Claude Fournet

Pour m’en tenir à une simplicité qui les honore, je reprendrai la formulation de la famille pour annoncer de décès de Claude Fournet. Pas de Monsieur, ni d’avalanches de majuscules, mais simplement : Claude Fournet, poète et écrivain, Conservateur en chef du patrimoine, ancien directeur des musées de Nice. Claude était tout cela, en effet, mais tellement plus. Je ne sais pour où commencer.
Né en 1942, il grandit dans le nomadisme familial entre les Pyrénées, la Savoie et Paris. Élève peu studieux, il est formé par les Oratoriens. Après des études de droit et de philosophie, il est lecteur dans plusieurs maisons d’éditions, journaliste et devient secrétaire de la chaire d’ethnobotanique du professeur Potters au muséum d’histoire naturelle et de la revue Etudes. Il est nommé conservateur du musée Sainte-Croix des Sables d’Olonne (1972-75). Après deux années passées à la direction des musées de Savoie, il entre au Louvre comme responsable du département des acquisitions des manuscrits français jusqu’en 2002. Il a été, en effet, Conservateur en chef du patrimoine et directeur des musées de Nice.
Mais au delà de toutes les fonctions citées, et de l’écriture bien sûr, Claude Fournet a été pour chacun de ceux qui ont eu la chance de l‘avoir connu, une figure protéiforme aux multiples qualités !
La première restera, pour ceux qui n’ont pas la mémoire courte ou l’ignorance rivée au corps, l’homme qui a porté l’art contemporain sur un plateau à Jacques Médecin qui eut l’intelligence de le soutenir. C’est grâce à lui que le MAMAC a vu le jour pour nous plonger dans l’aventure de l’art des années 1950 à nos jours. Le musée dont la collection est riche de plus de 1 400 œuvres de 370 artistes, propose aujourd’hui, entre autres, un dialogue inédit entre le Nouveau Réalisme européen et l’expression américaine de l’art d’assemblage et du Pop Art.

Bâtir, en partant de rien – la Ville n’avait pas de grande collection contemporaine – ce n’était pas rien et Claude Fournet l’a fait avec passion, aidé par son amitié avec Léo Castelli, qui lui permis d’acquérir pour Nice, une collection qui aujourd’hui n’a pas de prix.
Encore un peu d’une histoire qui ne sera pas sans attrister quelques-uns et en faire sourire d’autres. Le musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice a été inauguré le 21 juin 1990 (aux mêmes dates que la quatrième session d’Art Jonction, d’ailleurs), après plusieurs projets en cette fin de moitié de siècle, comme celui lié à la restructuration de la Galerie des Ponchettes (aujourd’hui détruite), soutenue par Henri Matisse et Pierre Bonnard, développée par le docteur Thomas, puis par Jean Cassarini, que Claude Fournet a relancé au milieu des années 70, après sa nomination à la direction des musées de Nice. Dès lors, les deux Galeries municipales, la Galerie d’Art Contemporain (GAC, rasée elle-aussi) et à la Galerie des Ponchettes, proposeront au public niçois une vitrine significative de l’art contemporain.
Mais Claude Fournet, au delà d’être cet institutionnel reconnu, était aussi un artiste : photographe, écrivain, poète, c’est peut-être ce côté bohème que la Ville a eu du mal à pardonner (lire Oiselleries et criailleries, récits, calligraphies de T’ang Haywen, Paris, Galilée, 2012). J’ai sous les yeux quelques photos qu’il a réalisées et souvent données à ses amis. Je relis sur l’en-tête de ses livres, les dédicaces qu’il a rédigées de son écriture minuscule, en pattes de mouches et je suis émue qu’il ait accepté mon amitié.
Au-delà de ses qualités intellectuelles, il était aussi un hôte et un cuisinier hors pair et nous dégustions ses mets dans sa minuscule salle à manger encombrée de pièces de verre et céramique de grande qualité. Quant à l’antre qu’il avait créé dans le pavillon de la Villa Masséna, tous s’en souviennent comme une fantastique caverne d’Alibaba car Fournet était, j’ai oublié de le dire, un grand collectionneur d’objets, de meubles, de dessins et peintures (à ce sujet, lire le message d’ un collectionneur*).

Si je me suis attardée sur la nature surprenante de cet être rare, c’est parce que certains le disaient snob, distant et froid, alors qu’il était tout le contraire, simple, immensément cultivé et plein d’humour…
En manque de documents officiels, j’ai voulu illustrer mon propos de quelques photos que j’ai prises, sur lesquelles éclatent sa chaleur et sa joie de vivre.
Adieu Claude !
*Un Collectionneur se souvient…
Comment « Russel Means » a loupé les cimaises du MAMAC…
« Claude m’avait raconté l’anecdote savoureuse du fameux tableau d’Andy Warhol « Russel Means » de sa série American Indians. Durant l’exposition séminale à Nice, sur le Pop-Art qu’il avait organisée aux Ponchettes au début des années 80, il avait négocié pour une somme modique avoisinant la valeur de 20 000 € ce magnifique tableau auprès d’Andy Warhol, qui devait figurer sur les cimaises du futur MAMAC. Ne disposant pas encore du budget nécessaire, il avait fait appel à un notable dont la délicatesse ne semblait pas aussi établie que sa réputation, et qui en avait avancé les fonds, Warhol n’ayant accepté cette somme modique que parce que le tableau était destiné au futur Musée… Quelle ne fût pas la surprise de Claude, à l’ouverture du MAMAC et à l’arrivée des fonds officiels, d’apprendre que cet intermédiaire refusait de se départir du Russel Means en question… C’est ainsi que notre Musée fût privé de ce tableau magnifique…
Le mardi 10 septembre 2024, à partir de 18 heures, un hommage amical lui sera rendu avec quelques-uns de ses fidèles : Marc Sanchez , Jean-Paul Woodall, Katy Remy, Anne-Marie Villeri …
hommage à Claude Fournet, lundi 09 septembre sur France 3 à 19h07 : interviews de Marc Sanchez, Hélène Jourdan-Gassin, Katy Remy
Chez Lola Gassin
49, rue Maréchal-Joffre
06000 Nice – France
Téléphone : +33 (0)4 93 88 68 25
Mobil : +33 (0)6 74 29 23 36

Bonjour Hélène,
Ce petit mail pour te remercier du papier sur la disparition de Claude , heureusement que quelques rares et précieuses personnes ont encore le devoir de mémoire de l’histoire contemporaine de la ville . Je ne l’ai appris qu’après ses obsèques par Denis Castellas à la cérémonie d’adieu de JP Soardi et j’ai été très touchée quand j’ai lu ton papier .
Les Chroniques Niçoises écrites par la formidable Jacqueline Peglion étant très peu lues , ton papier est d’autant plus important ….Je ne pourrai pas venir demain chez toi et je le regrette, je suis prise par un diner de famille chez un cousin à Beaulieu. On serait venue avec Jacqueline Morabito qui l’a bien connu et bcp apprécié , elle t’a écrit à ce sujet.
Passez une bonne soirée !
M.M.
Je regrette infiniment mais ce n’est pas moi qui est envoyé les invitations, aussi beaucoup de personnes n’ont pas été prévenues. Qu’elles veuillent bien m’excuser !
Hélène Jourdan-Gassin