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Ben et Annie

BEN et ANNIE  

Annie et Ben

On m’a demandé d’écrire sur Ben et Annie Vautier étant donné l’affection qui m’a liée à eux depuis plus d’un demi-siècle. J’avoue que depuis leur disparition, j’accumule des mots qui n’arrivent pas à dire avec simplicité mon amitié pour eux en tant êtres humains, ma grande admiration pour Ben comme artiste et mon respect pour la beauté indestructible de leur couple.

Parler d’eux que nous connaissons tous, me parait égocentrique (Ah Ben et l’ego !) et un peu impudique comme ces photos où chacun s’affiche à leurs côtés, un geste affectueux et naturel que je me suis interdis.

Alors, aujourd’hui, après que tous ces bouleversants hommages* leur ont été rendus, ce qui me pousse à écrire, c ‘est un besoin simple de m’entretenir avec eux, en niant leur absence, à bâtons rompus, comme nous le faisions quand je venais les voir à Saint-Pancrace. Nous discutions de l’art, de Nice, de la politique (un peu) des ethnies (pas du tout). Je disais à Ben que je ne finissais pas ses newsletters quand elles se terminaient par des références à François Fontan, aux ethnies et à l’Occitanie, non pas qu’elles fussent inintéressantes, mais un peu poussiéreuses et pas toujours indiscutables. Ce que nous aimions tous les trois, c’était rire de tout et de rien, de bavardages, d’anecdotes sur les gens, ce que Ben aimait particulièrement, mais je filtrais mes propos car il lui était déjà arrivé d’écrire : c’est Lola qui me l’a dit !

J’avais avec Ben une autre habitude, je recopiais certaines vignettes de sa newsletter, et je les lui annotais… A-t-il lu ces commentaires ? Je ne sais pas car il ne me répondait pas forcément, mais Annie le faisait, avec quelques mots affectueux…

Vous voyez, écrire sur l’un c’est parler de l’autre, et j’entends encore la voix de Ben, forte, bien timbrée avec cet accent inimitable, nous donner sa partition, paroles et musique de Ben, sur lesquelles Annie mettait la pédale douce, comme on dit au piano, pour arrondir le timbre et adoucir les propos.

BEN Photo Max Tomasinelli

Comme m’a dit avec justesse une amie très chère, il n’y a pas un Niçois qui n’ait une anecdote, une aventure à raconter avec ou sur BEN.

Alors, j’évoquerai ma dernière après-midi avec Annie et Ben dans leur cher Saint-Pancrace. Un artiste photographe italien, Max Tomasinelli m’avait contactée pour que j’appuie sa demande de rencontrer Ben pour lui remettre un grand tirage d’une photo qu’il avait prise de lui dans sa baignoire. Ben qui ne lui avait jamais répondu, avait cette fois accepté sa visite et nous étions montés à Saint-Pancrace avec Yvette Bernizan, une amie italienne, commissaire d’expositions, Max et moi…  Si je cite cette journée, c’est pour dire à quel point Ben était disponible pour les artistes. Je lui ai fréquemment présenté des débutants, il les a toujours reçus à bras ouverts avec intérêt pour leur jeune travail. Car c’était aussi ça, Ben, un homme d’une simplicité et d’un abord déconcertant de facilité… Le privilège des très grands.

* Lire absolument le magnifique texte que Benoît Barbagli, leur petit-fils, a écrit sur Ben et Annie.

BEN (l’artiste)

C’est par un interminable curriculum vitae que je résumerais par une naissance en 1935 à Naples d’une mère irlandaise et d’un père suisse. Ses premières années à Naples, d’où son inimitable accent. Sa mère et lui s’installent à Nice 1949 et à la fin des années 1950, Ben ouvre son magasin, rue Tonduti-de-l’Escarène où va se forger le début de sa renommée.

S’inscrivant dans le contexte post-duchampien, et influencé par John Cage, George Maciunas, Dada et Isidore Isou, posant la question « Que faire après Duchamp ? », Ben choisit pour atelier le monde entier. De 1963 à 1967, il écrit dix films conceptuels. Le premier était une déclaration-affiche collée sur les murs de Nice et de Cannes au moment du  Festival de Cannes.

C’est ainsi que commence la longue histoire de Ben, certains diront sa carrière, avec les actions célèbres dont je vous encourage à lire les descriptions dans Wikipédia Ben (artiste) : / La signature/ Les gestes /Les actions / Les performances / Les tracts /Les revues / Les lettres d’information / L’art postal / Les débats de Ben / La photographie / Engagement / Les écritures / La signature / Les performances / Les revue / Les lettres d’information / La nouveauté / L’ego / Les ethnies /[ Le doute.

Etc, etc.

Cet article comporte 1 commentaire

  1. Chère Hélène, Amie précieuse comme une rose des sables…
    Nous sommes éloignés d’une frontière qui n’est plus qu’un confin
    …Et si proches par nos sensibilités et élégances face à l’adversité.
    Ton silence triste et récent, ces quelques lignes du jour à ces deux là…
    bouleversent la réalité et le manque peut-être aussi…Déjà !
    « Le réel coule entre les mots » ne sachant plus très bien et si bien que cela
    où se niche le réconfort, la force de dire NON… l’envie de dire OUI.
    Faut il des départs ? aussi pénibles et remuants soient ils pour réveiller un peu, beaucoup, passionnément notre altérité; Françoise Hardy et Annie-Ben…
    Faut il des crises ? de régime…de bananes, pour attérir sur la piste des révélations de personnalités ! Que ce soit à Gauche…au Centre et à Droite…Nous sommes aux extrêmes de la bêtise et de la vantardise sans warning ! Nous sommes à l’Ouest…

    Dans le PAF audio visuel récent: J’ai aimé ces « gosses » de moins de dix sept ans « lire à voix haute » des textes de grandes signatures. « Ça remonte la morale », ces petites choses si importantes, comme dirait Coluche.
    Parmi eux, tous gagnants… s’est lu un des passages les plus émouvants du Petit Prince
    (Aujourd’hui, publicité d’une voiture de marque…française, la série Saint Ex.)

    « Cette nuit là je ne le vis pas se mettre en route.
    Il s’était évadé sans bruit. Quand je réussis à le rejoindre il marchait décidé, d’un pas rapide. Il me dit seulement:
    – Ah tu es là…
    Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore:
    – Tu as eu tord, tu aura de la peine. J’aurai l’air d’être mort et ce ne sera pas vrai…
    Moi je me taisais.
    – Tu comprends. C’est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps là. C’est trop lourd.
    Moi je me taisais.
    – Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n’est pas triste les vieilles écorces…
    Moi je me taisais.
    Il se découragea un peu. Mais il fit encore un effort:
    – Ce sera gentil, tu sais. Moi aussi je regarderai les étoiles. Toutes les étoiles seront des puits avec une poulie rouillée. Toutes les étoiles me verseront à boire…
    Moi je me taisais. » Antoine de Saint-Exupéry.

    Mon Amie La Rose me l’a dit ce matin…
    …On est bien peu de choses.

    À Ciao, J.J.

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