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Edito de décembre

Ecrire c’est comme la bicyclette, ça ne s’oublie pas même après une longue interruption. On sait encore pédaler ou taper sur un clavier mais on est moins habile, moins stable sur ses roues ou avec les mots. On y arrive, mais ça ne coule pas de source et on se casse la gueule parfois.

Plus encore que le mois précédent qui m’avait déjà tenue éloignée de l’actualité, décembre a fait de moi un anachorète sur son rocher (celui de la Principauté).  Privée de visites (Monaco est loin pour les Niçois!), d’une télévision audible et de Nice-Matin qu’au petit déjeuner je retrouvais habituellement sur ma fenêtre, je me suis tournée vers moi-même (pourquoi pas ?) et vers la lecture, avec un immense  plaisir (la lecture surtout !). Et pour voler une tournure chère à Jean de La Fontaine dans La Cigale et la Fourmi, que je ne vous ferai pas l’affront de citer car c’est la seule fable que tout Français moyen arrive à mémoriser, je me suis dit à moi-même : « Vous écriviez ? J’en suis fort aise : Eh bien ! Lisez maintenant. »

Je me suis soumise, avec joie, à cette injonction, et sans pour autant vouloir faire œuvre de critique, j’ai eu envie de vous dire quelques mots sur ces livres que j’ai lus et aimés.

C’est incontestablement « Madelaine avant l’aube » le livre de Sandrine Collette chez Lattès qui m’a le plus impressionnée. Dans un style fluide, brillant, venue d’on ne sait où, sans doute d’une vérité que donne une observation de la nature et de soi-même, Sandrine Collette nous plonge dans une aventure aride et sombre comme le sont les grands romans de la campagne, sans que l’époque ou les lieux ne soient des repères éclairants, juste ce hameau, Les Montées, que l’écrivaine nous donne à ronger comme un os. Et cette écriture ! On pourrait lui accoler tant d’épithètes : élégante, simple, originale, unique.

Pour moi, un petit chef d’œuvre…

Autre choix, autre admiration, cette fois pour Kamel Daoud avec « Houris » * chez Gallimard. Dans un récit linéaire, quasiment historique, même s’il dérange le pouvoir algérien toujours en place, Daoud nous parle de Aube (curieux choix du prénom), cette jeune Algérienne qui doit se souvenir de la guerre d’indépendance, qu’elle n’a pas vécue, et oublier la guerre civile des années 1990, qu’elle a elle-même traversée. Sa tragédie est marquée sur son corps : une cicatrice au cou et des cordes vocales détruites. J’ai volontairement recopié la pochette de présentation de ce livre car j’ai eu du mal, au début, à entrer dans le récit d’une guerre civile qui a déchiré une population et fait plus de cent cinquante mille morts. Le personnage, ensuite, prend corps et raconte à l’enfant qu’elle porte en elle, son combat face à un mensonge que l’Algérie se refuse à assumer (interdiction du livre de Daoud et arrestation récente d’un autre écrivain, Boualem Sansal).

Avec « Jacaranda » de Gaël Faye chez Grasset c’est un peu l’inverse. Milan, le personnage, n’est marqué ni dans son corps ni dans sa mémoire par le génocide des Tutsis que sa famille a vécu et que sa mère veut oublier. Plusieurs séjours au Rwanda, à la rencontre des siens, puis une installation définitive lui seront nécessaires pour comprendre ce que recouvre ce silence. C’est à rebours du temps et avec une certaine distance qu’il se penche  sur ce drame pour lui redonner une existence.

Il est toujours question de guerre avec « Le Barman du Ritz » de Philippe Collin chez Albin Michel, mais dans ce qu’elle a de moins épique, de plus trouble. Dans un texte plus journalistique que littéraire, Collin nous raconte ce que, nous les vieux, nous savons déjà, la collaboration ou plus élégamment, la sympathie avec l’ennemi d’une Coco Chanel, d’un Sacha Guitry ou d’une Arletty dans un Paris où on continue de faire la fête. Au Ritz, fréquenté entre les deux Guerres par une clientèle internationale, la situation, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que les officiers allemands y logent dès juin 1940, est à la fois divertissante et très dangereuse. Franck Meier, le barman, juif autrichien, émigré au début du XX° siècle à New-York où il apprend son métier, et engagé du côté des Alliés de la Triple Entente pendant la Guerre de 14/18, est le pivot de ce bal des maudits. Malgré cette vie extraordinaire, Philippe Collin, n’arrive pas à nous accrocher au personnage.

Sans doute, une histoire d’écriture..

*Prix Goncourt 2024 Gallimard

J’oubliais : très bonne année 2025 !

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