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"Benedetta", photo Guy Ferrandis SBS Productions

« Benedetta », de Paul Verhoeven

« Benedetta », photo Guy Ferrandis

Avec Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphné Patakia, Lambert Wilson…
2h12
Sorti le 9 juillet 2021
Synopsis
Au 17ème siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des sœurs..

Un film de Paul Verhoeven est toujours un événement cinématographique et provoque son lot de controverses. Trente ans après le fameux «Basic Instinct», le réalisateur hollandais revient fouler les marches du festival de Cannes en dévoilant son nouveau film avec Virginie Efira.
Paul Verhoeven n’a rien perdu de sa provocation en adaptant le livre de Judith C. Brown « Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne» (1987), relatant l’histoire de Benedetta Carlini. Il est a noter que le scénario fut d’abord confié au regretté Jean-Claude Carrière. C’est finalement à David Birke, scénariste de «Elle» que revint la tâche de s’atteler à l’adaptation du livre. On y retrouve les thèmes chers au réalisateur, les femmes, le sexe, la violence et la religion, présents de ses premiers films hollandais à ses succès internationaux.
Si «Benedetta» s’ouvre sur une carte postale de la Toscane, le film ne déroge pas à la règle et la provocation est bien au rendez-vous. L’ambiance monacale et âpre rappelle un instant «Le nom de la Rose» de Jean-Jacques Annaud, mais l’impression se dissipe très rapidement. Paul Verhoeven nous projette immédiatement dans un univers de femmes dont l’héroïne Benedetta Carlini se voue au Christ, et dont ambiguïté ira croissante entre machiavélisme, mysticisme et supercherie.

De condition aisée, elle est littéralement vendue par ses parents dès son enfance, aux religieuses d’un couvent en Toscane où elle va grandir et s’instruire. Lors d’une visite de ses parents, Bartholomea (Daphné Patakia), une jeune paysanne va demander asile aux sœurs du couvent afin d’éviter les viols incestueux de son père et ses frères. Pour les deux femmes, la religion apparaît comme le seul moyen de s’affranchir du joug patriarcal. Cependant, le réalisateur ne présente pas l’Église comme un refuge idéal. On retrouve la jalousie, l’envie et le désir dans cet environnement de femmes. Les scènes rêvées ou fantasmées de Benedetta qui vit au premier degré son rôle d’épouse de Dieu signent l’aspect anticlérical du propos.
Ses visions sont traversées par la violence qui laisse percevoir le trouble qui envahit peu à peu la jeune nonne dévorée par le désir. Il traduit ses pulsions sexuelles en délires schizophréniques et violents. Verhoeven ne prend pourtant pas parti en condamnant Benedetta et filme les miracles comme étant réels, en laissant le débat contradictoire aux autres religieuses. Le spectateur est libre de penser qu’elle avait réellement des visions du Christ ou qu’elle était capable de ressusciter. Le style de mise en scène réaliste et au plus proche de la vérité est encore une fois la voie empruntée par Verhoeven.

« Benedetta », Charlotte Rampling, Virginie Efira

La longue expérience du réalisateur néerlandais est un bien précieux qu’il alimente à chaque film. De ses débuts dans les documentaires, il en est resté ce sens de la vérité et de la précision enrichi par son attrait pour les sciences. Il aborde la religion, qui le passionne de la même manière, du côté critique et historique. De sa longue filmographie, on notera ce goût du détail qui jalonne ses différentes périodes, en Hollande («Turkish Delices»1973) puis aux États-Unis («Robocop» 1987, «Total recall» 1990, «Basic Instinct» 1992, «Showgirls»1995…). Son sens de l’excès et l’exagération lui fera quitter les États-Unis pou revenir en Europe et réaliser en 2006 l’excellent «Black Book» en 2006.
En 2016, il tourne «Elle», en France avec un casting français, Isabelle Huppert en tête et Virgina Efira dans un second rôle de femme très pieuse. La comédienne belge s’était jusqu’alors illustrée dans de nombreuses comédies à succès («L’amour c’est mieux l’après-midi» de Dominique Farrugia en 2010, «20 ans d’écart» de David Moreau en 2013, «Caprice» d’Emmanuel Mouret en 2015, «Le grand bain» de Gilles Lellouche en 2018). Elle opère un premier virage dramatique en 2016 avec le très réussi «Victoria» de Justine Thiriet, puis «Adieu les cons» d’Albert Dupontel en 2020 et bien sûr «Elle» en 2016.
Avec «Benedetta», Paul Verhoeven lui offre le plus grand rôle de sa carrière. Totalement à l’aise dans le rôle de cette nonne mystique et lesbienne, elle s’impose dans les scènes de visions teintées de violence comme dans les scènes de sexe. Elle illumine le film de son naturel, qui nous attendri autant qu’il nous effraie. Il mêle à souhait les sentiments de cette femme, dévouée à Dieu, profondément croyante et pieuse, submergée par ses pulsions et son ambition. Elle deviendra l’abbesse du monastère supplantant la mère Felicita (Charlotte Rampling) impuissante, qui se ralliera finalement à elle, alors que la peste fait rage dans toute l’Italie.
Paul Verhoeven impose avec ce film tous ses thèmes de prédilection, il n’avait jamais aborder la religion de manière aussi directe. Toujours en mettant les femmes au devant de la scène, il décortique la foi en Dieu de façon méticuleuse, quasi scientifiquement, sans jamais juger. Ce n’est pas la foi de Benedetta qui sera remise en cause mais son homosexualité, elle sera condamnée pour ça. Sur le point d’être béatifiée, elle finira ses jours dans son couvent mais isolée de tout pendant plus de trente ans.

Verhoeven souligne l’ambiguïté du personnage à travers un récit épique et historique dans une Italie alors ravagée par la peste. A aucun moment, on ne saura si elle affabule, prophétise ou ambitionne une prise de pouvoir au sein de sa communauté. Il n’élude pas l’aspect sexuel de l’histoire, au contraire, il en profite pou relater le traitement de l’homosexualité cachée dans la religion catholique et aborde les scènes de sexe avec réalisme, avec le souci du détail (!).

Isabelle Véret

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