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Édito d’octobre

Le silence des agneaux

« Trente et un ans déjà, et le film fiche encore la trouille. Réussite exemplaire du film de terreur, cette adaptation du best-seller de Thomas Harris glace le sang, parce que la barbarie naît ici de la plus haute intelligence. Le suspense tient autant dans le jeu de pistes macabre que dans l’affrontement psychologique entre Hannibal le cannibale, ogre moderne, psychopathe luciférien, et Clarice, flic séduisante, proie virtuelle, tour à tour malléable, angoissée, courageuse. »

Pourquoi ai-je choisi ce texte en parallèle avec l’actualité du monde durant ce mois d’octobre où le conflit tragique du Proche-Orient a éclaté? Pour la beauté du titre avant tout ! Mais n’y a-t-il pas dans ces termes choisis pour résumer une intrigue policière, une similitude troublante avec le drame qui se déroule devant nos yeux et sur lequel les mots eux-mêmes, pour le décrire, sont des bombes à retardement qui vous font être rangé dans un camp plutôt qu’un autre.

Ne s’agit-il pas ici aussi, d’ogres modernes assoiffés de pouvoir prenant en otage des populations qui, pour emprunter les termes de Télérama, sont des victimes malléables, silencieuses, angoissées, courageuses ? Trente et un ans après, dit l’article sur cette fiction pour en souligner le pouvoir émotionnel, et moi j’entends, soixante-quatorze ans après que l’Allemagne a déclaré la guerre à l’Europe, j’ai vécu cette terreur qu’enfant innocente, je ne pouvais pas comprendre. Qu’a-t-on appris depuis, sinon de dire plus jamais ça, et voilà que ça recommence, les populations bombardées, l’étoile de David taguée sur les bâtiments et peut-être, l’horreur de la voir un jour, épinglée en jaune sur le paletot d’un enfant…

Mais ne vous trompez pas, je ne désigne personne, juste la folie des hommes qui ne peuvent vivre moins d’un siècle sans tenter de s’exterminer les uns les autres. Et faut-il avoir presque un siècle pour être si violemment atterré par les horreurs que les générations qui vous suivent, ignorantes de ce qui les a construites, sont prêtes à commettre, sans la mémoire de ce pourquoi ni pour qui elles se battent !

Je n’en dirai pas plus pour ne pas enclencher de réaction violente, démesurée… Aujourd’hui, n’assassine-t-on pas ceux qui enseignent parce qu’ils tentent d’apprendre aux ignorants l’histoire du monde dans laquelle nous vivons, mais après tout qu’espérer d’incultes qui, malgré la science, pensent que la terre est plate et fabriquée par Dieu il y a six mille ans…

Le verbiage intempestif des médias sur les conflits quels qu’ils soient, couvre les questions que nous devrions nous poser sur le silence coupable de ceux qui nous dirigent et dont les ambitions sont plus puissantes que leur désir d’un monde meilleur.

Hélas, Jean de la Fontaine pour lequel j’ai une vénération profonde, a tristement conclu cette histoire par la fable :  « Le Loup et l’Agneau  :

«La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure. »

Je dois vous présenter mes excuses pour cet édito d’octobre, mais aucun autre sujet ne m’est venu à l’esprit.

Cet article comporte 2 commentaires

  1. …Il n’y a justement pas d’excuses
    à de tels actes ! Chère Hélène.
    C’est un Octobre Rouge…qui se joue devant nos yeux et nos cœurs d’enfants qui ont la chance de naître, grandir et vivre en liberté d’expression et de mouvements. Ce conflit d’extrêmes et chargé d’injustices du passé est aussi de notre responsabilité…
    La responsabilité de l’histoire qui nous a appris à lire entre les lignes les compromis des plus forts au dépend des plus faibles…
    Si nous regardions plus attentivement les cartes archéologiques de ce qu’était la Palestine, nous comprendrions « évidemment » que cette terre de promesse s’est transformée en terre de mensonges…dans les suites immédiates de la seconde guerre mondiale.
    Les décideurs du monde selon Yalta ( où la France ne fut pas invitée…) furent incapables de s’entendre sur l’avenir de l’Allemagne et notamment de Berlin, séparées en quatre zones grotesques…et soumises à toutes les compromissions.
    Pour s’accorder le pardon de la future nation d’Israël et du peuple Juif massacré par une idéologie abjecte; le concert des nations dominantes s’est joué à huit clos d’une ONU naissante…
    pour permettre à un peuple historiquement élu mais dans les faits exclu de s’octroyer un territoire sur une terre…Sainte. Rien ne s’est déroulé en 1948 ( naissance d’Israël) sans l’appui et le soutien occidental et notamment Britannique…
    Un autre verset de la fable de Jean de la Fontaine, que tu cites si justement, me vient à l’esprit pour décrire l’ineptie de la situation actuelle;
    …Si ce n’est toi, c’est donc ton frère !
    …On me l’a dit : il faut que je me venge.
    …Le loup l’emporte et puis le mange,
    Sans autre forme de procès.

    Il y a bien une « inconscience » collective comme le décrivait Gustave Jung qui se rejoue à chaque particularité de l’histoire.

    « L’histoire apprend mais il n’y a pas d’élèves. »*
    C’est le but inavoué de l’intégrisme qui assassine et tente de terroriser l’école, le seul et unique territoire de l’égalité du savoir, la seule nation se devant d’arborer la Bandiera Bianca ( le drapeau blanc).

    Jean-Jacques Campi.

    * : Antonio Gramsci

  2. Merci, Hélène, pour ton édito du mois d’octobre qui a le courage et le mérite de dénoncer des actes d’une telle barbarie qu’il est difficile de les nommer.
    En déshumanisant ces terroristes qui les ont commis, le Hamas a voulu faire sauter les maillons d’une chaîne qui provoquerait le chaos dans cette région. C’était dûment réfléchi et voulu.
    Ayant comme toi souffert des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, je ne peux qu’avoir du dégoût pour ces criminels.
    Il faudra cependant qu’un jour ce conflit israélo-palestiniens trouve une solution avec la création de deux états, mais on en est encore loin, puisque le Hamas ne prône que la destruction de l’état hébreu.
    En attendant, essayons de sauver les valeurs de notre démocratie bien mise à mal par des idéologies qui ne sont pas les nôtres.
    Encore un grand Merci pour ton édito,
    Christine L

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