Edito de septembre
J’aime le mois de septembre. Le ciel est d’un bleu virginal, juste poudré de quelques nuages pour faire joli sur la photo. L’air est doux et parfumé et si le vent souffle, c’est pour déranger les coiffures ou voler les chapeaux (en niçois rauba capeu) ». Les touristes sont là, mais plus éparpillés, plus discrets, en un mot, plus sympathiques… Ils découvrent, car personne ne leur a dit, qu’à Nice, septembre est le plus beau mois de l’année.
Ça commence comme un édito d’une revue touristique, mais ai-je envie ensuite d’entrer dans le vif du sujet : les élections, les réformes, les crises internationales, les indicateurs financiers, les lancements de produits, les tendances du marché, les événements culturels, les catastrophes naturelles, les avancées scientifiques, les faits divers, les crimes, les horreurs humanitaires et familiales…
Non merci, j’ai eu ma dose, vous avez eu la votre, chaque heure, chaque jour, chaque mois…alors que pourrais-je ajouter qui soit pertinent ?
Rien, si ce n’est, dans le désordre, un point de vue très personnel, pas souvent dans le vent, et surtout fréquemment à contre courant. Que vous importe par exemple :
Que Benny Golson, saxophoniste et arrangeur américain né le 25 janvier 1929 à Philadelphie soit mort le 21 septembre 2024 à New York. S’il n’est pas important pour vous, il l’était pour moi car c’est de lui, mon premier 33 tours de Jazz acheté dans les années 50 pour commencer ma collection.
Que ma haine de la guerre s’intensifiant, je trouve aberrant, face au conflit au Proche-Orient, ce déchaînement de l’opinion pour ou contre Israël ou la Palestine dont les victimes sont les populations sur les territoires et dans notre pays entre Arabes et Juifs. Et mon beau Liban, si raffiné, si attachant, ne risque-il pas d’être rayé de la carte?
Que nous prenions conscience aujourd’hui en France, préalablement désinformés par une presse dont je ne connais pas l’intérêt, qu’en Ukraine, les soldats, mal équipés, épuisés, commencent à refuser d’aller au combat pendant que leur chef réclame plus d’armes pour plus et mieux tuer…
Que je me sente viscéralement attachée à mon pays, même si je n’en ai pas choisi le Chef, mais ahurie de voir qu’on veuille aujourd’hui sa destitution.
Qu’après une crise qui s’avère grave, le pays réclamant un premier Ministre pour le gouverner, et l’ayant obtenu, cherche par tous les moyens à le faire chuter.
Inconséquente nation !
Mais pour tous, il nous importe à l’instant que Michel Blanc soit mort à l’âge de 72 ans d’un choc anaphylactique. Acteur, réalisateur, scénariste, il s’était révélé dans les années 1970, avec la troupe du Splendid. Célèbre entre autres pour son rôle de Jean-Claude Dusse dans Les Bronzés, Michel Blanc avait aussi reçu le César du meilleur acteur dans un second rôle pour L’Exercice de l’État. Sur RTL, Patrice Leconte a fait part de son immense émotion. « Je ne peux pas y croire », confie le réalisateur.
Ma chère Hélène,
« September morn « …
Deux nouvelles de ton édito viennent s’entrechoquer à notre sensibilité partagée :
Le départ de Michel, traversant ce demi-siècle depuis le gringalet des bronzés vers des rôles dramatiques (Mr. Hire) et engagés dans » l’exercice de l’état »… Voir des amis de pellicule partir est toujours une épreuve affective. Ce soir, je mettrai ma « tenue de soirée » et servirai quelques bulles de bonheur en me souvenant de ses meilleures répliques afin de rester… « Étanche ! »
Autre set ; le vert paradis des musiciens de Jazz… Ils sont déjà bien trop nombreux de nous avoir quittés. En rappelant Benny à ton meilleur souvenir, tu m’évoques la découverte de Miles Davis, sur une ile de l’océan Indien où la sourdine de l’homme à la chemise verte transpercera mon âme d’adolescent retardé…
Justement, ces deux-là partiront en automne ; ce 28 septembre était l’anniversaire des 33 ans du dernier concert de Miles. (1926-1991)
… Déjà Hélène ! presque une vie de septembres passés à me rappeler sans faillir ce beau Liban ; montagne blanche (Djebel Libnan) dominant par ses gigantesques cèdres une des plaines les plus fertiles au monde (Bekaa) et où se jouait dans sa vallée, le festival de musique, de théâtre et d’opéra de Baalbek…
Quelle chance chère Lola ! de vivre… avec en fond d’écran ces merveilleux souvenirs d’apprentissage de la vie. C’était peu après le mois de mai… ce fameux 68 qui a fait couler tant d’encre, mais aussi entr’ouvert des centaines de portes qui finiront bien par s’ouvrir un jour…
Quinze ans et découvrir « la petite suisse d’orient » fut pour un jeune homme curieux la plus belle des promenades initiatiques dans ce pays, qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à notre côte d’azur et notre hexagone, par sa variété de paysages.
Depuis, les chars sont passés sur Beyrouth et sa place des canons…
Des guerres sans nom ont effrayé la grotte aux pigeons et la corniche sur la mer.
Le pays le plus doux est devenu un des plus corrompus par ces deals insensés pour ne pas reconnaitre une nation pourtant décrite en toutes lettres sur les cartes mosaïquées de l’église Saint-Georges à Mabata… et sur les bords du Jourdain. Nazareth périclite derrière un mur de barbelés, comme si l’ignorance rajoutait une couronne d’épines sur le lieu de naissance de Jésus…
« Comme les rois mages en Galilée, suivaient confiants l’Étoile du berger. » chantait Sheila. Cette géographie dévisagée n’est plus qu’un prétexte pour des causes plus innommables que la volonté de relier des états et des nations.
En remuant ces souvenirs, il me vient à l’esprit de rendre hommage à ce « black cowboy » de la véritable musique noire et afro-américaine…
Miles avait une devise : » Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les plus belles. » Qu’il en soit ainsi, malgré les vicissitudes de ce septembre noir, se coloriant d’arc-en-ciel sur les notes sibyllines de » Human nature « … en live.
Jean-Jacques