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Charlotte Pringuey-Cessac « Battre l’oubli –Bruit originaire (Acte IV)».

Les quelques lignes en ouverture de la brochure qu’on me confie, galerie Eva Vautier, me mettent dans l’embarras : » Battre l’oubli / Crever l’angoisse, / A corps perdu, / Jamais te contenir, / Décevoir et tenir sont autant de devises qui me permettent de résister. Face à la Contrainte s’entremêlent introspection, pas de côté et autodérision. » Trop de mots pour que je retrouve les miens.

Je suis venue redécouvrir l’œuvre de Charlotte Pringuey-Cessac, alors que très jeune artiste à peine sortie de la Villa Arson, elle avait exposé dans l’antre le plus insolite, le plus rocambolesque même, qui jouxtait le cinémas Mercury, place Garibaldi, où un homme, suisse ou belge, sous une vague appellation de musée, mélangeait des lithographies de Warhol à des œuvres d’artistes débutants… C’est là qu’après Cynthia Lemesle & Jean-Philippe Roubaud et d’autres encore, j’ai découvert les bois brulés de Charlotte Pringuey, était-elle déjà Cessac, je ne sais plus. J’ai comme un souvenir d’une maison en feu, ou plutôt, consumée, une pièce qui m’avait impressionnée par sa maturité et sa force. Ce charbon, cette poudre de brulure, je les ai retrouvés dans les noirs qu’Alexandre Dufaye avait choisi d’exposer dans son sobre et élégant appartement. Une pureté répondant à une autre…

Aujourd’hui le travail est différent, bien que de la même famille. Toujours les bâtonnets de bois brulé pour l’installation dans la grande salle de la galerie Eva Vautier mais dès l’entrée, le blanc glacé de stalactites de porcelaine et de grés, une succession de troublantes larmes que vont tenter de sécher une multitude de mouchoirs. Mais toujours du feu pour Charlotte Pringuey-Cessac, quand on sait qu’il faut à la pocelaine,1350 degrés pour se vitrifier !

Pourquoi ai-je entamé mon texte par: trop de mots qui ne sont pas les miens ? Parce qu’il me faut me contenter d’eux pour aborder un travail en évolution que je n’ai pas toujours suivi, que ce soit  Bruit Originaire Acte I, II et III, mais aussi parce que la critique (oh le vilain mot !) dans ses textes sur le travail des artistes, veut trop souvent faire œuvre en même temps.  Laissons plutôt Charlotte Pringuey-Cessac parler de son travail, elle le fait mieux que quiconque :

« L’atelier est cet espace où l’impossible laisse place au fantasme et où la matière est reine. Un espace retranché du monde d’où je peux l’observer et Embrasser la solitude pour mieux me questionner : Comment aborder une nouvelle forme si ce n’est en l’embrassant ? en la saisissant A bras-le-corps ? en la façonnant Du bout des doigts ? en l’Eprouvant corps et âme ?

Ma relation à la forme est intrinsèquement liée à la sensualité du corps et de l’esprit. Le support est une peau que je caresse, que j’empreinte, que je modèle, que j’inscris pour mieux me souvenirs de mes Combats en marge, désespérés mais salvateurs, donc vivants.

Cette peau-paroi, peau-papier, peau-tissu est un espace concret dans lequel je projette mes souvenirs, mes désirs, jamais mes espoirs. Et comme une rengaine, un refrain, je projette encore et encore, j’use de motifs pour donner une forme à regarder, à éprouver. (…)

En cours de Performance

Qu’en est-il, aujourd’hui, du travail avec le charbon de bois dont j’avais un si vif souvenir ? Il est acteur de l’installation que l’artiste a mis en place dans la grande salle de la galerie Eva Vautier. Dans un aller-retour entre des pièces faites de pâte à papier d’Arche sur lesquelles Charlotte Pringuey-Cessac a tracé au charbon de bois diverses injonctions et introspections et l’installation des mouchoirs de divers couleurs accrochés au grand mur, le charbon est matériellement présent dans sa forme originale : quelques morceaux de bois calcinés.

Lors de sa performance, l’artiste enferme le matériau dans un tissu blanc, qu’elle malaxe, écrase, créant ainsi une sorte de tampon avec lequel elle va gravir le mur d’escalade pour révéler, autour des mouchoirs, des mots, phrases et aphorismes qui ordonnent sa pensée et invoquent ses souvenirs.

Pour Charlotte Pringuey-Cessac : « Le charbon de bois a été pour moi un outil premier, qui m’a permis de m’exprimer sur le mur »  

Me plaindre de trop de mots et en utiliser d’autres, peut paraître paradoxal, même si certains sont de l’artiste, alors je reviendrais à mon rôle, celui de spectatrice, pour dire combien Charlotte Pringuey-Cessac nous donne à voir un travail à la fois puissant et fragile comme son caractère, mais aussi comme le physique de la créatrice, jeune femme brûlante de force et de beauté, en même temps que de fragilité, comme en témoignent ses larmes de porcelaine.

Charlotte Pringuey-Cessac est diplômée de la Villa Arson, en 2007.

Artiste invitée.

Travaillant également sur la mémoire et les objets, l’artiste Grecque Foteini Chalkia est invitée à présenter son travail sur ses « fantômes ». Diplômée en 2023 de la LUCA School of Arts de Bruxelles, elle présentera un travail réalisé à la School of Visual Arts à New York …   Elle présente Glass door and boy, 2023, 3 minutes, sous-titres en anglais, voix : Joana Tejo

« Glass door and boy est une courte collection d’images fixes sous forme d’une vidéo qui se concentre sur un événement probable. Un événement dont j’ai été témoin dans mon précédent appartement à Bruxelles. Dans cette histoire, je suis un personnage, un petit garçon. Quelqu’un que je ne suis pas. »

Jusqu’au 15.06.2024 Galerie Eva Vautier

2, rue Vernier -Nice

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