« Le pouvoir bouleversant de la couleur »
Contrepoint Yves Klein dans les collections du musée Matisse

Cet énoncé « le pouvoir bouleversant de la couleur » que nous devons – si j’ai bien lu la note en bas de page – à Marie Raymond*, artiste et mère d’Yves Klein, dans « Matisse contre les Abstraits » pourrait, au-delà même de ce passionnant accrochage voulu par Hélène Guenin, directrice de MAMAC et Aymeric Jeudy, directeur du musée Matisse, servir de générique à tout ce qui touche à la peinture en général et à Nice en particulier. En effet, qui contemple la baie des Anges et le ciel sur lequel elle se découpe, pourrait un instant se sentir un peu peintre, surtout si après l’orage, il percevait cette bande jaune qui les partage rappelant une toile de Mark Rothko… Matisse de sa grande baie vitrée percée dans le vieil immeuble du cours Saleya, a certainement observé ce phénomène. Car Henri Matisse, jusqu’à la fin de sa vie, a cherché « autre chose que l’espace réel » et remis en question les canons de la peinture traditionnelle. Avec les papiers gouachés découpés, il exprime une radicalité artistique échappant à tous les schémas préexistants. Ne dit-il pas : « La dimension d’une toile importe peu. Ce que je veux toujours donner c’est la sensation d’espace ». Une recherche qui, si c’était nécessaire, aurait cloué le bec à quelques vieux critiques poussiéreux qui avaient cherché à réduire Matisse à un artiste décoratif.
Cette appropriation de l’espace et la sensation d’envol induite par ses papiers gouachés découpés ne sont, en revanche, pas étrangères à Yves Klein. Dès 1946, celui-ci signe son nom « de l’autre côté du ciel », s’appropriant le bleu et l’espace infini comme l’une de ses toiles. Ce geste de signer l’espace nous le retrouvons aussi chez Ben Vautier* dans sa période Fluxus
Yves Klein, connu pour ses « propositions monochromes » et ses « zones de sensibilités picturales », partage ces affinités avec Matisse, dont l’œuvre dépasse largement le concept du tableau de chevalet classique. En effet, chez Matisse, la couleur investit l’espace dans des œuvres sans limite, dont les bords s’estompent à mesure que la gouache pure envahit la surface.
Bleu Cobalt ou IKB, Matisse ou Klein, voilà de quoi célébrer « le pouvoir bouleversant de la couleur » et faire que se côtoient deux artistes et deux époques qui s’enrichissent l’une de l’autre à l’occasion de la fermeture inattendue du MAMAC pour travaux. Mais à Nice c’est ainsi, pouvait-on prévoir que le Théâtre et l’Acropolis seraient rasés un jour ?
Le musée Matisse expose huit œuvres d’Yves Klein, offrant ainsi un contrepoint inédit dans le parcours de ses collections. S’inscrivant dans le cadre de la programmation hors-les-murs du MAMAC, ce prêt témoigne d’une dynamique de recherche collaborative entre les deux musées niçois.

Le parcours débute dans la grande salle du bas par les magnifiques papiers découpés de Matisse pour nous conduire aux étages revoir ou découvrir la richesse incroyable des dessins matissiens et les sculptures que le musée est le seul à posséder. Au fur et à mesure de notre déambulation nous arrivons dans la salle réservée à Yves Klein où les œuvres par la proximité qu’elles entretiennent avec Matisse nous offrent une lecture nouvelle, plus intime et en un mot, bouleversante, comme le dit le beau titre de cette exposition…
Si cette rencontre a débuté en 2024 pour le public , les membres Amis du MAMAC, privés de musée, ont été conviés, en janvier 2025, grâce à leur président François Fauchon, à visiter d’une manière approfondie cet accrochage commenté avec passion par chacun des directeurs, chantre de son artiste.
L’exposition est ouverte jusqu’au 14 avril 2025.
Situé à quelques mètres de son ancien atelier du Régina, à Nice, là-même où l’artiste a créé pendant plus de trente ans de sa vie, le musée Matisse a pour mission d’explorer la réception de l’œuvre de Matisse. Il consacre régulièrement des expositions/dossiers ou des contrepoints au cœur de ses collections.
Musée Matisse
164, avenue des Arènes de Cimiez/06000 Nice
musee.matisse@ville-nice.fr
+33 (0)4 93 81 08 08
musee-matisse-nice.org
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*Marie Raymond, « Matisse contre les abstraits», Mizue, n° 571, mars 1953, Musée Matisse Nice, Centre de documentation
*Ben déclare que la ligne d’horizon est une œuvre d’art et qu’il faut la désigner et la mettre en vente. Il pose une plaque de verre face à l’horizon et écrit « Je signe la ligne d’horizon. Ben ». Ce geste, non enregistré à l’époque, sera refait en 1971 pour les besoins du film Gaumont.
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