message reste un des plus puissants du mouvement. Par ses installations il reliera les concepts intéressants d’invisible dans le visible (5*), d’organique et d’inorganique, de discret et de contigu, de tension et d’équilibre…

En juxtaposant souvent des éléments de valeurs opposées (Respiro : deux poutres de fer et une éponge marine), il allie un produit naturel, doux et élastique à une structure industrielle, lourde et compacte. L’œuvre vit de l’énergie émise par la rencontre entre ces deux matériaux dans le temps. Cette dialectique personnelle sera exprimée, par l’artiste : « Mes œuvres sont la physicalisation de la force d’une action, de l’énergie d’une situation ou d’un événement. ». Une biodynamique qui permet de comprendre, par exemple, ce qui se joue entre une prothèse solide de hanche et les os qui la reçoivent et qui l’acceptent dans le temps… équilibre instable dans l’économie générale du vivant.

Je me souviens d’un couple en pierres taillées, reliées entre elles par un câble d’acier tressé et suspendues à un crochet au plafond arqué de l’appartement de mon parent et guide dans les ateliers de ces artistes joyeux, simples et ironisant autour d’un verre de Bonarda vivace… Menaçants, ces blocs m’évoquaient la fragilité de la permanence : « Sous les pavés, la plage ! »

Mario Merz au Guggenheim

Mario Merz (1925-2003, Milan) et sa femme Marisa Merz (1926-2019, Turin) :

Elle – ils sont le couple symbolique de la dualité créative dans le même concept. Marisa, est la seule femme, reconnue de ce groupe d’Hommes. Ses créations sont empreintes d’un dialogue de correspondances entre les concepts essentiels du mouvement, entre les découvertes de son mari et son aptitude à décorer de façon « Poverista » les plafonds, les sols et les parois de leur appartement/atelier.

Mario pourrait être considéré comme le pape de cette dynamique créative. L’expression le définissant, sera et restera : « L’artiste de l’Igloo ». Ces installations sont généreuses, évoquant le confort d’une forme douce et arrondie. Des structures aérées, habitées par des éléments minéraux, des sacs et surtout de la lumière… Les néons prennent forme de mots, de slogans, de chiffres. Justement, La Mole Antonelliana brillera la nuit, flanquée sur son dôme, par une suite ascendante et progressive de ses chiffres en néons, évoquant la série de Fibonacci mais aussi le concept de progrès dans le temps ; « Il volo dei numeri – pour Luci d’Artista-2000 ».

N’est-ce pas cet éclairage, qui évoque le bien fondé de toute culture ? Une suite progressive et exponentielle de connaissances et de perceptions et non pas une addition de contiguïté… Une discrétion infinie se projetant dans la dynamique cosmique. Mario était « un caractère », un bon vivant aussi ! Un soir de promenade, nous allions en groupe vers une nouvelle sculpture monumentale, installée par la Commune de Turin, sur un des grands boulevards. Intrigués par la teinte de cette œuvre, nous cherchions à nommer la couleur qui oscillait entre vert, jaune et marron. Merz, renfrogné comme toujours, interpella notre attention : « J’ai trouvé ! Colore di Merda… ». Piero Manzoni, était déjà passé à l’acte en 1961 ; une boite de métal contenant 30 grammes de ses excréments…vivants.

Giuseppe Penone « Main arbre »

Giuseppe Penone (1947-Garessio) forestier, sera l’Homme des « arbres sculptés », le primitif révélant l’interdépendance de tout ce qui existe… par le tactile, le visuel et l’olfactif. La poésie de Penone est « vitale » affirmant l’essentiel de son concept ; l’identité de l’homme et de la nature. L’arbre vivant, lui apparaît comme figure humaine… Il ira jusqu’à sculpter en public, un arbre de 12 mètres sur toute sa longueur à l’exception d’une extrémité, intacte sous forme de bloc et de base. L’œuvre sera exposé au centre du hall en colimaçon du Guggenheim Museum. Une des performances les plus intéressantes de Giuseppe, représente un moulage de sa main, qui s’accroche et se fige dans un tronc d’arbre en croissance… Quelques années plus tard, les doigts inertes sont pris dans le vivant de l’arbre qui forment des vaguelettes de bois enserrant la main… « Ce qui relie toutes les œuvres, c’est le rapport manuel et l’exécution, la main et la matière. » Pour Penone : « L’homme n’est pas spectateur ou acteur, il est simplement nature ».

Jannis Kounellis (1936-2017, Pirée-Rome) est « Le Grec » de la situation et du mouvement.

Ces performances allient le feu, le brûlé avec des chalumeaux ou des becs de gaz… Transformation de la matière en poésie de teintes de minéraux ou d’acier par la volonté de « relier » dans la fonte de la structure, des fonctions imaginaires… La peinture, n’étant plus adaptée à la complexité du monde, Kounellis montre l’Art comme une langue des signes. « Je n’ai recherché que choses très belles. J’ai mesuré la distance par rapport à l’objectif. J’ai vu le sacré dans l’objet d’usage quotidien. (…) Je veux le retour de la poésie par tous les moyens : par la pratique, par l’observation, par la solitude, par le verbe, par l’image, par ‘ l’éversion ’. »

Michelangelo Pistoletto (1933-Biella) : Je tiens à le citer, en décrivant une actualité qui aura montré la pire face de l’humanité. Son installation à succès ; « La Venere degli stracci- 1967 » (La Vénus aux chiffons) fut brûlée par un jeune SDF sur la place de la mairie de Naples en 2022. Cette opposition de symbolique culturel, ne résiste pas à l’ignorance et la tolérance même si nous savons et pensons que « Les flammes ne brûlent pas une idée. » dixit Michelangelo.

