Skip to content

Léger et Les Nouveaux Réalismes à Biot

Martial Raysse »Nissa Bella »

« Faut r’connaître c’est du brutal » aurait dit Bernard Blier à Lino Ventura et Francise Blanche en goûtant ce cocktail de géants, à base de Fernand Léger et de Nouveaux Réalistes de la collection du MAMAC ! Pourquoi cette curieuse entrée en matière empruntée à une réplique des tontons flingueurs ? Une façon comme une autre de saluer l’importance de ce que nous proposent deux des plus prestigieux lieux de la Côte d’Azur au niveau de la culture, le Musée national Fernand Léger à Biot et le Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice.

En effet, cette exposition nous invite, avec brio, à interroger les liens qui unissent l’œuvre de Fernand Léger à l’art des Nouveaux Réalismes, en y intégrant les artistes de la scène artistique new-yorkaise des années 1960-1990.

Après avoir prié qu’on me pardonne l’impertinence de cette réplique du film de Georges Lautner, certes culte aujourd’hui, pour marquer l’importance de cette rencontre Léger et les Nouveaux Réalismes, je voudrais expliquer cette familiarité qui pourrait aussi se résumer ainsi : c’est du lourd !

Il s’agit des œuvres, bien entendu, mais aussi de l’ampleur d’un partenariat inédit et historique entre deux collections majeures du territoire de la Côte d’Azur, où les œuvres de Niki de Saint Phalle, Arman, Yves Klein, Raymond Hains, Martial Raysse, César, Spoerri, Tinguely, Villeglé et d’autres encore, dialoguent en toute liberté avec les peintures et les innovations plastiques de Fernand Léger, l’un des pionniers de l’avant-garde du XXème siècle.

Aux côtés des représentants du Nouveau Réalisme, ce groupe fondé par le critique d’art Pierre Restany, qui lui a donné ce nom, on retrouvera des œuvres de la génération d’artistes qui ont émergé outre-Atlantique dans les années 60, tels Roy Lichtenstein, Robert Indiana, Jim Dine… et plus tard Keith Haring.

Fernand Léger « L’Homme au chapeau bleu », 1937

Pour entrer dans les détails, le parcours de cette exposition composé d’environ cent dix œuvres dont une sélection de soixante pièces du MAMAC, qui abordent sur un mode ludique (je savais qu’il s’agissait de s’amuser un peu, d’où la légèreté de mon titre) et créatif, différentes thématiques : le détournement de l’objet, la représentation du corps et des loisirs, ou encore la place de l’art dans l’espace public. Par des gestes artistiques puissants, les artistes hissent au rang d’œuvres d’art des éléments – matériaux, symboles, outils – saisis dans leur réalité la plus banale. Ils font fusionner l’art et la vie.

L’art et la vie c’est d’abord Miles Davis soufflant dans sa trompette (collection Jeanne Augier,1999) devant la gigantesque céramique de la façade du musée Fernand Léger, une rencontre inattendue qui hisse cette pièce secondaire de Niki de Saint Phalle au rang des œuvres d’art. Ce sont trois sculptures monumentales en métal peint, d’Albert Chubac qui invitent par leurs couleurs primaires, joyeusement accolées, à jouer parmi les herbes folles des jardins champêtres du musée.

L’art et la vie ce sont, dans les vastes salles de l’édifice, la déambulation de chacun, parmi des œuvres ludiques et lumineuses, fortement colorées pour la plupart, mais au dessin toujours précis et exigeant. Ce peut être aussi un parcours plus savant, construit par les commissaires de l’exposition, pour marquer la correspondance, dans un esprit de totale liberté, entre les œuvres de l’un des pionniers de l’avant-garde, Fernand Leger et les Nouveaux Réalistes collectionnées par le MAMAC.

Pour suivre ce cheminement didactique, examinons les chapitres qui constituent la colonne vertébrale de cette exposition.1) Pour les cinq éléments, je retiendrai « La Forêt », 1942 de Fernand Léger et lui répondant, « Le mur de feu », 1961/1990 d’Yves Klein. 2) Le triomphes des objets et Lettres tampons et affiches réunissent Robert Indiana avec « The Figure V »,1971 et Fernand Léger avec « Nature morte A.B.C. ». 3) De la nature morte au vide-poche, c’est « Colère »,1961 d’Arman qui a pour vis-à-vis « Contrastes d’objets »,1930 de Fernand Léger. 4) Les Objets de l’atelier c’e sont « Palette Katharina Duwen »,1989, de Daniel Spoerri face à « Main et Ciseaux », 1929 de Fernand léger. 5) Des visages-objets sont représentés par deux chefs d’œuvre « Nissa Bella »,1964 de Martial Raysse » et « L’Homme au chapeau bleu »,1937 de Fernand Léger. 6) La plénitude des corps clôt ce choix très aléatoire de ma part, mettant en avant « Nana Santé »,1999 de Niki de Saint Phalle et « 54 a et b Cirque, 1950 de Fernand Léger.  

