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Thierry Klifa, le cœur sur l’humain

 

Cinéaste des grands sentiments, ses longs métrages ont l’étoffe des mélodrames qui font scintiller les actrices au zénith, dans un parfum de romanesque capiteux. Son dernier film, Les Rois de la piste, était présenté en octobre dernier hors compétition, dans le cadre des avant-premières du festival Cinéroman, à Nice. Aux côtés de Mathieu Kassovitz, Nicolas Duvauchelle et Laetitia Doch, Fanny Ardant en est l’héroïne.

Thierry Klifa, Albert Duvauchelle

Déjà trois films avec Deneuve à son actif. Le petit dernier avec Fanny Ardant. Le tout premier avec Nathalie Baye, c’était en 2003. Pour Thierry Klifa, réalisateur et ancien critique, le cinéma palpite au féminin. Il offre à ses actrices des rôles sur mesure où celles-ci tiennent la dragée haute aux hommes, et cela donne des films qui font des étincelles, entre drame et comédie. Les Rois de la piste, son nouvel opus, vient de sortir sur les écrans, le 13 mars. On retrouve dans ce film tout ce qui porte la marque du cinéma de Klifa. Une grande tendresse pour ses personnages. La famille comme un nid protecteur et un nœud d’embrouilles. Des figures de mères « monstre » (rien à voir avec monstrueuses), qui couvent et dévorent leurs portées, qui les étouffent de leur amour. Rocambolesque, Les Rois de la piste tricote son intrigue à tous ces fils, en jonglant avec des ressorts de comédie où l’invraisemblance des situations mène allègrement la danse. Car aux yeux de Thierry Klifa, l’important n’est sans doute pas là. Ses films sont directement éclairés par le prisme de son amour du cinéma bien davantage que par le réel.

Cinéma champagne

Ils ressemblent à des mirages de la vie, sont moirés avec l’apparence du vrai mais ils font miroiter leurs histoires et leurs personnages comme des reflets dans l’œil d’or du 7ème Art. Dans Les Rois de la piste, Fanny Ardant incarne ainsi une mamma juive prête à tout pour sa tribu et se livre à une composition truculente, loin du registre mélancolique où on la connaît. Klifa la filme sirène et voyou, en se délectant du loufoque de sa prestation. Il se rappelle aussi de Fanny Ardant, muse de François Truffaut, et glisse dans le film des clins d’œil au cinéaste de la Femme d’à côté et de Vivement dimanche. D’autres connivences cinéphiles parsèment le film. Un zeste de Little miss Sunshine, une rasade de L’Affaire Thomas Crown… Pur cocktail de feel good movie, Les Rois de la piste joue de ses charmes à qui mieux mieux, tout aux facéties de son scénario et de sa distribution. Il pétille avec la légèreté d’un cinéma champagne chère à Philippe de Broca. Le secret s’en est un peu éventé, mais Thierry Klifa a du cœur à l’ouvrage !

Les Rois de la piste / sortie le 13  mars 2024

Nicolas Duvauchelle, fleur du mâle

Pour leur troisième collaboration sur grand écran, Thierry Klifa offre un rôle en or à Nicolas Duvauchelle dans Les Rois de la piste. Aux antipodes de son image de dur tatoué, le bad boy beau gosse du cinéma français se frotte ici à plus « forte » que lui et compose un personnage aussi surprenant qu’attachant. Droit dans ses bottes pour ainsi dire, sans céder à la moindre facilité pour donner corps, voix et âme à ce Jérémy, fils de Fanny Ardant dans le film, en plein renouveau existentiel… En se refusant à tout numéro d’acteur, optant pour un jeu sans fioritures, il trouve la note juste pour déployer les ailes de son « il ». Il fait doux assister sous nos yeux à la mue d’un acteur. Dans la peau de Nicolas Duvauchelle, fleur du mâle…

Double messieurs

Thierry Klifa

En octobre dernier, lors du festival Cinéroman, on les retrouvait pour une entrevue dans un salon du Negresco juste avant la projection des Rois de la piste au Pathé Gare du Sud. Détendus, souriants et contents d’être là, rencontre avec Thierry Klifa et Nicolas Duvauchelle.

Vous avez déjà tourné trois films l’un avec l’autre. Comment s’est tissé ce lien professionnel ?

Thierry Klifa « Nous avons également travaillé ensemble pour le théâtre, à trois reprises, et dans deux de ces spectacles, Fanny Ardant était également de la partie. C’est dire que nous avions déjà une connaissance les uns des autres. Nous nous sommes retrouvés pour Les Rois de la Piste. C’est peut-être mon film le plus personnel, comme si je me regardais dans un miroir, pas du tout par les faits racontés mais par ce que cela traduit de qui je suis, entre les images… »

En quoi cette nouvelle collaboration vous a marqué ?

Nicolas Duvauchelle « C’était différent des autres fois. Thierry m’a très officiellement invité à déjeuner pour me parler du rôle. Il y avait de quoi en effet ! Je joue plutôt intuitivement (« son côté animal », sourit Thierry Klifa), mais là on a pas voulu faire ça à la légère. J’ai travaillé en amont avec un coach et puis je me suis jeté dans le personnage, j’y suis allé frontalement, juste avec ma sincérité. »

Pour les besoins du film, vous chantez le temps d’une séquence mémorable…

Nicolas Duvauchelle «  Oui, à la base, je devais danser mais vu mes qualités de danseur (rire), j’ai proposé à Thierry de transposer la séquence en chanson. On a sollicité Alex Beaupain qui a écrit une chanson sur mesure pour le rôle. Je l’interprète face à Mathieu Kassovitz qui joue mon frère dans le film. La chanson exprime des sentiments qui ne sont pas dits dans le dialogue. C’était un défi et un vrai plaisir de faire ça… »

Est-ce que vos films sont des déclarations d’amour aux actrices que vous faites tourner ?

Thierr Klifa « Je dirai même qu’ils sont des déclarations au cinéma ! J’ai aimé le cinéma à travers ces actrices et c’est un grand bonheur d’avoir travaillé avec elles, Danielle Darrieux, Catherine Deneuve, Fanny Ardant et d’autres… Vous parliez de lien entre Nicolas et moi. Dans ce métier, on se crée des familles de cinéma avec des actrices et des acteurs. J’aime les emmener dans des nouvelles aventures, les surprendre. J’espère l’avoir fait avec Les Rois de la piste. Je l’ai écrit pour que ce soit un film joyeux, lumineux. Au départ, c’est une comédie policière qui devient peu à peu autre chose. Elle raconte une histoire d’arnaqueurs à la petite semaine qui agissent en famille. Pour moi, ils sont comme des princes sans royaume qui vont repeindre la vie en or… »

Frank Davit

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