Édito de janvier

Les presses écrites, télévisées, celles, pernicieuses, qui se glissent dans les réseaux sociaux, ou les réseaux sociaux eux-mêmes et les blogs…, tous se jettent à la tête des « tout le monde  savait » que ce soit au sujet du livre de Camille Kouchner sur le viol de son frère jumeau par son beau-père, Olivier Duhamel, ou les institutionnels et (ou) critiques de l’art au sujet de l’artiste Claude Lévêque, accusé de pédophilie. La presse désormais sait tout mieux que quiconque, mieux que vous, même si c’est à vous que c’est arrivé, mieux que les spécialistes, les scientifiques, les politiques…

Je viens de recevoir, comme vous sans doute, une blague sur internet  qui illustre bien la chose. Elle dit : « J’ai demandé à mon médecin ce qu’il pensait du vaccin. Il m’a répondu : je ne sais pas, je ne suis pas journaliste. »

Me voilà désormais, « comme tout le monde » tombée dans le piège inévitable : parler de la situation sanitaire, économique et mentale de la France… Eh bien, je vais vous dire : « je n’en sais fichtre rien, demandez plutôt à la presse ! »

Ce que je sais ou plutôt ce que je ressens en ce qui concerne les arts, un sujet qui m’intéresse au plus haut point, c’est qu’on est sacrement dans la panade. Alors chapeau à ceux qui, malgré tout, essayent d’organiser des choses : des expositions, des visites, des conférences, des spectacles, car moi je n’en ai pas le courage. Et puis, si d’aventure, je voulais exercer mon penchant naturel pour la révolte, pensez un peu à la quantité d’interdits qui me tomberaient sur la tête ! Comme membre de ce qu’on appelle une population à risque, les vieux, mais dans mon cas sans comorbidité, je commencerais par me mettre en danger, et surtout, insensée que je serais, je ferais courir un grand risque aux autres !

Et puisqu’il est s’agit de contagion, comment ne pas s’inquiéter de celle que subit la langue française  avec la Covid : comorbidité, betacoronavirus, déconfinement, infectivité, mésinformation, pathogénicité, présentiel, distanciel, et j’en passe, ces horribles mots vont bientôt faire partie de notre dictionnaire ! Pour ma part, je leur refuse l’accès à ma langue française et je les marque du sceau de l’infamie, par d’éternels italiques !

A propos de mon Édito

Je ne pensais pas que mon mouvement d’humeur contre ces mots qu’on lit dans la presse, avaient droit à une page dans Le Robert ! Je le cite.

 Chaque année, Le Robert propose aux membres de sa communauté de proposer puis d’élire le mot de l’année.La fin de l’année 2020 approchant, les équipes de notre rédaction furent pourtant bien ennuyées : cette fois, les dés étaient pipés et le suspense n’aurait pas lieu ! À coup sûr, il faudrait choisir entre « coronavirus », « Covid », « masque » ou « vaccin » pour les plus optimistes.

Mais nous savions aussi que 2020 fut une année de grande explosion lexicale, de créativité, d’humour autant d’armes utilisées par les francophones pour lutter contre la pandémie.

Bien sûr, nos amis de l’Oulipo, savants en jeux de mots, furent mobilisés pour fixer les règles du jeu. L’opération, lancée début décembre, a invité tous les francophones à créer des mots-valises autour du Covid.

DICOVID

La sélection du Robert et de l’Oulipo

Voici les 15 mots retenus par nos équipes (pour le dicovid complet, voir plus bas). Toutes ces définitions sont les vôtres ! Nous avons choisi de les reproduire telles que vous les avez rédigées. 

Airgasmer : Prendre une première bouffée d’air en enlevant son masque (relevé par Josée Robichaud) ; Attestarder : Remplir son attestation alors qu’on est déjà dans la rue (par Guillaume Morin) ; S’autobuer : Quand les lunettes sont embuées à cause du masque ; Clubster : Endroit cosy pour retrouver sa team ou faire des rencontres et revenir avec un microchinel dans le réservoir – voir microchinel (par Anne-Marie Ciesielczyk) ;  Cobidité : Embonpoint simultané de plusieurs personnes vivant des situations de confinement (par Anne-Marie Ciesielczyk) ; Déconcerté : Individu dont le concert réservé un an en avance a été annulé (par Sonia Martin) ; Facultatoire : Se dit facultatif mais devient obligatoire (par MNG) ; Gelouser : Envier son prochain qui s’enduit les mains de gel alors qu’on est soi-même en rupture de stock (par Antistrophes) ; Hydroalcoolisme : Tendance à s’enduire de gel hydroalcoolique plutôt que se laver les paluches (par Alice Beguet) ; Mascarpogne : Tenir son masque à la main (par Etienne Frayssinet) ; Masquàras : Port du masque sous le nez (par Laurent Marcellin) ;  Pénuriz : Disparition éclair des denrées alimentaires à l’annonce d’un confinement probable (par VerMandibulaire) ; Solimasquer : Se rendre compte que l’on a conservé son masque alors que l’on est tout seul chez soi (par CC) ;  Téléventiler : Brasser du vent en télétravail (par Laurent Marcellin) ; Vaccinglinglin : 1 Projection dans un avenir incertain lorsque la perspective d’un vaccin contre le coronavirus apparaissait encore très lointaine. 2 Lorsque les pays pauvres seront enfin fournis à leur tour en vaccins (par Laurent Marcellin).

 

 

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