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Ceux qui savaient

Alors que sagement allongée sur mon lit, je lis « La familia grande » (un compte-rendu peut-être prochainement), la bombe médiatique de Camille Kouchner sur le viol de son frère jumeau par Olivier Duhamel, son beau-père, mon ordinateur sonne pour me signaler qu’un texte de Christian Bernard* « Claude Lévêque et les nouveaux censeurs » vient d’être publié sur Sitaudis, le blog de Pierre le Pillouër.

Dans cet écrit, Christian Bernard* nous informe (je le citerai le plus souvent) que contrairement à l’affirmation : « tout le monde savait » au sujet de « La révélation par Laurent Faulon des agissements de prédateur sexuel de Claude Lévêque à son encontre qui (ndlr) a sidéré beaucoup d’acteurs du monde de l’art. », lui Christian Bernard, bien qu’ayant exposé l’artiste à de nombreuses reprises, ne savait pas. Quelle importance, après tout, que Christian Bernard sache ou ne sache pas ce qu’on reproche à Lévêque (l’artiste n’est pas encore jugé, il me semble) et pourquoi se sent-il visé par ce qui pourrait être perçu comme « la complaisance d’un milieu arrogant » ? Pourquoi, en revanche, incriminer d’autre responsables culturels ? «Ceux qui ont dit cela, je pense en particulier à Stéphane Corréard*, sont indécents. Ils ne peuvent de fait se décompter du nombre de « ceux qui savaient » et par conséquent de la quantité des complices qu’ils dénoncent. »

Je comprends moins encore sa déclaration qui, pour le moins, m’a fait sourire : « J’ai écrit sur son travail. J’ai donc nécessairement côtoyé cet artiste en maintes circonstances. Je l’ai parfois vu accompagné de jeunes gens, ses assistants disait-il, je ne l’ai jamais vu faire un geste qui aurait dévoilé une inclinaison sexuelle quelconque. »

En revanche, comme Christian Bernard, je constate que « C’est ainsi. Il faut admettre que la sensibilité actuelle aux « violences sexuelles » infligées aux enfants est un phénomène récent et donc tardif. Il y a dix, vingt ou trente ans, la société ne voyait pas cela aussi clairement. Sans parler des années 1970 et de la première moitié des années 1980. La liberté sexuelle était alors ouverte par principe. »

Et je me félicite de ce changement de mentalité en faveur des victimes.

La conclusion de Christian Bernard est celle-ci : « Aujourd’hui, la carrière de Claude Lévêque semble durablement interrompue. Personne n’osera montrer son travail, personne n’osera l’acheter publiquement. Les institutions vont organiser sa disparition. Pathétique résultat d’une juste plainte. Il y a quelque chose d’infâme dans cet escamotage automatique d’une œuvre admirée l’instant d’avant. Honte soit sur les nouveaux censeurs, pourtant « ceux qui savaient ». On mesurera un jour comment, petit à petit, les pouvoirs publics ont délégué la censure aux responsables institutionnels. Profession servile s’il en est. Qui se souvient du temps où nous protestions régulièrement contre les actes de censure des élus de tous bords ? Ils s’en lavent aujourd’hui les mains : « Circulez, il n’y a plus rien de déviant à voir ! ».

Cette juste colère est là encore pour me surprendre car je n’en comprends pas bien la teneur. Il est vrai qu’il sera difficile pour Lévêque de sortir la tête de l’eau, condamné ou pas. Mais si son œuvre a la valeur qu’on lui prête, elle se réaffirmera un jour, et ça n’empêche pas aujourd’hui, certains de ses collectionneurs de l’aimer, même s’ils exécrèrent l’homme. Dernier point d’interrogation, qui sont ceux que Christian Bernard désigne par : « On mesurera un jour comment, petit à petit, les pouvoirs publics ont délégué la censure aux responsables institutionnels. Profession servile s’il en est », n’en fait-il pas lui-même partie ?

De mon point de vue, certes discutable, une œuvre d’art est une entité, et en tant que telle, elle n’a rien à voir avec la morale. Si les bibliothèques, les musées, les galeries, n’avaient gardé que les œuvres en accord avec la morale et la bien-pensance, notre monde de l’art serait bien fade ! Pas de Caravage, de Baudelaire, de Verlaine… Pas de Divin Marquis !

Un petit PS : Si mon opinion peut paraitre laxiste, je fais cependant une  grande distinction entre les oeuvres dont le sujet est le prosélytisme de la pédophilie (exemple : Matzneff) et celles crées par des artistes accusés de pédophile (Polanski), nuance…

 *Christian Bernard est un directeur de musée et institution culturelle. Après avoir dirigé la Villa Arson à Nice, il est en 1994 le premier directeur du Mamco, musée d’art contemporain de Genève, qu’il dirige en collaboration avec Françoise Ninghetto. 

