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Édito de mai

Comme l’annonce mon bref papier d’agacement délivrant ainsi mon édito de toute humeur bougonne, je peux enfin chanter un hymne à la joie d’être libre ! Liberté partielle cependant, mais essentielle en ce qui me concerne, pouvoir déjeuner sur une terrasse ensoleillée ou voir le dernier film de mon cinéma favori ! Je m’attendais à sauter comme diable hors de sa boite vers le premier fauteuil de salle obscure ou la plus proche chaise à l’air libre d’un troquet  alors que timidement, je n’ai pas bougé de chez moi durant cette première semaine permissive.

Ce phénomène de retrait envers la fréquentation du genre humain n’a rien de rare, me dit-on, et bien des psychiatres, psychologues, philosophes et autres catégories   de gens dits sachants, nous donnent de ce état, les causes et parfois leurs remèdes. Mais c’est en lisant la rubrique hebdomadaire de Philippe Lançon dans Charlie Hebdo que je trouve l’analyse à la fois la plus profonde, drôle et intelligente  de la situation. Privilège de l’écrivain, et du grand surtout, Lançon peint, sous des dehors d’une petite anecdote, une situation poignante mais pleine d’humour à laquelle, je le reconnais, je n’avais pas pensé. Je vous engage à lire «Le sandwich », page 11 de Charlie Hebdo du 26 mai.

Vous redire, mal, ce que Lançon écrit si bien, serait pisser de la copie inutilement, cependant, je partage ici, la parole de son psychiatre, lors de sa consultation : « Beaucoup de victimes craignent la fin du confinement. Elles se sentent mieux dans une société au ralenti, où chacun reste chez soi. Elles ont l’impression de vivre enfin comme les autres. » Lançon nous rappelle que le psychiatre parlait des victimes d’attentat. Je vous passe l’épisode du sandwich, il est inénarrable, mais Lançon, avec cette anecdote, ouvre un chemin que j’ai eu envie d’explorer. Toute proportion gardée, si le port du masque, et le respect des distances ont été aussi bien respectées et par autant de gens, c’est peut-être parce que cette contrainte leur apportait  une protection et une sécurité contre la Covid, certes, mais bien au-delà, un confort par rapport au monde hostile et agressif que les autres représentent pour chacun de nous aujourd’hui. Loin de la souffrance qu’une gueule cassée subit par le regard des autres, l’être humain lorsqu’il côtoie la foule, s’expose à ce qu’on détaille son apparence physique avec plus ou moins d’indulgence. Masquer son visage, c’est alors échapper à cet examen et se sentir libre. En clôture, de l’aventure du sandwich, Lançon est allé chez sa kiné  à qui il a relaté les paroles du psy et elle a confirmé ce point de vue : «  Pour ceux qui, pour une raison ou pour une autre, balle, accident, cancer, ont eu le visage plus ou moins détruit, ceux-là vivent moins malheureux dans un monde où tout le monde vit masqué.

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