Le artistes, énumérés ci-dessus, ne constituent pas une liste exhaustive de  l’événement, mais ils jalonnent mon cheminement parmi Léger et les Nouveaux Réalismes, cette exposition passionnante, savamment accrochée, bien que dans des espaces inégaux en qualité. D’autres artistes présents méritent d’être cités, mais c’est le jeu d’une exposition plurielle, laisser au spectateur le plaisir de la découverte ou des retrouvailles.

Niki de Saint Phalle « Nana Santé »,1999

 

Autre plaisir à ne pas bouder, s’approprier le catalogue, intelligent, créatif dans sa forme et passionnant par son contenu.

Maintenant, comment conclure un exercice aussi périlleux, sans qu’il soit à la faveur de l’une ou l’autre des parties. Là n’est pas le propos, bien sûr, mais la comparaison s’opère forcément. Par le lieu d’abord, Fernand Léger est chez lui et les Nouveau Réalistes du MAMAC sont ici en invités (Le MAMAC est fermé pour quatre ans). Par le nombre des pièces exposées. La encore, Fernand Léger est maître à bord et l’on reste sur sa faim quant au nombre des œuvres des Nouveaux Réalistes. Pour le nouveau enfin, cher à notre Ben Vautier, qui n’aurait pas manqué d’en faire un Pour ou Contre, et compte tenu des avantages de Léger, cités précédemment, je dirais que c’est un très beau match où l’art, et c’est sa finalité, triomphe totalement.

Que les apprentis artistes qui parfois se gonflent comme des paons, n’oublient pas de contempler ces œuvres et de regarder leurs dates, deux raisons qui devraient  leur enseigner la modestie.

Musée  national Fernand Léger

Jusqu’au 18 novembre 2024

Anne Dopffer, commissaire général, conservateur général du patrimoine, directrice des musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes

Julie Guttierez, commissaire, conservatrice en chef du patrimoine, musée national Fernand Léger, Biot

Rébecca François, commissaire, attachée de conservation du patrimoine, Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC), Nice.

DIRECTION DU MAMAC

Hélène Guenin, directrice, Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC), Nice

Cette exposition est organisée au Musée national Fernand Léger, Biot par les musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes et GrandPalaisRmn, en partenariat avec le Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC), Nice.

Vous voudrez bien m’excuser pour la mauvaise qualité des images, ce sont celles que je prends pour me souvenir des œuvres. Les musées ne m’ont rien envoyé dans les temps..
Heureusement, avec les blogs on peut corriger ces retards.

 

 

 

Cet article comporte 1 commentaire

  1. Marcel ALOCCO :
    Si le MAMAC était ouvert, une exposition construite en parallèle occupant un étage était possible. La lecture du propos aurait sans doute été plus lisible. Lorsque j’ai appris que je figurais parmi les exposants, j’étais très étonnés, ne m’étant jamais considéré comme artiste Nouveau-Réaliste. Mais le titre indique bien le projet. Il ne s’agit pas du « Nouveau-Réalisme » seul, mais de Fernand Léger et LES NOUVEAUX RÉALISMES … Ce pluriel est important. Les artistes « Pop Art » sont des nouveaux réalistes autant que les « Nouveaux-Réalistes » sont des Pop’artistes… Les notions et l’esprit sont moins limités que les étiquettes. Les artistes sont toujours des héritiers. Héritage conscient, (ils citent des noms, héritage choisi), mais plus fondamentalement, inconscient par les racines souterraines de tout un passé enregistré (héritage obligé !).Il advient même que l’influence inconsciente soit plus explicitée que celle avouée, superficielle. Sans que j’y aie pensé, mon « portrait de l’artiste » (1966), ciseaux réels découpant son image, (rapproché dans le catalogue d’un dessin de Léger), rejoint l’esprit de Léger par l’instrument qui qualifie le sujet. Davantage un sujet qualifiant l’esprit d’une époque, mais surtout Léger lisant et surtout écrivant une époque. Douze ans plus tard, en 1978, je réalisais un « Fragment du Patchwork » reproduisant, (d’après la carte postale acquise à Biot !) le tableau « Le Campeur » qu’aux même dimensions que l’œuvre je dessinais en noir à grands coups de pinceau, n’indiquant les couleurs que par petits échantillons de tissu comme le font les décorateurs pour leurs projets. Une sorte d’étude analytique de l’œuvre. Cette démarche signifiait certainement mieux, directement, mon intérêt pour le travail de Fernand Léger. Mais ce « Fragment » ne figurait pas dans l’expo. Il n’appartient pas aux Musées.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Back To Top