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Danielle Darrieux et Julien Carette

« Battement de cœur » d’Henri Decoin

 

Danielle Darrieux et Claude Dauphin

Confinée dans son appartement, Isabelle Véret a momentanément remplacé ses comptes-rendus des derniers films sortis dans les salles obscures par une relecture, verre à la main et pantoufles aux pieds, des chaînes ciné de la télévision. Elle nous propose Battement de cœur, un film d d’Henri Decoin qui, entre autres, a enchanté ma  jeunesse et m’a longtemps fait fredonner ; «Mon premier c’est un cœur fidèle, etc. ». Je ne peux que vous conseiller de ne pas rater la rediffusion à la télé de ce petit bijou du cinéma français. Comme moi  « Charade », la chanson de Mizraki ne vous quittera plus.

Avec Danielle Darrieux, Claude Dauphin, Jean Tissier, Julien Carette, Saturnin Fabre, André Luguet…

Le Synopsis

L’honorable monsieur Aristide dirige une école d’un genre particulier. Il enseigne en effet à de jeunes chômeurs, recrutés par le biais de petites annonces, l’art de devenir pickpocket. Parmi ses dernières recrues, la jeune Arlette, qui vient de s’évader de la maison de redressement d’Amiens. Lors de sa première séance de travaux pratiques, la jeune fille est prise la main dans le sac, ou tout comme, par sa victime, ambassadeur de son état. Pour prix de son indulgence, celui-ci exige qu’elle commette pour lui un nouveau larcin. Il s’agit de dérober la preuve de l’infidélité de sa femme…

En ces temps difficiles de privation de salles obscures, replongeons-nous avec délectation dans les archives cinématographies que nous offrent les chaînes cinéma.

Heureuse surprise de (re)découvrir de véritables perles oubliées. C’est le cas de cette comédie signée Henri Decoin, datant de 1939, restauré en 2k en 2018 et diffusé sur OCS.

A la veille de la seconde Guerre Mondiale, le cinéma français produit de nombreux films restés dans les annales dont «La règle du jeu» de Jean Renoir ou «Le jour se lève» de Marcel Carné. «Battement de cœur» s’inscrit dans ce style qu’on a appelé «le réalisme poétique» en installant dès le départ un contexte social autour de la délinquance et la maltraitance dans les maisons de correction. Decoin va toutefois progressivement faire basculer l’intrigue à la manière des comédies américaines de l’époque, lui donnant un ton savoureux et très rythmé.

Danielle Darrieux et Claude Daupin

Ces années 30 marqueront aussi le début de la longue carrière de Danielle Darrieux, qui en est déjà, à 22 ans, à son 29ème film et à sa 5ème collaboration avec Henri Decoin qu’elle épousa par ailleurs en 1935.

Dans cette comédie sentimentale gentiment effrontée, Decoin met en scène une école particulière, réunissant de jeunes laissés pour compte, qu’un directeur zélé (Saturnin Fabre) forme à devenir pickpocket. Une première scène d’entraînement au sein de l’école rappelle soudainement une scène beaucoup plus récente et toute aussi décalée au début du «Lac aux oies sauvages» de Diao Yi’nan dans laquelle on assiste à un cours de vol de motos. Si le clin d’œil est amusant, on est frappé par la modernité du propos de cette comédie, sortie en 1940. En ce début de conflit, Danielle Darrieux qui a déjà interprété de nombreux rôles dramatiques apporte toute sa fraîcheur et son charme à son personnage de jeune ingénue projetée, dans l’univers difficile des enfants abandonnés. Ainsi, la jeune Arlette, orpheline, s’évade d’une maison de correction et après avoir répondu à une annonce, se présente au directeur de cette école insolite d’apprentis voleurs. Ce dernier décèle en elle un fort potentiel et une future pickpocket de talent. Elle trouve un soutien amical de la part d’Yves, compagnon d’infortune, moins doué qu’elle. Ce dernier est incarné par Julien Carette, célèbre second rôle à la gouaille typique du titi parisien dans «La grande illusion» ou «La règle du jeu» de Jean Renoir, mais aussi chez Sacha Guitry, Claude Autant-Lara, Jean Grémillon, Marcel Carné…

