Albert Camus
Albert Camus

Camus ! Le Florentin…

 

 

« Une année brûlante et désordonnée qui se termine et l’Italie ;

l’incertain de l’avenir

mais la liberté absolue à l’égard de mon passé et de moi-même. »

Albert Camus ; Cloitre de San Francesco, Fiesole, Septembre 1937.

Florence, vue de Fiesole

Il y a bien eu le demi-siècle d’une attente enflammée dans « L’amour au temps du choléra » du Sieur Gabriel Garcia Marquez, le Colombien. Et puis revoilà, en ces temps de catastrophes ; « Camus l’Algérien ». Albert ; l’enfant pauvre né à Mondovi 1* à la ferme Saint Paul…en 1913. Porté par sa mère analphabète, pupille de la nation, tuberculeux, boursier de l’école républicaine, gardien de but…dans l’enfance et « tifoso

» de la balle ronde à l’âge adulte, amant de la vie libre, Don Juan romancier…

Déjà coquin sur la photo d’équipe de football, casquetté comme un poulbot. Camus, le veilleur de nuit qui ensoleille nos jours en ce temps de perte de la boussole de l’amour du prochain. Soumis à l’exigence créative dans son engagement à gauche « malgré moi et malgré lui », moraliste non puritain, héros de la résistance et pacifiste acharné, en exil à Paris, journaliste polémiste dans Alger républicain et pour « Combat » né de la résistance avec Jean-Paul Sartre.

Albert Camus, adversaire infatigable de la peine de mort… Enfin, « Assoiffé d’amour » dans des histoires de cœur où le pluralisme jouxte avec l’appartenance à une seule, soutenue par une littérature épistolaire majeure, l’Amour sans conditions et dénué d’interdit ; Sa grande Maria Casarès. L’ambiguïté faite homme par ses origines confuses et le chaos affectif entre le manque du père et la présence d’une mère née Sintés, effacée mais  « »belle »,  dévouée à la réalité qui cogne et cognera encore…sa surdité.

« À travers ce que la France a fait de moi inlassablement toute ma vie j’ai essayé de rejoindre ce que l’Espagne avait laissé dans mon sang et qui selon moi était la vérité » 2*

…Belle confession de son amour maternel.

Il y a bien eu le demi-siècle d’une attente enflammé dans « L’amour au temps du choléra » du Sieur Gabriel Garcia Marquez, le Colombien. Et puis revoilà, en ces temps de catastrophes ; « Camus l’Algérien ».

Albert ; l’enfant pauvre né à Mondovi 1* à la ferme Saint Paul…en 1913.

Camus gardien de but

Porté par sa mère analphabète, pupille de la nation, tuberculeux, boursier de l’école républicaine, gardien de but…dans l’enfance et « tifoso » de la balle ronde à l’âge adulte, amant de la vie libre, Don Juan romancier…

Déjà coquin sur la photo d’équipe de football, casquetté comme un poulbot.

Camus, le veilleur de nuit qui ensoleille nos jours en ce temps de perte de la boussole de l’amour du prochain. Soumis à l’exigence créative dans son engagement à gauche « malgré moi et malgré lui », moraliste non puritain, héros de la résistance et pacifiste acharné, en exil à Paris, journaliste polémiste dans Alger républicain et pour « Combat », né de la résistance avec Jean-Paul Sartre.

Albert Camus, adversaire infatigable de la peine de mort…

Enfin, « Assoiffé d’amour » dans des histoires de cœur où le pluralisme jouxte l’appartenance à une seule, soutenue par une littérature épistolaire majeure, l’Amour sans conditions et dénué d’interdit ; Sa grande Maria Casarès.

Camus et Maria Casares

L’ambiguïté faite homme par ses origines confuses et le chaos affectif entre le manque du père et la présence d’une mère née Sintés, effacée mais « belle », dévouée à la réalité qui cogne et cognera encore…sa surdité.

« À travers ce que la France a fait de moi inlassablement toute ma vie j’ai essayé de rejoindre ce que l’Espagne avait laissé dans mon sang et qui selon moi était la vérité » 2*…

Belle confession de son amour maternel.

