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Emmanuel Régent

Emmanuel Régent, « Les silences de Maeterlinck »

Mer de Glace

L’exposition qu’Emmanuel Régent a titré « Les silences de Maeterlinck », en hommage à Maurice Maeterlinck, et en particulier à l’œuvre «Le trésor des humbles », 1896, du grand poète et musicien belge, est conformément à son modèle, un éloge du silence.

Avant de vous rendre compte de mon impression sur l‘exposition d’Emmanuel Régent, je ne peux résister au plaisir d’évoquer  Maeterlinck, lui-même se référant à l’écrivain Carlyle, en ces mots qui aujourd’hui nous laissent rêveurs et orphelins : le silence, « l’élément dans lequel se forment les grandes choses ». Et de poursuivre par une analyse que je trouve pertinente : « Contrairement aux paroles éphémères, le silence ne n’efface jamais, au point de constituer l’essence même de la vie. Après avoir distingué le silence « actif », qui reflète la profondeur des âmes, du silence « passif », qui renvoie à la mort, Maeterlinck s’intéresse à la peur humaine du silence. En effet, la nature humaine a du mal à accepter le silence et les hommes cherchent souvent à l’éviter. Quelle qu’en soit la circonstance, la rencontre avec le silence est un moment marquant de la vie car, comme le note Carlyle, l’Empire du silence est  » plus profond  » que le royaume de la Mort. Nous entourant de toutes parts, le silence est  » le fond de notre vie sous-entendue « , et face à lui nous sommes tous égaux. Le silence permet de se livrer à l’autre et de le posséder en toute liberté. Le silence donne à voir l’âme humaine, dévoile ses vérités cachées. Maeterlinck le compare à un soleil d’amour qui  » mûrit les fruits de l’âme « . Pour l’auteur, on a peur car on ne sait jamais quelle sera la qualité du silence qui va naître d’une rencontre, puisque tous les silences ne se ressemblent pas. Néanmoins, seul le silence nous permet d’atteindre la vérité de la mort et du destin, lui seul nous permet de goûter à  » la saveur  » de l’amour. »

Vue du show-room

Que vous dire, ensuite, qui ne soit pas d’une platitude atroce ? Mais ce n’est pas par l’écrit qu’Emmanuel Régent s’aventure sur ce chemin, mais en investissant la totalité des espaces de la galerie avec de nouveaux dessins grand format (130 x 110 cm) à l’encre sur papier ; une série d’œuvres en cristal réalisées entre 2018 et 2019 à Saint-Louis à l’occasion de la résidence de l’artiste à la Fondation Hermès ; un ensemble de Mes Naufrages, morceaux d’épaves récupérés sous l’eau en apnée. Enfin, avec plusieurs morceaux de mâts brisés (Tempêtes) qui sont disposés au centre du Château de l’Espace à vendre, dont une partie du mât de Manitou, le célèbre voilier de John Fitzgerald Kennedy, tandis que les murs accueilleront une installation inédite de la série Le dernier Soleil, aquarelles sur papier déchirés.

Pendant le jour

Mon sentiment enfin, après toutes ces digressions ? Celui d’être devant une œuvre sage, silencieuse certes, mais audacieuse  par sa façon de s’insérer dans une expression contemporaine où, chez Régent, le dessin prime, en noir sur blanc, retravaillé, réinterprété sur photographies avec, en opposition, une sculpture de verre d’un bleu glacier, intense, celui mémorable de la cristallerie Saint-Louis.

Des notes de couleur, dans un autre espace, ne sont données que par des débris de coques de bateaux, récupérés par l’artiste qui dit :  » Mes Naufrages sont de simples morceaux de bateaux que je collectionne depuis une dizaine d’années. Équipé simplement de mon masque et d’un tuba, je pars régulièrement à la recherche d’épaves en fibre de verre qui n’ont aucune valeur marchande, des morceaux travaillés par l’érosion jusqu’à devenir les fresques d’une histoire sur lesquels je n’interviens pas. Je les choisis simplement pour les ressortir tels qu’ils étaient au fond de l’eau comme des tableaux offerts à mes yeux à chaque fois incrédules. Il ne s’agit là que de simples embarcations récentes et modestes qui pourraient également symboliser l’horreur des drames qui se jouent ailleurs, puisqu’elles ont aussi sombré quelque part en Méditerranée… »

vue d’ensemble, le Château

Dans le grand espace du fond de la galerie, appelé humoristiquement Le château, d’autres touches de couleur surprennent par leurs formats, produits par la déchirure aléatoire que l’artiste fait subir à ses aquarelles qu’il a précédemment peintes au coucher du soleil depuis son atelier de Villefranche-sur-Mer, jusqu’à ce que l’astre devienne silencieux. Régent nous informe encore : « (…). Je ne perçois que les lueurs colorées et les variations des teintes sans voir le cercle du soleil masqué par le cap de Nice où vivait Maeterlinck. Durant une heure ou deux, je peins à l’eau sur papier ce qui représente pour moi Le dernier soleil. Je travaille les teintes du ciel couchant sans aucun détail, sans aucun autre motif ajouté aux variations de la couleur. Il s’agit de représenter à la fois l’impossible beauté de ce paysage, la difficulté d’affronter un sujet aussi présent dans l’histoire de l’art et un des plus importants clichés populaires de carte postale. C’est pourquoi je choisis ensuite l’aquarelle qui me semble la plus intéressante pour la déchirer en morceaux comme un aveu d’échec, une tentative perdue d’avance qui sera dispersée telle une lettre d’un amour impossible… »

Vous l’avez compris, ce sont : Les silences de Maeterlinck d’Emmanuel Régent !

Jusqu’au 4 décembre 2021

Espace à vendre

10, rue Assalit – Nice.

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