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 » Jusqu’à la garde « , un film de Xavier Legrand

 » Jusqu’à la garde « 

La radicalité totale du titre comme de la réalisation du premier long métrage de Xavier Legrand nous réconcilie avec le cinéma français dans ce qu’il a de plus simple, de plus vrai et finalement de plus percutant, après toutes les niaiseries comico/sentimentales encombrant nos écrans et pompant des financements qui seraient bien plus utiles pour des œuvres pensées par de vrais cinéastes, et non pour encourager des acteurs qui, dès qu’ils ont un brin de notoriété, veulent passer derrière la caméra.

Thomas Gioria (l’enfant)

 » Jusqu’à la garde », titre inoubliable dès qu’on l’a prononcé, est déjà une prouesse tant il dit tout du sujet, enfonce jusqu’à la garde ce couteau que Xavier Legrand, le réalisateur, plante dans une affaire banale, mais chaque fois douloureusement unique : celle de la garde des enfants lorsque des parents se séparent.

L’histoire est ordinaire, et pourtant, dès la première image on est collé à son siège par une tension subtilement distillée, d’abord par le bruit des pas de deux femmes, une juge et sa greffière, qui résonnent dans des couloirs vides d’un Palais de justice pour nous conduire dans une salle d’audience où vont être entendus un couple, assisté de ses deux avocates, sur les modalités de la garde de leur enfant.

Un enregistrement de la parole de l’enfant décrit la situation : le jeune garçon dit ne plus vouloir aller chez son père, parce qu’il lui fait peur et qu’il craint qu’il fasse du mal à sa mère… une parole qui est écoutée par la juge, les parents, les avocates et qui semble presque clarifier la situation… Or, par leur silence, les protagonistes laissent penser qu’il peut y avoir une autre lecture, une autre interprétation…

Léa Drucker (la mère)

Puis la parole se libère, celle lente, posée de la juge, celle fébrile, excessive, brouillonne de l’avocate du père, et celle contrôlée, méthodique de l’avocate de la mère… Les deux parents se distinguent eux aussi dans leurs réactions : le père bouillant d’une violence difficilement contenue, la mère silencieuse et fragile, mais déterminée…

La situation se bloque, comment trancher ? La juge réfléchit, pose des questions, et après un long silence, renvoie l’affaire à quelques mois plus tard.

Denis Ménochet (le père)

La violence difficilement retenue d’Antoine (Denis Ménochet), le père, nous la prenons de plein fouet ; la terreur contenue de Miriam (Léa Drucker), la mère, nous la subissons aussi. Xavier Legrand a obtenu de ses acteurs qu’ils nous soumettent, comme ils le sont eux-mêmes, à une angoisse qui nous implique dans l’action plutôt que de nous laisser simples spectateurs.

Ce film, « Jusqu’à la garde », n’est cependant pas un simple document, il réunit les qualités d’une mise en scène exigeante où chaque plan est pensé, avec rigueur, avec justesse, chaque détail choisi ; le tout régi par un temps dominé qui ne craint ni la lenteur ni les silences.

Le week-end chez le père

Après cette séquence, bouleversante dans sa sobriété, Xavier Legrand nous fait entrer dans le quotidien de cette famille devenue monoparentale constituée de la mère, de sa fille de dix-huit ans et du fils, Julien (Thomas Gioria), qui s’épanouit, tout sourire, dans ce cocon étroit et rassurant, sauf qu’à l’extérieur plane la terrible menace de ces week-ends partagés où le père, meurtri, essaye de reconquérir l’affection d’un enfant qu’il terrorise malgré lui. Tout n’est alors qu’un va-et-vient entre tendresse et violence, au désespoir du père et à la panique du fils…

Parler d’interprétation brillante pour tous les protagonistes de ce drame est un adjectif bien faible. Le jeune Thomas Gioria est cet enfant, les joues rougies par la peur, qui nous communique son angoisse et nous montre son courage. Léa Drucker nous transmet, par une simple variation de carnation aussi, sa terreur et sa résistance. Denis Ménochet est la quintessence de l’homme physiquement fort, violent et pitoyable…

Devant la juge

Je ne vous en dis pas plus, ce serait affaiblir le suspense ou plutôt la tension qui augmente de scène en scène, alors que dans cette escalade aucun acte violent n’est porté, jusqu’à ce que…

C’est un film dur, admirable et terriblement touchant sans être larmoyant, en prise directe avec cette violente réalité quotidienne que des hommes et des femmes, pourtant parents aimants, font subir à leurs enfants, coupables seulement d’être l’enjeu de l’échec de leur relation amoureuse.

Cet article comporte 1 commentaire

  1. Maurin

    Magnifique écriture ! Très beau texte, pour, très certainement, une réussite cinématographique, de tout premier plan.. Merci Hélène !

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