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«Le bleu du caftan», douce chronique du trio amoureux

De Maryam Touzani

Avec Lubna Azabal, Saleh Bakri, Ayoub Missioui…

2h02

Sortie le 22 mars 2023

Mina et Halim

Synopsis

Halim est marié depuis longtemps à Mina, avec qui il tient un magasin traditionnel de caftans dans la médina de Salé, au Maroc. Le couple vit depuis toujours avec le secret d’Halim, son homosexualité qu’il a appris à taire. La maladie de Mina et l’arrivée d’un jeune apprenti vont bouleverser cet équilibre. Unis dans leur amour, chacun va aider l’autre à affronter ses peurs.

Maryam Touzani actrice, scénariste et réalisatrice marocaine, signe ici à 43 ans son deuxième long métrage, dans lequel elle pose un regard bienveillant et délicat sur un sujet tabou pour en tirer un film d’amour, envoûtant et magique.

«Le bleu du caftan» a été sélectionné au festival de Cannes 2022 dans la section Un certain regard, après «Adam» un premier long-métrage remarqué aussi à Cannes. Ce dernier remporta plus d’une vingtaine de prix dans le monde, et fit de Maryam Touzani la première femme marocaine à concourir à la course aux Oscars en 2020.

Youssef et Halim

Halim est marié à Mina, leur vie est bien installée et les jours s’écoulent entre leur foyer et la petite boutique de couture où il confectionne des caftans comme plus personne ne les fait. Tout à la main. Son père lui a tout appris. Avec passion, il sublime les tissus savamment choisis par sa femme qui tient les cordons de la bourse du ménage. Contre vents et marées, il s’investit dans ce patrimoine vestimentaire qui subit la mondialisation et sa confection industrielle. La rareté et la qualité de son travail lui valent la gratification de maalem (réservé au maître artisan, littéralement «celui qui sait»). Tout va bien dans le meilleur des mondes… mais lorsque le rideau s’abaisse, leur intimité de couple n’est pas pleinement satisfaisante… car Halim est un homosexuel qui se cache. Pourtant ils s’aiment et ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Mina se sent toutefois menacée par l’arrivée de Youssef (Ayoub Missioui), un jeune apprenti qui attise le désir d’Halim. Loin d’être insensible, Youssef devra composer entre l’amour naissant pour Halim, la maladie, la compassion qu’il éprouve pour Mina et le respect pour ce couple uni jusqu’à la mort, qui progressivement va l’intégrer.

La réalisatrice les filme tous avec beaucoup de douceur, de pudeur et les enveloppe d’une lumière très sensuelle. Les froissements des tissus richement ornementés transpirent autant l’amour que les gros plans sur les frôlements de peau et sur les visages.

Les visites régulières d’Halim au hammam pour des rencontres furtives avec des hommes sont filmées avec beaucoup de pudeur. Cependant Mina ne subit pas cette situation. C’est une femme forte et rebelle. C’est elle la cheffe de famille. Au détour d’une scène qui nous paraît banale, elle décide d’aller au café avec son mari pour boire un thé après le travail, et se joue de la clientèle uniquement masculine n’appréciant guère l’intervention de cette femme qui s’esclaffe en regardant un match de foot sans vraiment en comprendre les règles, devant son mari goguenard. Au retour, un contrôle de police les ramène à la réalité de ce pays.

Elle connaît tout de son mari, de ses préférences sexuelles et les accepte. Mieux, elle l’aime tel qu’il est et le protège de ses souffrances et de son mal-être.

Rapidement la maladie va venir ternir cet équilibre tout en renforçant l’amour qui les lie. Cet homme fragile devra se confronter à ses peurs pour accompagner sa femme.

Saleh Bakri qui interprète Halim est un comédien palestinien qu’on avait découvert dans «La source des femmes» de Radu Milhailleanu en 2011. Il irradie littéralement de son charme tout en douceur et délicatesse. Dans bon nombre de scènes, les rôles s’inversent avec Mina (Lubna Azabal), il n’est rien sans elle, il la vénère et respecte tout ce qu’elle dit et fait. L’épaisse moustache qu’il arbore lui donne des faux airs de Tom Selleck («Magnum») à l’orientale et ajoute à sa sensibilité totalement assumée. Il est le contraire de l’homme viril et patriarcal.

Lubna Azabal actrice belge dont les origines espagnoles et marocaines lui ouvrent les portes d’un cinéma français et arabe. Elle est repérée en 2011 grâce à son rôle dans «Incendie» de Denis Villeneuve pour lequel elle reçoit le Magritte de la meilleur actrice. En France, dès 2001, elle apparaît dans «Loin» de André Téchiné pour lequel elle tournera aussi «Les temps qui changent» en 2004. Dans les mêmes temps, elle tourne dans «Mensonges d’État» de Ridley Scott en 2008. Elle collabore avec Maryam Touzani en 2019 pour son premier film «Adam». Plus récemment, on a pu la voir dans le «Simone, le voyage du siècle» d’Olivier Dahan. En parallèle, elle est aussi présente dans de nombreux téléfilms et séries TV «Nox» sur Canal+, «Les rivières pourpres», «Le voyageur» sur France Télévision ou «The Little Drummer Girl» de Park Chan-Wook, mini série britannique diffusée sur Canal+ en 2019.

Maryam Touzani réalise avec «Le bleu du caftan» un film d’amour bouleversant et envoûtant, jouant avec la lumière, l’ombre et la clarté. Elle déclare : «Si mon film explore les différents visages de l’amour, c’est parce j’avais envie de conter les personnages de l’intérieur. C’est pour cela que le caftan tissé par Halim est bleu. Cette couleur lumineuse parvient à évoquer et unir à la fois le ciel et la mer…»

Il faut courir découvrir ce film !

Isabelle Véret

 

Sans virus.www.avast.com

 

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