Cette « chute », dont je souhaite assumer entièrement la constatation dans cette reconnaissance, me rappelle la découverte de notre prix Nobel de littérature de 1957.

« L’étranger » et « La peste » ; lectures de nos années de lycée. Nous avions 17 ans. On n’est pas vraiment sérieux quand on a 17 ans… Mais portés par les fleuves impassibles de la vie-Avenir, nous étions sensibles et conscients de la portée universelle de l’auteur de ces deux romans. Particulièrement Meursault, le héros éponyme et absurde de « l’étranger à lui-même », Camus en personne. Ces deux mots ; deux titres qui flottent aujourd’hui comme les nuages immatériels de la révolte et de l’absurde, sur notre terre de sang et de vents mauvais nous rappellent à l’Histoire. Absurde et sublime, forcément sublime de porter dans nos mains irresponsables, la bannière blanche de la paix littéralement déclamée toute sa vie durant par « Il grande » Camus… Jusqu’à en devenir « l’écriture blanche ».

Dans ces Cahiers (1938-1945 t. II) Albert définit l’endroit où sa philosophie s’exprimera ; « On ne pense que par l’image. Si tu veux être philosophe, écris des romans. »

Car s’il est un homme ; le dernier pour les événements auxquels nous penserons et le « premier homme » 3* qui demeure le porteur inébranlable d’une philosophie absente de nos réflexions sur ces guerres, sinon sans noms au moins imbéciles : des guerres entre hommes du même sang, ce liquide rouge qui coule dans les veines de chaque être vivant dont le générique et la génétique commencent par la lettre H… L’humain, l’humanité, L’Humanisme ; triade du refrain d’une chanson dont le texte s’alourdit aujourd’hui des pesanteurs du passé.

Le passé ne passera pas !

Il est inscrit désormais dans les arcanes mystérieux de la génétique humaine sous la forme de ces petites molécules (Histones) représentant l’épigénétique ; véritables « post-it », insérés à quelques endroits et « en-droit » des pages du grand livre de l’ADN humain, le code génétique :

– 1953, Watson et Crick 4* :

Découverte de cette double hélice moléculaire constituée de quatre bases d’acides aminés, se combinant entre elles pour des milliards de possibles. Unique combinaison pour chaque individualité, chaque humain qui nait sur cette planète terre, tête d’épingle dans le grand trou noir de l’univers… Sans oublier, que les travaux de ces deux-là ont abouti grâce aux observations fixées sur une plaque photographique, par une Dame qui a « échappée » à la récompense de Stockholm ; Rosalind Franklin.

Hasard ou nécessité ?

– Juin 2000 – États-Unis :

Début du décodage du code génétique. C’est-à-dire, la traduction « en clair » du langage de cette double hélice antiparallèle. Telles parties étant programmées pour donner l’ordre du développement d’une structure ou d’une fonction pour l’embryon, le fœtus et neuf mois plus tard, « L’être » qui va se présenter à la vie terrestre aérienne, après sa plongée dans la nuit utérine. Bill Clinton, locataire de la maison blanche et porteur de la nouvelle déclare : « Aujourd’hui, nous déchiffrons le langage avec lequel Dieu a créé la vie » … L’occupant du bureau ovale, se mouille d’une déclaration de moraliste puritain.

Poursuite des hostilités !

…Sur cette terre sainte, la Galilée, qui a vu naitre un Monsieur de grande écoute, qui à l’âge de 33 ans s’est éclipsé, sacrifié sur une croix…entre deux voleurs. Pour Nietzsche, Dieu était déjà mort !

– 2022 – 2023, aujourd’hui ! :

Fin du décodage de la totalité du code génétique. Vingt ans de travaux pour lire et traduire un livre de quelques Angströms (Unité de mesure basé sur le système métrique – dix Angström mesurent un milliardième de mètre…). La masse de l’ADN d’un humain pèserai 223 Grammes ! Alejandro Gonzàlez Iñárritu, metteur en scène de « The revenant », avait prédit dans un de ses premiers films que l’âme humaine pesait…21 grammes.

