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« West Side Story » par Steven Spielberg  

A l’inauguration  de Megarama, le cinéma de Saint-Jean d’Angely à Nice, deux jours avant son ouverture au public, il nous a été proposé, en avant-première, le film « 355 » réalisé par Simon KIinberg ou alors West Side Story de Steven Spielberg. J’ai choisi West Side Story, bien que redoutant d’être déçue tant le souvenir du premier était encore vibrant dans ma mémoire. Une précision… Depuis mon plus jeune âge je suis groupie de comédies musicales, hollywoodiennes surtout ! A l’époque, le Cinéma Édouard 7 les présentait à Nice dès qu’elles sortaient sur les écrans, et la beauté, le luxe de ces productions émerveillait la petite fille que j’étais, privée de tout après des années de guerre et de restrictions. Rien de tel avec Megarama installé dans un immense bâtiment à la façade en dentelle, une nouveauté qui habille élégamment aujourd’hui de nombreuses architectures.  L’intérieur, plus minimal, privilégie la circulation fluide vers les salles vastes où trône un immense écran. Un vrai un bonheur ! Les sièges agréablement espacés offrent un confort hors pair au spectateur et pour ajouter du contenu à ces qualités matérielles, les organisateurs ont annoncé une sélection de films  d’art et d’essai pour le futur … On va les prendre au mot !

Mais trêve de digression, venons en à ce West Side Story, nouvelle mouture, courageusement repensée par Steven Spielberg. J’ai littéralement été scotchée à mon siège durant deux heures et trente-six, par une histoire vieille comme le monde où les Capulets et les Montaigus se nomment les Sparks et les Jets. Seulement  voilà, on est dans les années soixante, dans le bas quartier de New York où deux bandes de jeunes s’affrontent et où Juliette s’appelle Maria et Roméo Tony !

Des puristes ont beau dire que rien ne vaut l’original de Robert Wise ou des pisse-vinaigre, tel Eric Neuhoff, dont la critique fera date comme Annapurna de la bêtise, je cite :  C’est la même chose, mais en beaucoup moins bien Si le premier a été oscarisé, celui là, il sera pasteurisé. On voit très bien comment s’est passé le casting pour les garçons. Ils ont choisi les types qui avaient le regard le plus abruti, le plus bovin.

A cette affligeante ineptie je préfère le  résumé qu’en donne Benoit Basirico :

Ansel Elgort as Tony in 20th Century Studios’ . Photo by Niko Tavernise. © 2021 20th Century Studios.

«  ce film, plus viscéral, violent et émouvant que l’adaptation de Wise, est aussi plus politique. La confrontation sociale au cœur du récit ne s’embarrasse pas des artifices de la comédie musicale. Sans fard, elle révèle toute sa cruauté et son chaos. C’est d’ailleurs face à ce désordre du monde que l’harmonie amenée par le genre musical est un beau contrepoint, et fait exister une bouleversante utopie.

Foin des critiques des uns et des autres, qui dans l’ensemble sont plus qu’élogieuses, moi je n’y ai pas trouvé ce qui m’a paru évident dans l’œuvre de Spielberg, le fait que ce grand metteur en scène  ait traité son film, non pas comme une comédie musicale, mais comme un opéra. Cette différence de niveau, porte l’œuvre de Leonard Bernstein à son sommet, une place que les interprétations orchestrales et chantées n’avaient pas soulignée jusqu’alors,  la classant seulement parmi les plus beaux succès de Broadway *. Il y a pourtant dans les quatre notes qui annoncent l’intrigue de West Side Story le même pouvoir évocateur d’un drame, que dans les quatre notes de la 5ème symphonie de Beethoven…

Rachel Zegler as Maria  Photo courtesy of 20th Century Studios. © 2021 20th Century Studios.

Dès les premières images, sur une musique fracassante de Leonard Bernstein, Spielberg lâche d’effrayantes et gigantesques machines aux boulets noirs qui, tels les monstres des temps modernes, attaquent pour le réduire à néant, un quartier de New York. De ce théâtre qui se couvre d’une épaisse poussière grise, émergent de fantomatiques danseurs qui prennent soudain vie grâce à la couleur. Une idée géniale comme l’a été la chorégraphie de Jerome Robbins recrée aujourd’hui par Justin Peck, également  chorégraphe résident du New York City Ballet

Enfin dernier argument, et non des moindres, pour voir West Side Story de Spielberg comme un opéra et du même coup clouer le bec aux pseudo gardiens du temple et du sempiternel : c’était mieux avant, les acteurs chantent leur rôle au lieu d’être doublés, ce qui donne au déroulement de l’action toute sa vérité. Même si l’on n’est un spécialiste de l’art lyrique, on perçoit  comment la tessiture et la technique des chanteurs apportent un supplément d’émotion à la musique et donnent   une plus grande justesse à leur gestuelle. Grâce à Steven Spielberg,  je n’ai plus trouvé niaise, Maria, la belle chanson d’amour de Leonard Bernstein et Sondheim lorsque Ensel Elgort la chante  et  Tonight (la scène du balcon) portée par les voix de Rachel Zegler et Ensel Elgort exprime la vrai richesse musical de ce duo légendaire..

Ces remarques, si elles dérangent les dévots, vont pourtant dans le sens de ceux qui ont vu la comédie musicale à Broadway et trouvent que l’œuvre de Steven Spielberg est plus fidèle à l’interprétation  initiale, ne serait que parce que sur une scène,  il s’agit de savoir à la fois chanter, danser et parler !

Peu importe finalement les comparaisons, Steven Spielberg a créé, à soixante quatorze ans, un monument incroyable de virtuosité et de jeunesse. Tout en restant fidèle à l’œuvre de Wise qu’il salue par une somme de petites allusions émouvantes, comme par exemple, faire de Rita Moreno la veuve du pharmacien… Mais Spielberg  va plus loin, son film évoque la guerre et ses destructions comme l’incommunicabilité entre les êtres, et il est en cela courageux et contemporain.

Une musique impressionnante, un cinéaste génial, une magnifique découverte Ariana DeBose !

*Leonard Bernstein est nommé directeur musical de l’Orchestre philharmonique de New York de 1958 à 1969 et acquiert une réputation internationale d’une part comme chef d’orchestre et d’autre part comme compositeur notamment de la comédie musicale West Side Story (1957). Bien que très fier du succès de West Side Sory, il aurait  était un peu jaloux que cette création éclipsa ses autres nombreuses compositions.

Note : pour mettre les pendules à l’heure, le tournage de West Side Story par Spielberg a eu lieu à New York et au nord du New Jersey. Il a commencé le 17 juin 2019, et s’est achevé en 2020. Pas question du Lincoln Center, il  avait été  détruit et construit  longtemps avant!

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