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Florence Obrecht et Axel Pahlavi "Quand nos secrets n'auront plus cours "

« IMMORTELLE »,vitalité de la jeune peinture figurative française

Nazanin Pouyandeh, « Nu au mimosa », 2020

Ma visite à Immortelle, une exposition qui occupe deux lieux institutionnels de Montpelier, m’a renforcée, si besoin était, dans le sentiment que non seulement la peinture n’est pas morte, mais au contraire, qu’elle se porte comme un charme, et ce, malgré les coups de butoir réitérés pendant des décennies, d’une critique très orientée. Aujourd’hui, l’œuvre militante de Numa Ambursin, le commissaire et directeur du MO.CO., pour donner sa place à un niveau institutionnel à ce médium, porte ses fruits, n’en déplaise aux réactions parfois sévères d’une presse d’art soucieuse ne de pas perdre son privilège de maître à penser de la chose artistique.

Déployée d’une manière transversale sur deux centres d’art, le  MO.CO. et le MO.CO. Panacée, l’exposition Immortelle propose un panorama inédit de la jeune peinture figurative française. Rassemblant plus de 350 œuvres par 122 artistes*, cette manifestation historique offre une lecture engagée de deux décennies de peinture française. Son objectif est de démontrer comment la peinture et la figuration, notions essentielles de notre patrimoine artistique, ont su se métamorphoser, se renouveler, faire corps avec les démarches les plus contemporaines. Plus qu’une simple réflexion sur un medium, il s’agit de dévoiler la pluralité des approches stylistiques et intellectuelles que la peinture autorise. Héritière de techniques ancestrales, porteuse d’un imaginaire propre, elle bâtit un pont fragile entre le temps long, celui des maîtres du passé, et notre regard contemporain, saturé d’images. »

Claire Tabouret
« Portrait as a vampire », 2019

Si j’ai utilisé sans retenue le texte de présentation de la manifestation c’est qu’il dit, parfaitement et en quelques lignes, ce qu’est cette aventure. Et il me semblait indispensable de le rappeler.

Pour plus de précision et pour une meilleure compréhension de la ligne choisie par le commissaire Numa Ambursin, je suis restée fidèle à sa présentation. Au MO.CO., le parcours fait appel à une génération de peintres nés autour des années 1970, en réunissant 90 artistes avec plus de 250 œuvres. Divisé en trois sections, la première : « le désir de peinture », révèle un amour du médium, comme tentative libre, pulsion érotique ou souffle romantique. Nourries d’un vaste musée imaginaire, les œuvres renouvellent les thèmes traditionnels de l’atelier, de l’autoportrait, du modèle, du tableau dans le tableau. Dans la deuxième « Fantômes », les œuvres se confrontent à la question tragique de l’Histoire. Revivifiant une tradition millénaire, réactivant les grands mythes païens et chrétiens, cette nouvelle peinture d’Histoire se fait allégorie des guerres et des violences, d’hier et d’aujourd’hui. Pour le troisième : « Cycles », le parcours s’achève sur la sensation d’infini et de recommencement perpétuel. La figure humaine y est transfigurée dans des œuvres où se mêlent les âges de la vie, la mort et le vivant, le corps et l’esprit, la matière et l’immatériel. Ce cycle du vivant fait écho à celui de la peinture, vivante dans nos mémoires.

Cristine Guinamand, « Perturbations I », 2019

Cela dit, une exposition n’est pas un hémicycle où l’on argumente sur le bienfondé de tel ou tel médium, d’une telle ou telle appartenance ou chapelle, mais un lieu où l’œil du visiteur (le regardeur, pour être plus conforme au jargon en cours) titille sa pensée le conduisant à une sorte d’ambivalence entre l’émotion pure et le raisonnement. J’aime, oui ou non, et si j’aime alors pourquoi ? C’est là où le peintre, contrairement aux artistes théoriciens ou (et) politiques, met en route un geste qui n’a besoin de rien d’autre que son savoir, pas un savoir livresque mais celui de l’inspiration, d’un savoir-faire aussi, chargé néanmoins de ce que l’histoire du monde et de l’art lui a enseigné.