Insoutenable légèreté de l’être…

– L’ARM messager :

Il a bien fallu découvrir « Le Lien », avec ce noyau de la cellule apparu il y un milliard d’années plus tôt que vous et moi, un mode de communication entre l’arbitre et les joueurs de la vie, entre le code et le plan. Relier les cellules de notre économie générale et les constituants de notre « écologie intérieure », véritable microcosme saprophyte qui définit une carte d’identité microscopique de ce que nous sommes et serons sous l’influence de l’environnement et des événements…en un tout. L’ARN est bien dans le corps de la cellule, entre le noyau chromosomique et la membrane cellulaire, véritable intelligence de la cellule par sa propriété essentielle ; communiquer avec les autres cellules et par contiguïté avec la totalité du corps-esprit.

L’ARN est le messager et le précurseur de l’ADN. Le monobrin donne sa réplique par trois fonctions ; Transcrire-Transmettre-Décoder. Personne aujourd’hui n’est capable de prédire ou de prévoir ce que la modification par l’homme de cet ARN messager pourra modifier du génome pour les générations de cellules à venir…

Et Camus dans tout cela ?

Albert Camus

Nous le situerons en « border line » entre les deux rives d’une mer dite Méditerranée, ce bassin entre deux cultures sans frontières, entre trois religions, entre sa mère d’origine Espagnole et sa promesse d’exilé, partagé entre sa terre native, l’Algérie et la terre de ces ancêtres français, d’origine Briarde. Une bipolarité si vous le voulez bien…ou encore une multipolarité génétique.

Ce fils fracturé ; entre la photo d’un père habillé en zouave de 1914, qu’Albert n’a jamais connu par défaut et sanction de la première guerre mondiale…et la présence marquante d’une grand-mère inculte et puissante, qui refuse les injonctions de son maitre d’école, Monsieur Germain, d’orienter fraternellement l’enfant surdoué vers l’enseignement supérieur. L’instituteur, auquel l’auteur du « premier homme » va donner le nom-prénom romancé et bien français…de monsieur Bernard.

Cette autobiographie, dont le manuscrit se trouve dans la serviette de Camus au cours de son dernier voyage de retour de Paris avec son ami Gallimard, reste inachevé par la force du destin. Ce « putain » d’arbre, au bout d’une ligne droite déserte, sans obstacles, sous le soleil de Provence, dans la joie ultime d’une vacance d’amitié partagée, amoureuse et tendre…La Nationale 7 déroulant son tapis de bitume au coupé Facel Véga. Comme ce « putain de camion 5* » nous enlèvera Michel Colucci, clown lucide et absurde, mais engagé, qui portera l’altruisme jusqu’au resto du cœur.

Aujourd’hui, les restos ont mal au cœurs…et Coluche gronde !

Car c’est bien de cœur dont il s’agit dans la relation entre un guide, fût-il d’influence laïque et républicaine et ses élèves, considérés chacun comme des personnes pour qui les leçons des choses de la vie sont des ouvertures à la dignité humaine. Pour ces enfants de l’Algérie du demi-siècle dernier, qui ne connaissaient que le sirocco, le sable des plages et la mer ensoleillée, la misère aussi pour la plupart d’entre eux ; lisant avec application des manuels en usage dans la métropole, leurs apparaissant comme étant l’exotisme même, la curiosité faite engagement. Cet « exotisme studieux » facilitant l’imaginaire de l’enfant, existe-t-il encore aujourd’hui sur les écrans de nuit et dans les jardins des enfants clonés du XXIème siècle ?

« À ce que furent la chair, les larmes et le sang

Quand rien n’est plus ce qu’il était avant…

Souvenez-vous que la folie les guette

Dans ces massifs aux lustres éclatants…

A quelques faux moineaux jetant de fausses miettes…

Et nous peut-être un jour, les imitant

Souvenez-vous que la folie les guette…Les imitant. » 6 *

…Paix à Samuel Paty.

