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Frédéric Fenoll "Sans-titre"

 État de lieux niçois

 

Béatrice De Domenico, « Le jour se lève »

Il est intéressant de se plonger dans le tissu culturel des Alpes-Maritimes au niveau de la création plastique actuelle, notamment au regard de ce qu’elle aurait pu apporter comme atout au concours de Nice 2028, capitale européenne de la Culture. Pour employer ce que Ben, avec son inimitable accent Mitteleuropa, appelle une colonne vertébrale, je la cherche désespérément. Je vais être certainement taxée de passéiste, ce dont je me moque, mais pour avoir vécu ces cinquante dernières années dans le milieu de l’art  de la région, je serais bien incapable de définir l’état de la création sur la Côte d’azur aujourd’hui. Les changements ou aménagements  des lieux de la culture, l’insuffisance du nombre des galeries faisant réellement leur travail, le silence de la Villa Arson ne semblant plus être le phare qu’elle a été précédemment, et celui des musées qui devant ces carences, mais aussi parce que ce n’est pas leur fonction d’être régionaux, nous laissent dans un flou artistique qui n’est pas un vide, mais une insuffisance de réflexion sur un avenir dont nous aimerions voir se dessiner les contours.

C’est un peu pour ces raisons, et parce que ça a toujours été mon rôle depuis que je suis entrée dans ce passionnant domaine des arts plastiques dans notre région, d’aller voir ce qui se passe dans la marge et non uniquement ce qui est reconnu comme étant officiellement contemporain.

C’est pourquoi, je suis allé visiter  Frontières, une exposition proposée par l’association Start, dans l’espace du 109 à Nice et la manifestation  Les Rencontres des Rencontres, organisées par les Rencontres d’ateliers dans les futurs locaux de l’association « Gaya Scienzia » à Nice, au 9 de la rue Dalpozzo.

Philippe Bresson sculpture néon

Qu’ai-je retiré de ces visites qui auraient pu éclairer ma lanterne ? Un premier fait désolant en soi et commun aux deux expositions, constater qu’aucun des artistes dits reconnus de la région ne s’est aventuré pour voir ce qui se passait en hors de son ghetto : la villa Arson, le 109 et les galeries reconnues d’art contemporain de la ville… Or les rencontres, les confrontations, n’est-ce pas  aussi ce qui nourrit une pratique, même si c’est pour se rassurer d’être du bon côté de la barrière…

Au 109, d’abord, sous le titre de Frontières, START le collectif d’artistes, présentait 35 exposants et m’offrait le plaisir de retrouver des individualités que je connaissais depuis longtemps et qui poursuivent leur parcours, Gilbert Pedinielli, Margaret Mitchell, Roland Moreau… La satisfaction d’en voir progresser d’autres, comme Beatrice De Domenico, qui enrichit son fil de fer d’intrusions surprenantes et colorées, ou d’en découvrir de nouveaux sur lesquels on s’interroge, tels Gilbert Casula et ses assemblages numériques, Louise Caroline et ses tissus encrés et Joan Bettini et ses encadrements fractionnés, décalés, qui pourraient faire dire aux plus sévères qu’il y a du Buraglio dans tout cela, mais qui m’ont vraiment enchantée !

Marion Poix, « Sans-titre »

Plus inattendue, cette exposition au 9 rue Dalpozzo, qui s’est ouverte temporairement, avant transformations des locaux de la Gaya Scienza, pour présenter 30 artistes des Rencontres d’Ateliers. Contrairement au 109, ce magnifique appartement avec jardin, n’est pas vraiment conçu pour accueillir autant d’œuvres, aussi certaines en pâtissent… Là encore, de subtils fils de fer de Béatrice De Domenico, des sculptures murales au néon de Philippe Bresson, une Tour de Babel d’Helena Krajewicz, des bustes en céramique de Jean-Marie Fondacaro, des petits seins d’Anne Sophie Viallon, le cri troublant de Marion Poix, un hommage de Marie Cagnasso à Louise Bourgeois, retiennent l’attention, mais ce sont deux artistes pratiquement disparus des écrans niçois, Claude Goiran et Fréderic Fenoll que j’ai retrouvés avec joie et la  fierté de les avoir jadis exposés. Ils ont tous deux gardé la fougue de leurs vingt ans !

 

Chez Goiran, ce soldat qui nous fixe d’un regard désabusé nous questionne sur notre humanité, et nous renvoie au très beau texte  écrit en 1986, par Luc Vezin pour l’exposition de Claude Goiran, galerie Lola Gassin : « (…) Là je me suis dit que j’avais peut-être eu, (…),  une juste intuition en écrivant : il y a de la vie dans cette représentation de la mort. Mais aujourd’hui, devant les dernières toiles de Claude, je me dis qu’il ne s’agit certainement pas de représentation, mais d’une présence tout simplement : celle d’un combat douteux entre l’obscur et la dernière clarté. Un combat que Claude est en train de gagner.»

