ANAYOTIS PASCOT, PORTRAIT, 2022. Photo Par Bruno Coutier Via AFP
ANAYOTIS PASCOT, PORTRAIT, 2022. Photo par Bruno Coutier via AFP

« La prochaine fois que tu mordras la poussière », Panayotis Pascot

Ce titre, je me suis dit, c’est vraiment trop beau ! Comment l’a-t-il trouvé, le salaud ?

J’aurais voulu le lui voler car il me fait penser à tant de choses, mais à quoi en réalité? Alors j’ai ouvert le bouquin et là…

Est-ce que ça vous est déjà arrivé d’ouvrir un livre et de vous dire, dès les premières pages, mais c’est exactement ça ! Si j’avais à le dire je ne l’aurais pas dit autrement. En même temps, aurais-je trouvé ces mots, ce ton juste, cette aisance de la pensée. Du rire au drame, sans l’un ni l’autre, d’ailleurs, on est scotché sur chaque page, piqué comme un papillon, ébahi, atteint… un coup en plein plexus.

Dans ce récit autobiographique, ou plutôt dans cette fiction autobiographique, trois thématiques s’enchevêtrent, la relation au père, l’acceptation de l’homosexualité, la dépression ; toutes trois mènent le héros et l’auteur vers l’âge adulte avec lucidité, clairvoyance et une infinie tendresse.

Citer ce qui m’a touchée dans ce livre demanderait d’en réécrire chaque ligne ! Quel est l’enfant qui n’a pas eu peur que ses parents meurent dans la nuit « J’y pensais tout le temps, j’en dormais pas. Trois ans d’insomnies. », dit Panayotis. Ses relations avec les filles à l’adolescence, le besoin de jouer un rôle, les premières interrogations sur ses goûts sexuels sont surprenantes, drôles, pudiques : « Ce qui me plaît aussi avec les femmes c’est de jouer un rôle. La séduction est moins frontale, elle passe par beaucoup d’étapes, devient un art, l’art du non-dit (…). J’adore jouer avec l’intensité, avec le potentiel érotique d’une phrase, d’un geste, d’un regard. Il y a de ça avec les mecs, mais c’est souvent plus direct, la rondeur incertaine me manque parfois. ». C’est surprenant la façon dont il parle des hommes , de ses presque premières fois, c’est si fin, si précis. Il y repense et il a honte, pas de l’avoir fait, mais de l’avoir mal fait, ne pas avoir pu totalement profiter « Je pense à toutes ces années avec les filles où je voulais faire croire aux autres que pour moi c’était pareil. Je plonge la tête sous l’eau. Je me dis que la découverte de sa sexualité ça passe pas par le sexe comme on pense, mais par le cœur. Quelques semaines plus tard, je suis rentré, je bégaye les larmes aux yeux à mon coloc que j’aime les hommes et c’est Noël. » C’est beau aussi sa façon de parler des hommes qu’il aime, La Vie, pour le premier, Le Bonheur, pour l’autre, celui qu’il aime maintenant, trop même. Ces noms pour les identifier, c’est surtout une façon de parler de l’amour, bien plus que de sexe, juste de sentiment. Du Bonheur qui est danseur, il dit :  » L’amour est une danse à deux qui se joue dans la précipitation, les partenaires n’ont pas eu le temps de bien se choisir. Il y a ceux qui dansent et ceux qui regardent les autres danser en se demandant s’ils valsent avec la bonne personne.» Admirable ! un autre volet de l’amour est celui qu’il voue à sa famille, ses frères, sa mère, mais au père en particulier. Celui dont il dit : « C’est l’histoire de quelqu’un qui cherche à tuer. Soi, ou le père, finalement ça revient au même.» De la dépression, qui m’est un monde inconnue, je retiens le fait d’en sortir : « Alors que je venais de discuter avec mon frère, je me suis mis à pleurer, soudainement. De bonheur. Quelque chose venait de disparaître, un poids immense qui m’écrasait depuis des semaines venait de partir, comme ça. J’ai senti que je lâchais l’affaire… »

Panayotis Pascot

Je l’ai tellement dévoré ce bouquin, qu’il m’est difficile de l’analyser. Je ne ferai jamais une bonne critique littéraire car je ne sais pas écrire sur les livres des autres, les couper en tranches, les décortiquer. Pour aimer, je ne peux qu’être happée par une suite de fulgurances.

La réussite de cette bouleversante autofiction tient au voyage que Panayotis Pascot entreprend pour sortir de l’enfance, mais qui, par des chemins en boucle, le ramènent à elle. Un exercice d’une incroyable maturité.

Enfin, je vous l’ai avoué, ma jalousie envers un si beau titre. Ai-je trouvé la réponse chez l’auteur ?  » Tout ce que je sais c’est que là, un an après, je me sens bizarre dans ce bar, je me sens en retard. A la bourre. Il y a un client que j’aurai aimé retrouver, un habitué. Des rides avec un chapeau et un caban vert mélancolie.(…) La dernière fois, juste avant le déménagement, il m’a offert un livre car il sentait que ça n’allait pas. Je l’ai remercié, lui ai dit que c’était tellement gentil. Il m’a répondu, sèchement ; Tellement gentil ? Ah ben mince alors, quand on fait un cadeau on pense rarement tomber autant à côté de la plaque…Ce n’est pas tellement gentil en fait, c’est Charles Juliet, il était jeune quand il a commencé à écrire et que la dépression le guettait. Tellement gentil…La prochaine fois que tu mordras la poussière cow-boy, je t’offrirai des chocolats, ça ce sera tellement gentil. »

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Cet article comporte 1 commentaire

  1. christine Barbe

    très bel article Hélène! j’ai moi-même été bouleversée par le contenu de ce livre, ce qui assaille cette génération aujourd’hui, et son écriture, si incarnée, magnifique métaphores , j’ai été subjuguée!! Christine

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