Où est aujourd’hui l’homme qui comme Camus se lèvera…à la révolte ? L’auteur d’une correspondance sans équivalent, adressée à l’aimée, ne se doutait pas que nous perdrions ses repères plantés comme des balises sur le chemin de mer. Que nous ne saurions plus retrouver la route du bon sens pour ses « étrangers », de sangs constitués, qui traversent tragiquement cette mer dont il n’a cessé de tenter de réunir les deux rives en une entente sensible et intelligente. Que le conflit et « la rupture » entre deux philosophes ; Sartre et Camus pour une raison politique et intime ne les sépareraient pas de la reconnaissance de l’homme en tant qu’être vivant, qui est « ce qu’il se fait » depuis son apparition à la vie.

L’existentialisme est à ce titre un Humanisme dans le sens où nous sommes tous responsables de ces femmes, enfants, hommes qui sont « faits de tous les hommes » qui les valent tous et que vaut n’importe qui. 7 *

Que la génétique n’est qu’un signal, un arbitre de la loterie hasardeuse des combinaisons aléatoires et quelquefois improbables, entre deux êtres vivants portant l’un et l’autre les traces inscrites de notre environnement, notre stress, notre amour…pour le prochain ; valises épigénétiques de « nos » histoires sous la forme de ces post-it de rappel insérés dans le livre chromosomique de la vie.

Que l’épigénétique est au-dessus de la génétique.

Enfin, que certaines de ces marques qui redéfinissent l’expression du génome dans le temps par l’évolution, est un des témoins possibles de la première expression sensible de l’humain : « le langage et le faire », ce qu’il « est » et ce qu’il « se fait » par son potentiel créatif, l’art et le spirituel. Camus porte en lui les traces d’une épigénétique qui révèlera son « été invincible » 8 *.

Guerres et Paix !

…D’Algérie, du Vietnam, des Malouines, d’Irlande, de l’Irak-Koweït, du Zaïre ex Congo, d’Ukraine, du conflit Israélo-Palestinien ! de mémoire vive… Après avoir constaté « le pire de la cruauté humaine » avec la Shoah, promis « plus jamais ça ! », la génération du « baby-boom » a porté une dette indélébile à cette promesse. Nous pensions que la chute du mur absurde des idéologies en 1989, promettrait un siècle de « Peace and Love » initiée par la révolte libertaire des années 1970.

L’homme est « essence » dans le sens où il est responsable de ses actes tout au long de son existence aussi absurde soit-elle.

La prédiction contestée de André Malraux semble bien se confirmer : « Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas. » Toutes ces guerres, empreintes d’intégrisme religieux ou de radicalité politique reposent sur le matérialisme illogique et paradoxal des conflits (la vente des armes…la dissuasion par le nucléaire) et le mépris du droit à la reconnaissance d’une nation inscrite dans l’histoire et dans les trois religions monothéistes. La plus préoccupante du présent se règle entre décideurs de l’extrémisme, pour une cause extrêmement condamnable ; le massacre d’une population, d’une langue de terre jusqu’au silence des morts et au seul bruit des vagues…sous les yeux masqués du monde dit libre. La nuance est morte par exclusion de l’unité à croire en la confiance de l’homme.

Camus et Sartre pourraient s’inscrire dans une sorte de « religion pure » où essence et existence rejoindraient la préoccupation majeure de notre civilisation ; le sauvetage sinon le respect d’une planète mise à mal par cette seule corrélation causale de véridiction ; la destruction par l’homme de l’écosystème du vivant…qui déséquilibre le climat et les saisons pour l’homme et tous les locataires vivants sur cette terre dont les guerres représentent « les points chauds » et périlleux de notre condition humaine, comme les volcans en activité sont les témoins des caprices du noyau profond de la terre ; épisodes imprévisibles de catastrophes craintes mais nécessaires à l’équilibre tectonique des plaques.