*Stéphane Corréard est spécialiste de l’art contemporain depuis près de trente ans, commissaire de 2009 à 2015 du Salon de Montrouge, contribue désormais régulièrement à l’émission La Dispute sur France Culture. Il est aussi régulièrement invité à réaliser des expositions dans des institutions (le Palais de Tokyo, la Villa Arson) et des galeries (Christian Berst, Kréo, Gabrielle Maubrie).

*Claude Lévêque est un artiste plasticien français, né le 27 février 1953 à Nevers Il vit et travaille entre Montreuil et La Charité-sur-Loire

https://www.sitaudis.fr/Incitations/claude-leveque-et-les-nouveaux-censeurs-1611740572.phpMerci

 

Pour se remettre dans l’ambiance des années 70.

Intégralité de l’émission « Dialogues », diffusée sur France Culture en 1978, enregistrée en 1977. Avec Michel Foucault, Guy Hocquengh et Jean Danet

Quand des intellectuels français défendaient la pédophilie

Par Cécile de Kervasdoué et Fiona Moghaddam

La pédophilie n’a pas toujours été condamnée par les intellectuels français. À partir des années 1970, de nombreuses personnalités de tous bords politiques ont demandé, au nom de la liberté, que la loi permette aux adultes d’avoir des relations sexuelles avec des enfants. Une question d’époque ?

« En 2013, quand il (Gabriel Matzneff, ndlr) a reçu le prix Renaudot, aucun journaliste littéraire, pas un seul, ne s’est interrogé sur le bien-fondé de cette récompense. La vie d’une adolescente anonyme n’est rien face au statut d’un écrivain ». Dans son roman autobiographique, Le ConsentementVanessa Springora dénonce la complaisance des milieux artistiques et littéraires français qui comme les médias ont jusque très récemment fermé les yeux sur des écrits qui font la promotion de la « pédophile au prétexte que l’œuvre prime l’auteur. Goût pour la transgression ou tendance de fond issue d’un mouvement pro pédophile de la fin des années 1970 ? Aujourd’hui, ces intellectuels sont mis face à leur responsabilité.

Contre la famille et pour l’homosexualité : un militantisme pro pédophile

Jean-Paul Sartre, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Gilles et Fanny Deleuze, Francis Ponge, Philippe Sollers, Jack Lang, Bernard Kouchner, Louis Aragon, André Glucksmann, François Châtelet et bien d’autres encore, de Félix Guattari à Patrice Chéreau ou Daniel Guérin ; tous font partie des 69 intellectuels français qui, aux côtés de l’écrivain Gabriel Matzneff et du romancier, journaliste  à Libération et membre fondateur du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem ont signé une tribune publiée le 26 janvier 1977. D’abord dans Le Monde puis dans Libération pour défendre trois hommes incarcérés depuis plus de trois ans pour avoir abusé sexuellement de mineurs de moins de 15 ans.

Ils demandaient la relaxe des trois hommes au prétexte que les enfants n’avaient pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire, qu’ils étaient consentants.

Le 23 mai 1977, dans les pages « Opinions » du Monde, 80 intellectuels français parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Jacques Derrida, Philippe Sollers et même Françoise Dolto, signent un autre texte pour demander que la loi décriminalise les rapports sexuels entre les adultes et les enfants de moins de 15 ans.

Libération mais aussi Le Monde ou encore France Culture. Le 4 avril 1978, l’émission « Dialogues » (enregistrée en 1977) invite Michel Foucault, le romancier et membre fondateur du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem et le juriste Jean Danet, tous trois signataires de la pétition qui demande la décriminalisation de la pédophilie. Durant une heure et quart, en public dans le studio 107, ces intellectuels vont défendre l’idée que des pédophiles sont incarcérés à tort parce que les enfants qu’ils ont abusés étaient consentants.

Intégralité de l’émission « Dialogues »,. Avec Michel Foucault, Guy Hocquenghem et Jean Danet. Ce débat sera publié sous le titre La Loi de la pudeur dans la revue Recherches n°37 d’avril 1979, avant d’être inclus dans le recueil Dits et Écrits 1976-1979 de Foucault.

Le 23 mai 1977, dans les pages « Opinions » du Monde, 80 intellectuels français parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Jacques Derrida, Philippe Sollers et même Françoise Dolto, signent un autre texte pour demander que la loi décriminalise les rapports sexuels entre les adultes et les enfants de moins

Quelques autres documents :

Figure de mai 1968, Daniel Cohn Bendit raconte alors ses gestes sexuels sur des enfants. Dans le livre Le Grand bazar (publié en 1975 chez Belfond), où il évoque son activité d’éducateur dans un jardin d’enfants

Violences sexuelles: « Enseignants, éducateurs n’en parlent pas aux enfants de peur de passer pour des pervers »

Inceste : la psychiatre Muriel Salmona dénonce « une impunité effarante »

L’inceste au fil du droit : circonstance aggravante mais pas crime en soi

 Etc, etc.

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