Alors, ai-je tout aimé dans Immortelle ? Non, forcément, mais sans oublier, en revanche, qu’il s’agit pour de Numa Ambursin d’un acte militant, celui de défendre sa passion et celle de ceux qu’il estime et qui eurent à subir, en alternance, des décennies de dédain et même de mépris. Car, eux les peintres et nous, leurs amoureux, nous avons tout entendu : la peinture est finie, l’heure de la table rase, de l’épure formaliste, de l’idée reine est revenue ! Ils étaient pourtant intelligents, ces conservateurs de musées, directeurs de Beaux-Arts, membres de jurys, curateurs prestigieux, qui jetaient à la tête des peintres la mort de leur médium (en France faudrait-il préciser, car en Allemagne, Angleterre, États-Unis, la peinture s’est toujours bien portée). Malgré cela, les peintres, eux, ne cessaient pas de peindre et l’histoire des figurations de se renouveler.

Gilles Miquelis, « Sans titre » (détail)

Dans ce vaste panorama que nous propose Numa Ambursin au MOCO, j’ai été touchée par de réconfortantes retrouvailles : Axel Pahlavi et Florence Obrecht (ensemble Quand nos secrets n’auront plus cours ou distinctement L’œuvre muette pour Axel,  Le cavalier géorgien et la jeune fille pour Florence), Gilles Miquelis (une gigantesque fresque dont l’histoire m’est chère et qui occupe un long couloir du bâtiment), trois artistes que je suis depuis leur début, mais aussi Katia Bourdarel pour laquelle j’ai été commissaire d’exposition et Gregory Forstner  que j’ai parfois retrouvé à travers les continents (Rain dog, cette intrigante huile sur toile où la barque de la Mort glisse sur l’eau…).  Mais au-delà de ces artistes qui sont un peu de ma famille, j’ai fait de passionnantes découvertes aussi variées que qualitatives qui ont élargi mon regard sur la peinture. Certains petits formats de Benjamin Defossez figurant un vaste univers occupé par des corps délicats, volontairement anonymes, m’ont fascinée.  Frontale et descriptive, chargée d’humour et d’irrespect, la toile de l’artiste iranienne Nazanin Pouyandeh illustre parfaitement la vitalité de  la représentation, un des propos d’Immortelle.

Adrien Belgrand, « Mélancolie », 2015

Parmi les artistes qui m’étaient totalement inconnus j’ai  retenu les portraits de Romain Bernini ; les atmosphères étranges de Damien Cadio ; l’œuvre foisonnante de Christine Guinamand ; l’attirante complexité de celle de Thibaut Hazelzet ; la particulière perception de la nature chez le Coréen Jun-Yeon Min ; l’onirisme du Suisse de Till Rabus ; le décalage chez Louise Sartor. Je n’ai pas mentionné l’excellente peinture de Louise Tabouret , la complexité de Jérôme Zonder ; la délicatesse de Karine Rougier, car je connaissais leurs travaux qui trouvent brillamment leur place dans cette exposition.

C’est en tant que galeriste et non critique que j’ai fait ce parcours visuel. Je ne l’ai voulu ni didactique  ni sélectif, ni hommage à, mais juste le résultat de mes préférences.  Si, bien sûr, elles sont subjectives, leurs qualité est cependant indiscutable. Il ne vous reste plus qu’à vous faire une opinion parmi les artistes présentés :