Sauf que ! Les guerres n’ont rien de nécessitant…si ce n’est la paix. Et d’autre part déjà ; Victor Hugo annonçait que « C’est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas. »

– Sartre est issu du livre, d’une bibliothèque de la vie aisée et suspendue à la surprise du lendemain, par réaction à la culture bourgeoise qu’il combattra dans les cafés et les caves de Saint-Germain-des-Près ou sur un bidon d’essence à la porte des usines Renault de Billancourt en mai 68…

– Camus émerge de la pauvreté, de la vie dure, de l’école laïque et républicaine qui le hisse, non sans résistances, à la rencontre essentielle de deux guides, deux frères d’esprit et de cœur, deux philosophes de la vie ; son instituteur Monsieur Germain et son professeur de philosophie Jean Grenier.

Sartre pense à partir du livre, de la raison et de la morale Kantienne. Il refusera le Nobel qui lui est accordé pour « l’être et le néant ».

Albert pense à partir de l’évènement fugace et éphémère, dont la tuberculose lui donne l’intensité d’une vie en sursis, une absurdité quotidienne face à la beauté des noces du soleil et de la lune. Il remerciera son maitre d’école par le Nobel mérité.

Voilà toute la différence !

« Pour moi, si je me sens à un tournant de ma vie, ce n’est pas à cause de ce que j’ai acquis, mais de ce que j’ai perdu. » (…)

« Si aujourd’hui me trouve si loin de tout, c’est que je n’ai d’autre force que d’aimer et d’admirer. Vie au visage de larmes et de soleil, vie dans le sel et la pierre chaude, vie comme je l’aime et je l’entends, il me semble qu’à la caresser, toutes mes forces de désespoir et d’amour se conjugueront. » 9 *

Albert Camus, « L’être passionné de vivre et de connaître » nous transmet « l’essence » même de la vie avant « l’existence » de Sartre.

L’épigénétique de Camus se trouve dans les marques pages du Mythe de Sisyphe.

Peut-on imaginer Sisyphe heureux ?

Camus, enfant

Albert, l’enfant algérien est le gardien de but d’une philosophie de l’existence heureuse, d’une générosité au présent, seule porte ouverte vers les silhouettes encore indistinctes du futur. « Soit l’ami du présent qui passe. Le futur et le passé te seront donnés par surcroit. » Clément Rosset.

Louis Germain ; premier homme essentiel pour avoir détecté l’optimisme et le plaisir d’être en classe d’Albert, lui rappelait dans une lettre touchante après la dédicace de Camus à son maitre pour le « Discours de Suède » aux Nobels, ce que son propre directeur d’École normale disait à ses élèves :

« La nature tient un grand livre où elle inscrit minutieusement tous les excès que vous commettez. »

Et le conseil personnel de Germain à son élève fut respecté, avec application :

« Alors dis, essaye de garder blanche la page qui t’es réservée sur le Grand Livre de la nature. »

Dans un très beau livre « L’homme-chevreuil », Geoffroy Delorme, au contact solitaire de la nature pendant sept années, rapporte : « La nature vous détruit d’abord, avant de vous reconstruire…beaucoup plus tard. » Si cette loi naturelle est justifiée, c’est qu’elle porte un sens beaucoup plus profond : Il n’y a pas de retour en arrière avec mère nature. Le moule initial est brisé sans pouvoir refaire ce qu’elle a brisé. Cette destruction est plutôt une remobilisation de ce qui reste pour une autre perspective, une autre fonction plus adaptée aux conditions de l’évolution et au temps des catastrophes…On ne se baigne jamais dans le même humain !

« Dans le nombre infini de combinaisons que l’avenir renferme, vous ne reverrez pas deux fois la même humanité, ni la même flore, ni le même faune. » Edgar Quinet, 1870.

L’environnement, la perception, donc nos sens, le temps influencent la génétique par l’épigénétique.

Dans le sens où si l’homme est bien « ce qu’il se fait » au cours de son existence, il est aussi cette essence dont la composition de sa totalité visible et invisible, contient les traces d’un passé et la perception d’un présent qui se modifient et lui permettent de s’adapter aux bruits de la civilisation en cours.

