LA ZONE D’INTERET 120x160 72dpi

La zone d’intérêt De Jonathan Glazer

Avec  Sandra Hüller, Christian Friedel…

Sortie le 31 janvier 2024 *

1h45

Synopsis

Le commandant d’Auschwitz, Rudolf Höss, et sa femme Hedwig s’efforcent de construire une vie de rêve pour leur famille dans un pavillon avec jardin à côté du camp.

Courtesy A24

Le film s’ouvre sur trois minutes de fond noir alourdi de sons distordus de la compositrice Mica Levi pour enfin découvrir une scène bucolique d’une famille déjeunant sur l’herbe au bord d’une rivière. Les notes dissonantes font alors place au chant des oiseaux sous une lumière aveuglante. L’antagonisme de ces deux scènes donnent le ton à la forme scénaristique choisie par Glazer qui signe ici sa quatrième réalisation, dix ans après «Under the skin» avec Scarlett Johansson, en adaptant le roman éponyme de Martin Amis. Au lendemain de la rediffusion du film documentaire «Shoah» de Claude Lanzmann qui donnait la parole aux bourreaux, aux victimes des nazis et aux témoins passifs, Glazer choisit un tout autre style narratif en suivant Rudolf Höss et sa famille. Commandant du camp, il a largement contribué à l’extermination de masse des juifs au camp d’Auschwitz-Birkanau, le plus grand de la Seconde Guerre mondiale. Cette expression de « zone d’intérêt » utilisée par les SS décrivait le périmètre de 40 kilomètres carrés entourant le camp de concentration. Entre 1940 et 1945, plus d’un million de personnes y ont été déportées. Jonathan Glazer nous montre le contre-champ de cette horreur. Un mur sépare le camp du jardin et de la maison de Höss et sa famille.

Courtesy A24

Tout parait banal dans cette famille et c’est toute la force et la prise de risque scénaristique du réalisateur. Il propose un autre angle de lecture de l’Histoire. A l’instar des travaux de Hannah Arendt sur la «banalité» du mal, Jonathan Glazer nous montre à la fois la monstruosité et la banalité de cette famille qui passa la Seconde Guerre mondiale dans l’opulence, grâce au statut du père Rudolf Höss, directeur du camp d’Auschwitz et nazi de la première heure, interprété par Christian Friedel,. Le décor est planté dans cette maison bourgeoise et son magnifique jardin attenant au camp. On ne verra jamais l’horreur, suggérée par des sons, des cris étouffés, ou des cheminées fumantes en arrière plan. C’est glaçant ! L’horreur est hors champ et s’introduit dans la maison par petites touches : des jouets des enfants aux discussions d’Hedwig avec sa mère qui découvre la maison et son environnement. Le lien se fait avec les domestiques juifs qui entretiennent la maison et le jardin, l’ambiance est surréaliste. A la limite du surnaturel, la mise en place de Glazer peut choquer car il ne montre rien mais suggère l’innommable et comment la cruauté peut s’inviter dans le quotidien. «La zone d’intérêt» présente la Shoah comme on ne l’avait jamais fait auparavant et en fait une œuvre unique. Le son y tient un rôle important. Le réalisateur en fait un personnage à part entière. Il témoigne de l’horreur qu’on ne voit pas par le bruit des fours, les cris, les coups de feux…

Sandra Hüller, découverte en France dans l’étonnant «Toni Erdmann» en 2016, prouve, après le succès de l’ultra primé «Anatomie d’une chute» de Justine Triet, avec ce rôle d’Hedwig qu’elle est une des meilleures actrices à l’heure actuelle. Jouant sur un physique de femme des campagnes, elle campe cette femme sans état d’âme qui s’admire dans un manteau de fourrure trop grand pour elle et dans la poche duquel elle trouve un objet nous faisant comprendre qu’il a été volé à l’une des victimes du camp. Rien ne l’atteint. Continuer à être heureuse dans sa maison est tout ce qui lui importe et seule son idée de se construire une vie de rêve trouve grâce à ses yeux, quand bien même son mari est transféré à un autre poste et ne vit plus avec elle.

Courtesy A24

Ce film est d’utilité publique et aurait pu obtenir la Palme d’or au Festival de Cannes si «Anatomie d’une chute» ne l’avait déjà raflé. Le film repartira de la cité azuréenne avec le Grand Prix du Jury. Nommé cinq fois aux Oscars, «La zone d’intérêt» sort au cinéma quatre jours après les 79 ans de la libération du camp d’Auschwitz et marquera sans doute l’année 2024.

Isabelle Véret

*La très intéressante critique de « La zone d’intérêt » d’Isabelle Véret est normalement arrivée trop tard pour figurer dans la liste des articles de mon blog de janvier, mais j’ai voulu la mettre en page aujourd’hui car elle rappelle, surtout aux plus jeunes, ce que nous ne devrions jamais oublier !

 

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