C

Avec cet incroyable polyptyque de folles échelées (j’ignore le titre) que j’ai choisi de mètre en une de mon article, Frédéric Fenoll, nommé Fénolabatte en 1984, renoue avec ses toiles et ses cartons violemment ancrés dans l’histoire de la Figuration libre.

 

Cet article comporte 13 commentaires

  1. Très bonne analyse de la situation Madame, merci .
    Pour avoir moi aussi arpenté les deux expos, même constat reprenant vos mots « qu’aucun des artistes dits reconnus de la région ne s’est aventuré pour voir ce qui se passait en dehors de son ghetto » là est le problème de la création contemporaine…

  2. Belle idée que la colonne vertébrale…les synergies restent rares, alors que le foisonnement des initiatives est présent. Merci pour votre article !

  3. Chère Hélène, chère Lola,
    Tes commentaires et comptes-rendus sont toujours pertinents, toujours courtois, parfois durs, et finalement toujours intéressants. Il faut louer ta volonté de dire tes sentiments et raconter ce que tu as observé, visité, lu ou réfléchi. Ton « État des lieux niçois », publié récemment, demanderait à être approfondi et discuté en détail. Comme je ne suis pas enclin à polémiquer, j’éprouve rarement le besoin d’alimenter les échanges, et là encore, je n’en vois pas vraiment l’utilité, bien qu’il y aurait beaucoup à argumenter.
    Pourtant, cet « état des lieux » m’a inspiré un poème, sans doute plus provocateur que je ne le souhaiterai, mais que je ne peux pas m’empêcher de t’envoyer, et ainsi le partager avec ceux qui, peut-être, auront le courage ou l’opportunité d’en prendre connaissance. Ce n’est qu’un poème. Tu parles de « ghetto », source de mon interrogation, et j’en parle, parce que, sauf erreur, nous nous sommes à plusieurs reprises croisés à la Villa Arson, au 109, ou chez Éva. Donc, si ghetto il y a, à l’occasion, j’en sors…
    Ci-après ce poème en question, qui n’est qu’un poème, et qui vaut ce qu’il vaut…
    Bien à toi,
    Alain.

    HORS DE SON GHETTO

    Hors de son ghetto il faut aller,
    Disais-tu,
    Mais pourquoi prendre cette peine,
    Lorsque le message est vide ?

    Aux autres, il faut se confronter,
    Disais-tu,
    Mais pourquoi prendre cette peine,
    Lorsque le message est vide ?

    Dans la rencontre, il faut nourrir sa pratique,
    Disais-tu,
    Mais pourquoi prendre cette peine,
    Lorsque le message est vide ?

    Finalement, mon ghetto n’existe que sous le regard des autres !
    Il y a peut-être une part de vérité dans ces regards,
    Mais mon chemin en vaut bien d’autres !
    Ma voie est ce qu’elle est,
    Elle se moque de l’air du temps,
    De la mode et de la bonne pensée contemporaine.

    Heureusement,
    Il y a des exceptions,
    Dans les marges ou hors des marges,
    Et ces exceptions-là sont précieuses,
    Parce qu’elles racontent un parcours,
    Une recherche, une aventure,
    Parce qu’elles exhalent du sens !
    Ma voie fait sens, même s’il est souvent caché,
    Même si beaucoup s’y perdent !
    Et ma voix s’y donne, chaque jour un peu.

    Hors de son ghetto il faut aller,
    Disais-tu,
    Mais pourquoi prendre cette peine,
    Lorsque le message est vide ?
    Pourquoi irais-je m’égarer sur l’agora du moment,
    Et me soucier de l’air du temps,
    Et perdre mon temps à décrypter un message vide ?

    Alain de Fombelle, Nice, Atelier, jeudi 6 avril 2023, 16h15

    © Alain de Fombelle 2023

    1. Je crois que tu fais ce que nos professeurs appelaient un contresens. Relis-moi : » Un premier fait désolant en soi et commun aux deux expositions, constater qu’aucun des artistes dits reconnus de la région ne s’est aventuré pour voir ce qui se passait en hors de son ghetto ». Le ghetto ne s’adressait pas aux expositions en question mais au contraire à l’autre côté, celui considéré comme officiel. Maintenant si ton erreur vient de ton envie de m’envoyer un poème, alors tu as bien fait et merci.
      Une correction cependant est nécessaire, j’ai titré mon article « État de lieux » et non état des lieux ce qui fait une grande différence.
      Chaque mot a son sens
      Bien à toi

  4. Oui, j’ai effectivement fait ce contresens, mais, pour ma défense -pardonne-moi-, il faut reconnaître que ta formulation prêtait à confusion et entraînait le lecteur sur ce qu’il anticipait.
    Et oui, il m’était agréable de t’envoyer ce poème qui me semblait bien adapté, encore qu’écrit à partir d’une interprétation erronée ! Un geste amical, teinté d’une note de taquinerie…
    Et oui, tu avais bien écrit : « État DE lieux niçois » et non pas « État des lieux niçois ». Une lecture trop rapide de ma part, pas assez attentive sans doute.
    Ces échanges auront permis de clarifier le propos.
    Bien à toi,
    Alain

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