Au MO.CO

Ronan Barrot, « Marie-Madeleine », 2004

*AGRINIER Thomas, AILLAUD Arthur, BARROT Ronan, BATAILLARD Marion, BAZIGNAN Pauline, BELGRAND Adrien, BELIN Murielle, BELYAT-GIUNTA Anya, BENCHAMMA Abdelkader, BENEYTON Julien, BERGER Céline, BERNINI Romain, BIZIEN Vincent, BOISADAN Mathieu, BOITARD Fabien, BOURDAREL Katia, BOUTLIS Alkis, BRESSON Guillaume, BRUNEAU Benjamin, CADIO Damien, CHARLET Marion, CHERKIT Mathieu, CIAVALDINI Sylvain, CLARKE Daniel, DALLÉAS ÜBOUZAR Dalila, DAVRINCHE Gaël, DESCOSSY Julien, DÉFOSSEZ Benjamin, DERENNE Grégory, DEROUBAIX Damien, DES MONSTIERS Julien, DRIEZ Raynald, DUBOIS Aurélie, FORSTNER Gregory, GOBART Yves, GROOM Orsten, GUINAMAND Cristine, GURRIERI Elsa, HAZELZET Thibault, de HEINZELIN Aurélie, HOFFMAN Karine, IC Hervé Georges, JAUNE Oda, JÉRÔME Sarah, KORICHI Youcef, LEGLISE Frédéric, LESOURD Élodie, LEVASSEUR Iris, LÉVY-LASNE Thomas, LIRON Jérémy, LOUTZ Frédérique, MASMONTEIL Olivier, MÉRELLE Fabien, MIN Jung-Yeon, MIRAZOVIĆ Filip, MIQUELIS Gilles, MOCQUET Marlène, MOLK Marc, MOSTYN-OWEN Orlando, NAVARRO Edgardo, NAVI Barbara, NERVI Audrey, NIELSEN Eva, OBRECHT Florence, PAHLAVI Axel, PASIEKA Simon, PENCREAC’H Stéphane, PICANDET Lucie, PINARD Guillaume, POUYANDEH Nazanin, PRADALIÉ Abel, PROUX Laurent, RABUS Leopold, RABUS Till, RENAUD Brann, REYMOND Florence, RICOL Raphaëlle, ROEGIERS Antoine, ROUGIER Karine, SABATTÉ Lionel, TABOURET Claire, TOUMANIAN Guillaume, TURSIC Ida et MILLE Wilfried, VELK Marko, VERNY Thomas, VIDOR Vuk, VRANKIĆ Davor, XIE Lei, ZONDER Jérôme

Commissariat général : Numa Hambursin, directeur général du MO.CO. MO.CO. / co-commissaire invitée Amélie Adamo,

Mireille Blanc « Meringue « 

Au  MO.CO. PANACÉE, j’aurais aimé explorer avec la même attention ce deuxième volet d’Immortelle , mais tant de propositions pour une seule journée demande  une vitalité que je n’ai plus ; aussi je cite à nouveau Numa Ambursin : « C’est une nouvelle génération qui est mise à l’honneur. À travers plus de 100 œuvres, les 33 artistes présentés manifestent un fort engagement avec l’histoire de la peinture et ses traditions, que ce soit par leur choix de sujets, de références, cachées ou ouvertement revendiquées, ou de techniques.»

J’ai cependant eu le temps de remarquer les acryliques sur toile de Corentin Canesson, les objets de Mireille Blanc…

BAILLY-BORG Carlotta, BARBERAT Rose, BARCELÓ Marcella, BLANC Mireille, CAILLE David, CANESSON Corentin, CAPRON Hugo, CHÉN Xuteng, CLARACQ Jean, CZERMAK ICHTI Neïla, DAL-PRA Diane, DI FOLCO Inès, FLORA Alison, GARCIA-KARRAS Laura, HADDAD Miryam, HAMDAD Bilal, HASCOËT Charles, HERBELIN Nathanaëlle, LEFEBVRE Oscar, MARQUE BOUARET Mathilda, MARTIN Simon, MIRABEL Johanna, RICCIARDI Pacôme, RIVRAIN Cédric, SAFA Christine, SANCHEZ Milène, SARTOR Louise, SHATBERASHVILI Elené, SIVERTSEN Johannes, SOKOL Apolonia, VAGUELSY Gaétan, VENTURA Romain, YASMINEH Rayan.

MO.CO. Panacée / co-commissaire : Anya Harrison, curator MO.CO.

Adresses  :

MO.CO., 13 rue de la République, Montpellier

MO.CO. Panacée, 14 rue de l’École de pharmacie, Montpellier

 

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