Danielle Darrieux, Jean Tissier, Claude Dauphin

Arlette ne se voit guère d’avenir et n’a d’autre solution que de devenir malhonnête afin d’accéder un statut plus honorable et de se faire épouser. Situation difficile et délicate pour les femmes de l’époque. Toutefois ici, la comédie n’est jamais loin du drame. On rit en même temps d’être ému, quand elle dit pleine d’espérance « Oui, pour ça je le ferais… Voler pour rester honnête ».

Sa première tentative de vol se soldera par un échec. Suivant un homme élégant (André Luguet) dans un cinéma où l’on projette un film mettant en scène un pauvre bougre condamné lors d’un procès, sorte de mise en abyme de son propre avenir, Arlette est alors démasquée par sa propre victime en tentant de lui subtiliser une broche. L’intrigue bascule alors vers un imbroglio de mensonges et de tromperies. L’homme est en effet certain de l’infidélité de sa femme (Junie Astor) et veut confondre son amant, un ambassadeur dandy (Claude Dauphin). Il va utiliser les talents d’Arlette qui va devoir lui voler sa montre-gousset contenant la photo de la femme infidèle.

Tout le charme et la désinvolture de Danielle Darrieux apportent fougue et drôlerie au film. En fille des rues à la gouaille malicieuse, rappelant le jeu de Katharine Hepburn, ou en femme distinguée en robe de soirée, son jeu naturel est toujours convaincant.

Claude Dauphin (frère de Jean Nohain et père de Jean-Claude Dauphin) prend les traits du prince charmant qui va tomber amoureux de la belle ingénue. Acteur assez injustement oublié aujourd’hui, il jouait alors les rôles de jeunes premiers. Avec à son actif plus de 100 films, il a joué pour les plus grands réalisateurs (Sacha Guitry, Marc Allégret, Jean Renoir, Jacques Becker, Julien Duvivier, René Clément, Claude Sautet…), et étant bilingue, il mène une double carrière en France et aux Etats-Unis (John Frankenheimer, Stanley Donen, Otto Preminger…).Il a eu un comportement exemplaire pendant la Guerre dans la résistance puis dans les Forces libres françaises qui ont libéré Paris.

A l’instar du film de Jean Renoir «La règle du jeu», sorti en 1939, Decoin mêle les classes sociales et les tribulations sentimentales des protagonistes. Le personnage de Jean Tissier n’est d’ailleurs pas s’en rappeler celui de Jean Renoir en bourgeois désargenté et mis au ban de la haute société, vivant de la générosité de son ami, l’ambassadeur dandy (Claude Dauphin) et faisant le lien entre les différents personnages et les différentes classes sociales.

On notera la magnificence des décors et des costumes, les scènes de bals, les robes soulignant la beauté rafraîchissante de la toute jeune Danielle Darrieux, qui symbolise la femme idéale, moderne et romantique. Également chanteuse dans de nombreux films, elle interprète ici, avec malice «Charade», sur une musique de Paul Mizraki, auteur de plus de 180 musiques de films de Henri-Georges Clouzot, Jean-Pierre Melville, Jean-Luc Godard ou Orson Welles.

Battement de cœur, Affiche

Le charme suranné de cette comédie romantique de la fin des années 30 opère avec délice, sans sombrer dans la nostalgie. On assiste simplement à une comédie réussie aux allures hollywoodiennes. Le personnage ingénu, drôle et malicieux de Danielle Darrieux, un scénario bien écrit et innovant ainsi que des dialogues percutants et originaux sont autant d’atouts désopilants, soutenus par de seconds rôles savoureux et une mise en scène virevoltante sur un fond plus sombre dépeignant des inégalités sociales.

Date de sortie initiale : le 3 février 1940, restauré en 2k en 2018

Diffusé sur OCS

Isabelle Véret

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