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Gérard SCHNEIDER "Composition 23M", 1978, acrylique sur toile

«De l’art de l’amour à l’amour de l’art.»

Un couple de mes amis très proches vient de braver tous les dangers du moment, de la pandémie à la crise, du doute du milieu érigé en religion à celui de leurs proches. Ils ont mené à bien la passion qui les anime depuis plus de vingt ans maintenant : ils ont ouvert leur galerie d’art. A Paris. Comme des grands. Mais avec instinct et intelligence, loin des grands de la rive gauche ou du sacrosaint VIIIème arrondissement. Ils se sont nichés au cœur du quartier Faidherbe dans le XIème arrondissement. Avec le sens inné du partage des gens du Nord, ils vous font découvrir et aimer Tal-Coat, Debré, Alechinsky, Miotte, Schneider, Leroy, Manessier et tous les autres de la deuxième École de Paris injustement méconnue. Mais ils ont également jeté leur dévolu sur quelques artistes japonais et chinois ultra contemporains. De l’art de l’amour à l’amour de l’art, ce couple fort, vivant, généreux, passionné mérite plus qu’un détour, un coup de cœur pour leur nouvel antre. Isabelle et Pierre Darras vous attendent et vous accueillent Galerie Faidherbe, 18, rue Jean Macé, 75011, Paris.

Dans une interview croisée chacun d’eux répond aux questions en développant ses arguments…

Sonia Dubois

Vous êtes un couple à la ville comme à la galerie, comment vous répartissez-vous le travail ? Qui de vous deux achète? Qui vend? 

Pierre : Je fais davantage un travail de recherche sur les artistes, leur histoire, la bibliographie ; je m’intéresse aux ventes en cours, aux estimations, à l’achat, à la cession. Les achats comme les ventes sont généralement décidés en commun.

Isabelle : Je m’occupe davantage du développement technique, du site internet et des réseaux sociaux. La présence en galerie est assurée conjointement ou de façon partagée. Cette année, je complète mon expérience par un master professionnel Marché de l’art à l’IESA Paris

Qui de vous deux a précédé l’autre dans cette passion pour la seconde partie du XX siècle ?

Pierre : C’est l’amitié d’un peintre qui m’a initié dans les années 80 à la production contemporaine et à la fréquentation de la FIAC. Puis dans les années 2000, ma rencontre avec mon épouse Isabelle, celle de Jean Pollak de la galerie Ariel, le coup de cœur pour Leroy à la galerie de France, Alechinsky à la galerie Lelong et d’autres galeristes comme Franck Prazan, Dominique Bert, un peu plus tard, ont complété notre aventure. Ensuite, nous avons enrichi notre collection en salles des ventes avec des artistes choisis. Nous collectionnons également l’art brut.

Isabelle : c’est mon oncle, Jacques Poinsier, dernier restaurateur agréé des Musées de France et des Palais Nationaux et Suzette Henrion-Giele, historienne de l’art en Belgique qui ont conforté mon intérêt pour l’art. Mais c’est principalement cette passion commune avec Pierre qui nous a permis d’entreprendre et poursuivre ce parcours.

 Une période très injustement mise en sourdine depuis un moment, pourquoi ?

Olivier Debré, « Tout jaune tache bleue », 1992, huile sur toile

Pierre : Nous nous consacrons aux peintres de l’après-guerre à nos jours. Parmi eux, les représentants de la seconde École de Paris constituent l’un de nos centres d’intérêt. D’autres peintres exceptionnels et qui n’y sont pas nécessairement rattachés sont montrés à la galerie ; nous pensons par exemple à Alechinsky, Debré, Leroy, Marfaing, Degottex et Tal-Coat.

La seconde École de Paris a souffert de l’intérêt majeur après-guerre pour la production américaine (Rothko, De Kooning, Pollock…), mais également du fait que beaucoup de ses représentants n’aient pas su traverser l’Atlantique. Peut-être aussi parce que leurs ayants droit et certaines galeries ne les ont pas suffisamment défendus.

Ils ont été un peu délaissés pour d’autres grands noms de la peinture européenne et française (Soulages, Hartung, Debré) Ils ont également souffert de l’intérêt grandissant pour des peintres d’origine asiatique (Zao Wou-Ki, Chu Teh-Chun)

 Pensez-vous la faire revivre avec votre galerie ? Comment vous y prendrez-vous ? Quels sont les principaux coups de cœur concernant l’époque que vous mettez à l’honneur à la galerie) ?

Pierre : Au-delà des peintres de la nouvelle École de Paris et parmi eux,  Manessier, Bissière, Lanskoy, Schneider, ce sont Pierre Alechinsky, Eugène Leroy, Olivier Debré …

Quelle clientèle pensez-vous fidéliser ? Des amateurs éclairés ?

Pierre : Oui, les amateurs éclairés, les collectionneurs, mais également inciter des néophytes à s’intéresser aux artistes que nous défendons, les aider à débuter un parcours de collectionneur.

Comment et où avez-vous constitué votre catalogue? Au gré des achats, de votre passion, de certains thèmes… ?