 

En épilogue de ce propos, je souhaite remercier avec tendresse, une autrice française née en Algérie, qui par son histoire et sa vie universitaire s’est consacrée en grande partie à l’œuvre de Camus et à des auteurs plus surréalistes comme Michel Leiris, l’ethnologue.

Merci à Catherine Maubon qui vit en Toscane et dont le dernier ouvrage paru ; « Albert Camus – Vivere in tempi di catastrofe. » a guidé cette visite de l’héritage du prix Nobel de littérature de 1957.

Albert entrant en Italie, terre faite à son âme où… « l’âme y use ses révoltes ».

Camus pensant que l’art, n’était pas à ses yeux, une joie solitaire. Mais au contraire un moyen, aujourd’hui nous dirions un média, offert au plus grand nombre pour décrire une image de la souffrance et de la joie des hommes.

L’art, obligeant l’artiste et le soumettant à la vérité la plus humble et la plus universelle.

En ce temps anniversaire du centenaire de la naissance du surréalisme (1923-24), doctrine avant-gardiste, portée par la voix de André Breton dans son manifeste, la vérité universelle semble bien bafouée par « les lâches » et « les salauds » définis par Jean Paul Sartre dans la conférence

« l’existentialisme est un humanisme », le 29 octobre 1945 à Paris. 10 *

 

Camus ! 110 ans de solitude essentielle et existentielle.

Albert, le poulbot d’une cause juste et à bout de souffle, retient particulièrement notre attention aujourd’hui :

– L’absurde est à son apogée avant qu’il ne bascule dans une autre horreur.

– L’existence ne peut se passer de l’essence de l’homme portée par son intimité et son immunité génétique…

– Seule La beauté demeure, contenue dans le mandala de la nature, dans sa poésie, son génie créateur.

C’est à l’Homme, seul responsable de ces catastrophes et de cette intégrité en danger, que reviens de rendre des comptes à la nature et par là, à Sa nature.

 

Jean-Jacques Campi, décembre 2023.

Notes * /

1* : Mondovi, aujourd’hui Deraan fut nommée par Napoléon III et la colonisation de cette région, près d’Alger à l’intérieure des terres regardant la mer. En rappel de la campagne d’Italie…

2* : Albert Camus, Carnets III. Mars 1951-décembre 1959 ; cahier VIII, page 216.

3* : Le premier homme ; Dernière œuvre, incomplète, dactylographiée à partir du manuscrit des cahiers VII, par Francine Camus. Autorisé par Catherine Camus et édité par Gallimard en 1994.

4* : Le 25 avril 1953, dans la revue Nature, James Watson et Francis Crick démontrent la structure à double hélice de l’Acide Désoxyribo Nucléique (ADN). Ils recevront le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1962 avec Maurice Wilkins.

5* : Titre d’une chanson de Renaud, en hommage à son ami Coluche, mort dans un accident de moto le 19 juin 1986, parrain de sa fille Lolita. Album du même titre en 1988. « Putain j’ai la rage contre ce virage et contre ce jour-là…»

6* : Les enfants du XXIème siècle, Chanson. Gérard Manset, album ; le langage oublié. 2004 – EMI.

7* : La citation exacte de J.P. Sartre se trouve à la dernière page de son autobiographie, Les mots – 1964 : « Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-t-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. »

8* : « Au beau milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible. » Dans L’été, retour à Tipasa ; page 170. Le livre de poche – 1968.

9* : Albert Camus, Carnets I. mai 1935 – février 1942, page 67.

Fiesole, 15 septembre 1937, cloitre San Francesco. Toscane.

10* : Au nom de cette volonté de liberté, impliquée par la liberté elle-même, Sartre émet un jugement : « Les uns qui se cacheront, par l’esprit de sérieux ou par des excuses déterministes, leur liberté totale, je les appellerai lâches ; les autres qui essaieront de montrer que leur existence était nécessaire, alors qu’elle est la contingence même de l’apparition de l’homme sur la terre, je les appellerai des salauds. » Page 70-71 ; Folio essai – 1996. Par Arlette Elkaïm-Sartre.

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