Florence Obrecht « Odysée », Suquet des Artistes.

Avant de vous dire que Cannes nous propose, avec Florence Obrecht, une exposition multimédia passionnante par sa qualité, sa diversité et son itinérance, il me faut vous entretenir sur l’étrangeté d’un lieu que je découvre pour la première fois : Le Suquet des Artistes.
Ce nouvel espace d’exposition installé dans les locaux insolites de l’ancienne morgue de la ville de Cannes a été rénové et inauguré en 2016 à l’initiative du maire de Cannes, David Lisnard. Son objectif est de promouvoir la création plastique contemporaine. Ce lieu singulier par son histoire et son emplacement stratégique dans le centre ancien de Cannes possède une topographie complexe, héritée de son passé, qui pose un défi à chaque nouvelle exposition. À l’espace d’exposition proprement dit – un peu plus de 350 m2 – s’ajoutent quatre ateliers attribués à des artistes cannois. La gestion du Suquet des Artistes a été confiée en 2018 au Pôle d’Art Contemporain de Cannes, avec la volonté de consacrer cet espace dans les entrailles de la terre à une création jeune et décomplexée, un parfum du Berlin underground sur les rives de la méditerranée.
Quel meilleur choix alors, que d’y avoir installé le travail de l’artiste française, Florence Obrecht, dont les œuvres ont été conçues, pour la plupart à Berlin où l’artiste vit et travaille, non pas dans les entrailles de la terre, mais dans un environnement très plastiquement culturel avec l’artiste, Axel Pahlavi, et leurs trois enfants.
Florence Obrecht dans son « Odyssée », sorte de périple à la Ulysse – sans la mer, mais elle n’est pas loin – entremêle présent et passé, réalité et rêve, richesse et pauvreté, peinture flamboyante et bout de tissus effilochées. Les objets, les peintures les tissus, les perles et pierres multicolores s’associent dans une débauche de couleurs, de formes ; une alchimie du quotidien. Les récits s’entrelacent, se chevauchent pour toucher leur cible, notre œil stupéfié, ébahi par tant d’adresse, d’amour et de liberté.
Depuis fort longtemps, je suis Florence Obrecht dans ses voyages dans le temps, le sien d’abord, dans sa peinture en perpétuelle évolution, dans sa vie de jeune artiste, de mère ensuite – la très belle série de petits formats sur la grossesse est exposée au Suquet –, de plasticienne reconnue, exposée dans diverses villes, dont Paris et Berlin ; mais aussi le temps long qui le notre, celui de notre humanité. Je pense à La genèse, une grande toile peinte à quatre mains avec Axel Pahlavi, qui marqua en 2013 une étape dans le travail commun – exposée Chez Lola Gassin, Nice et au centre d’art contemporain de Perpignan, à cent mètres du centre du monde.

Enfin pour citer Amelie Adamo, dont le texte détaillé accompagne le catalogue de l’exposition, je retiendrai ce passage : « Florence Obrecht fait partie de cette famille de l’art moderne qui tend à la boulimie d’images, à l’amour, à l’accueil, à l’absorption, à l’hybridation. Une famille qui ouvre le corps de l’artiste et le corps du tableau à tous les voyages possibles et à toutes les transformations que cela enfante. Une famille qui ouvre le temps de l’œuvre au temps de la vie et fait bouger la création au-delà des limites d’un cadre conventionnel. (…) »
Au Suquet des Artistes, Florence Obrecht nous propose un voyage dans le monde de ses créations et de ses souvenirs. L’œuvre, profonde et émouvante, n’en est pas moins traitée avec une sorte de légèreté, une gaieté qui la rend aérienne. Riche et insolite, elle nous invite, avec une certaine familiarité, à pénétrer ce qui est le quotidien de l’artiste mais aussi dans le domaine de ses rêves.
Avec Florence, Alice au pays des merveilles n’est pas loin !
Florence Obrecht « Odyssée »
D’octobre 2024 au 16 février 2025
Le Suquet – Cannes
Florence Obrecht vit et travaille à Berlin.
Ses œuvres sont en permanence Galerie Valérie Delaunay, Paris.

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