Eugène LEROY « Modèle nu posant », 1955, huile sur toile

Pierre : Dès notre rencontre, il y a vingt ans, nous avons partagé cette passion pour l’art contemporain. Nos premiers achats ont été un tableau de Pierre Alechinsky puis d’Eugène Leroy.

La course aux galeries lors de nos week-ends parisiens, la galerie Ariel, la galerie de France, la galerie Lelong, la galerie Applicat-Prazan, nous ont fait aimer le mouvement CoBrA (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) composé d’artistes comme Alechinsky, Appel, Doucet, Jorn, Reinhoud et quelques autres : Poliakoff, Marfaing, Atlan.

La galerie de France et la galerie Applicat-Prazan nous ont plus spécifiquement orienté vers la seconde École de Paris… avec des artistes comme Poliakoff, Manessier, Bissière et Bazaine…et d’autres, Debré, Lanskoy, Soulages.

Plus, les événements annuels incontournables : la FIAC, Art Elysées, Art Basel et Maastricht.

Ensuite, la Côte d’Azur, la Fondation Maeght, le Musée Picasso à Antibes avec la présentation d’artistes tels que Nicolas de Staël et Germaine Richier, le musée Fernand Léger, le musée Granet et la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence.

Nous avons suivi également les salles des ventes à Lille, Paris Versailles…ce qui nous a permis d’étoffer notre collection.

Dans quel prochain événement parisien peut-on vous retrouver ?

Tal-Coat, « Comme en passant »,  huile sur panneau

Isabelle et Pierre : L’inauguration de la galerie s’est déroulée le samedi 26 septembre 2020 ; nous y avons présenté des œuvres de Miotte, Manessier, Debré, Reinhoud, Fichet, Degottex, Marfaing, Zack, T’ang Yawen, Tal-Coat, Elvire Jan, Atlan, Schneider, Tanaka, Lanskoy, Dora Maar et Destarac.

Nous devions participer à Art Elysées et avions été sélectionnés pour notre première participation ; malheureusement l’événement a été annulé.

 

C’est formidable de donner un nouveau souffle à cette période – récente – artistique. Comment y sensibiliser une nouvelle clientèle tournée vers des créations très XXI siècle : vidéos, interventions, nouveaux supports et matériaux. ?

Il y a chez vous des merveilles Tal-Coat, Alechinsky, Debré, Atlan…. des locomotives pour permettre de découvrir d’autres artistes moins connus… Dans un futur plus ou moins proche aimeriez-vous représenter un ou plusieurs jeunes artistes?

Alfred Manessier, « Méditation III », 1989, gouache sur papier

Isabelle et Pierre : C’est évidemment un de nos projets ; notre espace galerie sur deux étages permettra de leur consacrer un lieu, probablement en sous-sol déjà aménagé à cet effet. Nous préparons un prochain accrochage avec un jeune artiste talentueux. Pour l’instant, sa programmation n’est pas encore arrêtée.

Que peut-on trouver chez vous (ambiance, artistes, rencontres) qui rende votre lieu, non pas juste nouveau, mais unique ?

 Pierre : C’est déjà un lieu nouveau et dans un quartier diffèrent. Pour devenir unique, il nous faudra beaucoup de travail, pas mal d’imagination, des choix éclairés, et sans doute une bonne étoile !

En vous « expatriant » loin de la rue de Seine et des rues traditionnellement dévolues aux marchands, ne pensez-vous pas toucher une nouvelle génération de clients?

Isabelle et Pierre : Le XIème est un quartier très intéressant, en pleine mutation ; on sent que les lignes bougent, initialement c’était la rue de Seine, la rue des Beaux- Arts, la rue Matignon…, puis le IIIème ; le XIème est en devenir.

Aujourd’hui, une création rue de Seine, rue des Beaux-Arts ou Matignon aurait été impossible ou suicidaire; les baux commerciaux y sont devenus dissuasifs, les galeries historiques de réputation internationale en souffrent elles-mêmes.

Nous avons voulu construire un projet raisonnable dans un quartier différent, attractif et en mutation. Le XIème n’a pas qu’un côté bobo, il est déjà riche d’artistes, créateurs, libraires, artisans pointus, c’est désormais un lieu de culture, d’événements, d’échanges.

Chacun à votre tour, défendez votre artiste « chouchou » de la galerie… Qu’est-ce qui vous émeut particulièrement chez lui ?

Pierre : Eugène Leroy, son côté unique, inclassable, profond, difficilement pénétrable ; ses empattements, ses toiles longuement retravaillées, ses couleurs, le recul, la distance qu’il faut prendre par rapport à l’œuvre et aussi Olivier Debré presque à l’opposé, la lumière, le geste.

Isabelle : Puisque Pierre m’a devancée pour Eugène Leroy, acquis par un joli jour de pluie à la galerie de France, j’opterai pour Alfred Manessier, mon deuxième choix. Un jour de FIAC en 2012, j’ai découvert la série des Tours, 5 œuvres monumentales de 400 x 200 cm, moment d’émotion intense, j’étais fascinée par le travail d’un artiste probablement béni des dieux.

Galerie Faidherbe

18, rue Jean Macé, 75011, Paris.

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