Bien d’autres artistes, en fait… inspireront le jeune adulte, reconnaissant ici, ses racines affectives et culturels.

Un jour d’adolescence et pendant des semaines : d’un morceau de bois d’olivier joliment veiné, j’ai dégrossi, sculpté et poli une crosse destinée à une autre fonction que la chasse… Avec l’aide d’un de mes compagnons de récréation, nous avons transpercé le bois de la paix dans sa hauteur, avec une longue mèche à main, qui s’est déviée à hauteur de la poignée… Je tenais le sujet de cette création : Une lampe, couverte par un abat-jour en peau translucide, qui éclaire encore aujourd’hui les étagères de ma bibliothèque. L’Arte Povera rayonnera encore longtemps, entre tous les recoins de la création numérisée, des enfants du XXIème siècle.

À une seule condition, essentielle, vitale : Que l’artiste, unique, l’homme d’un jour de création, puisse « faire » non pas ce qu’il voit mais ce qu’il pense voir. Et que ce tissu biologique, cette trame « tensègre » sans lois, organisée de façon chaotique et fractale qui abrite les pensées et les émotions sous la forme d’un cerveau ayant la consistance d’un porridge tiède…ne puisse, en aucun cas, ni sous aucun prétexte, être perverti ou violé par une technologie dite supérieure qui déviera artificiellement, sans sentiments ni émotions, le sacré et mystérieux IMAGINAIRE…

La perception de tous nos sens est de l’ordre d’une symphonie personnelle. Comme a pu le dire Léonardo da Vinci : « C’est comme le tintement d’une cloche, qui fait entendre ce qu’on imagine. ».

« Ce que l’on sait et c’est déjà pas mal de savoir cela ; La création, personne ne sait ce que c’est ! On sait qu’elle se produit dans la solitude (…), qu’elle ne peut s’opérer qu’en dernier recours, une fois le dernier interlocuteur disparu. C’est une solitude mentale. Elle peut se produire au milieu d’une foule, d’une famille nombreuse, dans les cris des autres ou au contraire dans la rumeur feutrée des propos intelligents. Elle peut se produire chez un domestique, chez une femme. » … Par ce propos de Marguerite Duras L’Arte Povera apparaît plus clairement comme une promenade récréative, de créations libres et ludiques, de liens entre la pensée et deux mains, entre de simples objets offrant une richesse de sujets pour demain !

Jean-Jacques Campi,  19 décembre 2024.

Si « la liberté est un état d’esprit. » (Paul Valery), l’Arte Povera est un état d’âme…

1* : Nietzsche en 1889 ; vivant à Turin, assiste lors d’une promenade à une scène de violence entre un cochet flagellant son cheval qui refuse d’avancer. Ému par la souffrance et la volonté de pouvoir (« La volonté de puissance, 1888-1901 »), il enserre avec compassion le cou de l’animal pour le protéger des coups. Ce sera le début du crépuscule du philosophe nihiliste et passionné par Mahler et sa musique. Il oscillera sans cesse entre Éros et Thanatos… Il passera les onze dernières années de sa vie, dans une nuit sans fin.

2* : Exposition Arte Povera – Œuvres in situ : Bourse du commerce – Pinault Collection. 2 rue de Viarmes, Paris-75001. Jusqu’au 20 janvier 2025.

3* : Maurizio Cattelan (1960…Padoue) : « Novecento – 1900 » ; Le cheval embaumé est suspendu par une fronde. Son cou et les sabots sont étirés vers le sol par l’artiste et la taxidermie. Cette « Natura morta », évoque le concept d’une tension frustrée, d’une énergie vouée à l’échec. Cette insécurité, m’a évoqué le devenir du « Cheval de Nietzsche… » qui, après une vie de travail dominé est destiné à l’abattoir. Cattelan n’est pas un artiste du groupe de l’Arte Povera. Les matériaux employés, évoquent simplement le mouvement.

Sa dernière installation remarquée : une banane scotchée à une cimaise…

4* : Cette photo-entoilée du groupe de l’Arte Povera est signée de Giulio Paolini. Le nom du mouvement d’art conceptuel, fut donné par un critique d’art d’origine Génoise ; Germano Celant (1940-2020). La réappropriation du domaine de l’artiste dans un marché de l’art dominé par le cliché que la société a imprimé sur son poignet, semble avoir été l’engagement de cet homme. Pour ce groupe : il a proposé cet art pauvre, contingent, contemporain de l’événement et de la conception anthropologique de « l’homme vrai » de Marx. Cette nouvelle attitude ; l’unicité de l’individu créateur et non par « son image et ses produits », permettra à l’artiste exploité de devenir guérillero, choisissant le lieu du combat (installations, performances) et posséder les avantages de la mobilité, de la surprise, de la frappe…

5* : Référence à une de mes publications sur le site Lola Gassin : https://chezlolagassin.com/linvisible-sous-le-visible-le-contigu-et-le-discret/

Cet article comporte 0 commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Back To Top